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L'agonie de la lumière

Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:

Quand Dirk T’Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux resurgissent. Il se demande pourquoi son amour perdu, la belle Gwen, fait ainsi appel à lui si longtemps après leur rupture. Espérant renouer avec elle, il embarque sur le premier vaisseau à destination de Worlorn pour arracher Gwen aux violents chevaliers Kavalars.
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— À dire vrai, je nous crois relativement en sécurité. Pour un temps, du moins. À moins que… J’ignore comment ils sont parvenus à vous retrouver, à Défi, et j’avoue que ça m’inquiète. Nous serons en grand danger s’ils nous suivent jusqu’à Kryne Lamiya et passent la cité au peigne fin, avec leurs meutes – nous ne pouvons plus compter sur le déodorant absolu. » Il regarda Dirk.

« Comment ont-ils pu apprendre où vous vous étiez réfugiés ? En avez-vous la moindre idée ?

— Non. Personne ne savait où nous nous trouvions, et je suis absolument certain qu’on ne nous a pas suivis. Peut-être ont-ils simplement… deviné ? C’était le choix le plus logique, après tout. Vivre à Défi s’avère plus facile que dans n’importe quelle autre cité.

— En effet. Mais votre théorie me semble néanmoins erronée. Vous imaginez bien que Garse et moi avons nous aussi réfléchi à la question, t’Larien, après nous être retrouvés seuls au carré de la mort, couverts de honte. Défi constituait effectivement le meilleur choix à faire, et donc le moins logique. Nous estimions plus probable que vous vous soyez rendus à Musquel-sur-Mer, pour vivre du poisson que vous pourriez pêcher, ou bien que Gwen aille chercher de quoi vous nourrir dans les forêts qu’elle connaît si bien. Garse s’est même demandé si vous ne vous étiez pas dissimulés à Larteyn, après avoir soigneusement caché le banshee, pour vous moquer de nos efforts inutiles quand nous nous serions mis à explorer toute une planète à votre recherche.

— Oui, eh bien… je suppose que nous avons fait un choix stupide.

— Non, t’Larien. Je ne suis pas de cet avis. Le seul choix stupide que vous auriez pu faire, ç’aurait été de vous réfugier dans la Cité de l’Étang sans Étoile, où vous saviez que les Braiths se trouvaient en nombre. Défi, au contraire, était un choix subtil, intentionnellement ou pas. Tellement stupide à première vue que ça en devenait le meilleur des choix. Vous comprenez ? Je n’arrive pas à comprendre comment les Braiths ont pu vous découvrir par simple déduction.

— Peut-être. » Puis Dirk réfléchit un instant avant d’ajouter : « Nous avons appris la présence des Braiths par le discours que nous a adressé Bretan. II… eh bien, je peux vous affirmer qu’il n’essayait pas de découvrir si nous y étions. Il n’avait pas l’ombre d’un doute. Il nous savait dans cette cité, quelque part.

— Et pourtant vous ignorez comment il a pu l’apprendre ?

— Totalement. Je n’en ai pas la moindre idée.

— Alors, nous allons devoir vivre dans la crainte qu’ils ne nous découvrent également ici. Prions pour que les Braiths ne puissent rééditer pareil miracle, et nous serons en sécurité.

« Vous devez malgré tout prendre toute la mesure de notre situation. Nous disposons d’un abri ainsi que d’eau à profusion, mais nous n’avons pas de nourriture. Notre départ… Nous allons devoir nous rendre au spatioport afin d’essayer de quitter Worlorn le plus rapidement possible, vous le savez. Et ça ne s’annonce pas des plus aisé. Les Braiths vont nous attendre. Nous pouvons compter sur mon pistolet laser et les deux fusils laser de chasse que j’ai trouvés dans le véhicule des Braiths. Plus l’appareil lui-même. Il est armé, et dispose d’un épais blindage.

Il devait appartenir à Roseph noble de Braith Kelcek…

— L’une des épaves abandonnées sur l’aire de stationnement de cette tour est toujours en état de marche, l’interrompit Dirk.

