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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Elle avait peur. Elle était entraînée au fond de la mer et ses poumons s’emplissaient d’eau et la douleur était affreuse. Elle se débattait. Il ne fallait pas qu’elle se laisse effleurer par les grandes ailes. Elle donna un coup de reins, battit frénétiquement des poings et remonta, remonta vers la surface…

Elle ouvrit les yeux. Et se redressa, hébétée, terrifiée. Tout autour d’elle le chant se poursuivait. Oo wah vah mah. Millilain frissonna. Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Il faut que je sorte d’ici. Prise de panique, elle se releva et gagna l’allée. Nul ne l’arrêta. Le vin lui brouillait encore la cervelle et elle titubait et vacillait, se retenant aux murs. Elle parvint à sortir de la pièce. Suivit le long couloir sombre qui sentait l’encens. Les ailes battaient encore autour d’elle, l’enveloppaient, cherchaient à atteindre son esprit. Qu’ai-je fait, qu’ai-je fait ?

Elle se retrouva dans la ruelle, dans l’obscurité, sous la pluie. Les Chevaliers de Dekkeret, l’Ordre du Triple Sabre et les autres, ceux dont elle ne connaissait pas le nom, défilaient-ils encore par ici ? Cela lui était égal. Advienne que pourra. Elle se mit à courir sans savoir dans quelle direction elle allait. Elle perçut au loin un grondement sourd et se prit à espérer qu’il s’agissait du Geyser de Confalume. D’autres bruits résonnaient dans sa tête. Yah-tah, va-tah, yah-tah, voom. Oo wah vah mah. Elle sentait les ailes se refermer sur elle. Elle courait à perdre haleine. Elle trébucha, tomba, se releva et reprit sa course folle.

7

Plus ils s’enfonçaient à l’intérieur de la province des Changeformes, plus tout commençait à devenir familier à Valentin. Mais en même temps la conviction se faisait plus profonde en lui qu’il était en train de commettre une épouvantable, une terrible erreur.

Il se souvenait de l’odeur riche et musquée des lieux qu’il traversait, arômes suaves et lourds de la végétation et du pourrissement dont l’intensité était égale sous la pluie tiède et constante, un mélange compliqué de parfums à l’effet grisant qui remplissait les narines à chaque inspiration. Il se souvenait de l’atmosphère moite et étouffante et des averses qui tombaient presque toutes les heures, tambourinant sur le dais de feuillage, dégoulinant de feuille en feuille et dont seules quelques gouttes atteignaient le sol. Il se souvenait de la fantastique profusion de la vie végétale, où tout croissait et se déroulait presque à vue d’œil mais où, en même temps, tout était curieusement discipliné et s’ordonnait en couches bien définies. Les arbres d’une taille imposante, au tronc mince et sans branches sur les sept huitième de leur hauteur, déployant brusquement la large ombrelle de leur feuillage uni en une dense voûte par un enchevêtrement de plantes grimpantes, de lianes et d’épiphytes. À un niveau inférieur, des arbres plus ronds, plus étoffés et supportant mieux l’ombre, puis encore au-dessous des arbustes en bouquets et enfin le sol de la forêt, sombre, mystérieux, presque stérile, une morne croûte mince, humide et spongieuse sur laquelle le pied rebondissait. Il se souvenait des rayons de lumière aux couleurs vives et irréelles qui transperçaient à intervalles imprévisibles le couvert végétal et procuraient de brefs et surprenants moments de clarté dans la pénombre.

Mais la forêt tropicale de Piurifayne s’étendait sur des milliers de kilomètres carrés au cœur de Zimroel et il était très probable qu’une partie ressemblait à n’importe quelle autre. Ilirivoyne, la capitale des Changeformes, se trouvait quelque part à l’intérieur. Mais qu’est-ce qui me permet de croire, se demandait Valentin, que je n’en suis pas loin, simplement parce que les odeurs, les bruits et la texture de cette jungle ressemblent à ceux que j’ai connus il y a déjà un certain nombre d’années ?