— Ça nous donne donc deux véhicules, en cas de besoin. Mais nous aurons huit chasseurs face à nous. Ou plutôt neuf, car je doute d’avoir grièvement blessé Lorimaar Arkellor. Peut-être a-t-il péri, bien sûr, mais j’en serais le premier surpris. Bon. Les Braiths peuvent faire voler simultanément huit appareils, mais il me paraît bien plus probable qu’ils préfèrent rester deux par deux, teyn et teyn, ainsi que le veut la tradition. Chaque engin est blindé. Ils ont des vivres, et des réserves de puissance sur lesquelles nous-mêmes ne pouvons espérer compter. Ils sont bien plus nombreux que nous, et mon statut de briseur de duel va sans doute décider Kirak Acierrouge Cavis et les deux chasseurs de l’Union Shanagate à se joindre à eux. Sans même parler de Garse.

— Garse ?

— J’espère… je prie pour qu’il arrache les pierrelueurs de son bras et retourne sur Haut Kavalaan le plus rapidement possible. Il y sera humilié, on évitera sa compagnie, il portera le fer mort. C’est un destin cruel, t’Larien. Je l’ai déshonoré, ainsi que le Rassemblement de Jadefer. Je déplore ce qu’il va devoir endurer, mais ça n’en reste pas moins le destin que je lui souhaite. Car il existe toujours une autre possibilité…

— Une autre possibilité ?

— Oui. Il peut nous prendre en chasse, lui aussi, il va lui être impossible de quitter Worlorn avant l’arrivée d’un vaisseau, ce qui n’aura pas lieu immédiatement. J’ignore ce qu’il va faire, entretemps.

— Il ne va certainement pas se joindre aux Braiths. Il les considère comme ses ennemis, alors que vous êtes son teyn et que Gwen est sa cro-betheyn. Qu’il désire me tuer, je n’en doute pas, mais…

— Garse est bien plus kavalar que moi. Depuis toujours. Et à présent plus que jamais, vu que mes actes m’ont privé du droit de porter ce nom. Les anciennes coutumes imposent au teyn d’un briseur de duel de faire justice, de tuer son ancien compagnon. D’après le code, Garse aurait davantage de motifs que les Braiths de vouloir ma mort. Mais il s’agit là d’une coutume que seuls les plus forts parviennent à respecter. La plupart des teyns partagent un lien de fer et de feu bien trop étroit pour que celui des deux qui s’estime trahi passe à l’acte – il préfère alors souvent rester seul, à se lamenter. Mais Garse Janacek est un homme fort, bien plus que moi en de nombreux domaines. J’ignore ce qu’il fera. Vraiment, je ne le sais pas.

— Et s’il vous poursuivait ? »

Vikary lui répondit d’une voix parfaitement calme : « Je ne lèverai jamais mon arme contre Garse. Il reste mon teyn, que je sois ou pas toujours le sien. Je l’ai trahi, je l’ai couvert de honte. Je l’ai déjà suffisamment fait souffrir comme ça. Par ma faute, il a dû supporter une blessure douloureuse pendant presque toute sa vie d’adulte. Il y a fort longtemps, nous étions très jeunes à l’époque, un homme plus âgé que lui s’est senti offensé par l’une de ses plaisanteries coutumières. Il l’a défié en duel. Le mode choisi était le tir unique, et nous combattions avec nos teyns. Dans ma sagesse, qui est loin d’être infinie, je suis parvenu à convaincre Garse que notre honneur serait sauf si nous nous contentions de tirer en l’air. C’est hélas ce que nous avons fait. Mais nos adversaires avaient décidé de lui donner une bonne leçon d’humour, et à ma grande honte, ils m’ont épargné alors qu’ils lui faisaient payer ma propre stupidité en le mutilant.

« Garse ne me l’a jamais reproché, pourtant. Après le duel, il s’est contenté de me dire : “Tu avais raison, Jaantony, ils ont eux aussi tiré en l’air. Dommage qu’ils ne sachent pas viser.” » Vikary se mit à rire. Mais ses yeux étaient humides, ses lèvres sinistrement serrées. Il ne pleurait pas, néanmoins. Comme par un incompréhensible effort de volonté, il empêchait ses larmes de couler sur ses joues.

Jaan se détourna brusquement pour repartir à l’intérieur de la tour, laissant Dirk seul sur le balcon, à la merci du vent et de la musique mélancolique de Lamiya-Bailis, la cité blanche du crépuscule. Loin, très loin de là, ses mains blanches se dressaient pour barrer le passage à la jungle. Dirk les étudia pensivement. Il réfléchissait aux paroles de Vikary.

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