La fois précédente, lorsqu’il voyageait avec la troupe itinérante de jongleurs qui s’étaient absurdement imaginé pouvoir gagner quelques royaux en donnant une représentation à l’occasion de la fête des moissons des Métamorphes, il avait au moins bénéficié de la présence de Deliamber dont la magie permettait de suivre la bonne route à chaque embranchement et de la brave Lisamon Hultin qui elle aussi avait une grande connaissance de la jungle. Mais pour cette seconde incursion en territoire Métamorphe, Valentin était particulièrement livré à lui-même.

Deliamber et Lisamon, s’ils étaient encore vivants – et il était pessimiste à ce sujet, car il n’avait pas eu depuis plusieurs semaines le moindre contact avec eux, même en rêve – étaient à des centaines de kilomètres derrière lui, sur l’autre rive de la Steiche. Il n’avait aucune nouvelle non plus de Tunigorn qu’il avait envoyé à leur recherche. Il n’était plus accompagné maintenant que de Carabella et Sleet et d’une escorte de Skandars. Carabella avait du courage et de la résistance mais elle était une piètre éclaireuse et les Skandars étaient braves et robustes mais pas très débrouillards. Quant à Sleet, malgré toute sa sagacité et sa réflexion, il était fortement handicapé dans cette région par sa crainte paralysante des Changeformes qui remontait à un rêve de sa jeunesse et dont il n’avait jamais totalement réussi à se débarrasser. C’était de la folie pour un Coronal de s’enfoncer dans la jungle de Piurifayne avec une suite aussi réduite, mais la folie semblait être devenue le propre des derniers Coronals, puisque Malibor et Voriax, ses deux prédécesseurs, avaient péri jeunes et de mort violente à cause de leur conduite stupide. Cette imprudence des monarques était peut-être devenue la coutume.

Et au fil des jours, il n’avait pas plus l’impression de se rapprocher d’Ilirivoyne que de s’en éloigner, et se disait qu’elle était partout et nulle part au milieu de cette jungle, que l’agglomération tout entière avait changé d’emplacement et se déplaçait juste devant lui, restant constamment à distance, conservant un écart qu’il ne parviendrait jamais à combler. Car la capitale Métamorphe, d’après le souvenir qu’il en avait, était composée de fragiles constructions en osier avec quelques rares bâtiments en dur et il avait eu l’impression lors de son bref séjour d’être dans une ville fantôme pouvant aisément être transportée d’un lieu à un autre selon les caprices de ses habitants, une ville nomade, une ville imaginaire, un feu follet de la jungle.

— Regarde, dit Carabella. Là-bas ! Est-ce une piste, Valentin ?

— Peut-être, dit-il.

— Mais peut-être pas ?

— Peut-être pas, en effet.

Ils avaient vu des centaines de layons qui ressemblaient à celui-là, de légères traces sur le sol de la jungle, empreintes indéchiffrables de quelque ancienne présence, empreintes remontant peut-être au mois précédent, peut-être à l’époque de lord Dekkeret, un millier d’années auparavant. Un bâton fiché en terre auquel était attachée une plume ou un bout de ruban ; des sillons parallèles, comme si un jour quelque chose avait été halé par là ; ou encore parfois rien de visible, juste une trace psychique, un vestige mystérieux du passage d’êtres intelligents. Mais jamais aucune de ces pistes ne les avait menés nulle part. Tôt ou tard, les indices se raréfiaient, devenaient imperceptibles et seule la forêt vierge s’étendait devant eux.

— Voulez-vous installer le campement, monseigneur ? demanda Sleet.

Ni lui ni Carabella ne s’étaient élevés contre cette expédition, aussi téméraire dût-elle leur paraître. Valentin se demanda s’ils comprenaient à quel point était vif le besoin qu’il éprouvait de mener à bien son entrevue avec la reine des Changeformes. À moins que ce ne fût la crainte du courroux du monarque et du mari qui les poussait à garder un silence obligeant tout au long de ces semaines de vaine errance alors qu’ils devaient sûrement penser que son temps serait mieux employé dans les provinces civilisées à affronter l’épouvantable crise qui y sévissait. Mais peut-être, et ce serait le pire, songeaient-ils seulement à le ménager tandis qu’il tournait en rond au milieu de la forêt dense noyée sous les pluies. Il n’osait pas leur demander. Il se demandait seulement combien de temps il poursuivrait sa quête malgré sa conviction croissante qu’il ne parviendrait jamais à trouver Ilirivoyne.

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