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L'agonie de la lumière

Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:

Quand Dirk T’Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux resurgissent. Il se demande pourquoi son amour perdu, la belle Gwen, fait ainsi appel à lui si longtemps après leur rupture. Espérant renouer avec elle, il embarque sur le premier vaisseau à destination de Worlorn pour arracher Gwen aux violents chevaliers Kavalars.
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La jeune femme leur accorda un bref regard, puis grimaça de dégoût. « Non, merci. Tu peux les jeter. Je ne suis pas affamée au point de manger de telles saloperies !

— Tu dois te nourrir.

— C’est fait. La nuit dernière, Jaan en a écrasé deux dans un peu d’eau, pour en faire une espèce de bouillie. » Elle retira les mains de ses tempes et se tourna de côté, pour lui faire face. « Une mixture plutôt difficile à digérer, soit dit en passant. Sans compter que je ne me sens toujours pas très bien.

— Pas étonnant. Je ne vois pas comment tu pourrais être en pleine forme, après ce qui s’est passé. Tu as probablement une grosse commotion cérébrale – tu as de la chance d’être encore en vie.

— Jaan m’a expliqué, dit-elle d’une voix légèrement tranchante. Il m’a aussi mise au courant de ce qui s’est passé, ensuite… Ce qu’il a fait à Myrik. Je pensais lui avoir réglé son compte quand nous sommes tombés par terre. Tu as assisté à la scène, non ? C’était comme si je lui avais brisé la mâchoire, ou alors mes doigts. Et il ne s’en est même pas rendu compte.

— Non, en effet.

— Je voudrais que tu me racontes ce qui s’est produit après… tu sais. Jaan s’est contenté de m’expliquer l’essentiel. Il n’est pas entré dans les détails, mais je veux tout savoir. » Sa voix était lasse, dolente, mais il comprit qu’elle n’accepterait jamais un refus de sa part.

Il lui fit donc le récit des événements postérieurs au coup qu’elle avait reçu.

« Jaan a braqué son arme contre Garse ? » répéta-t-elle à un moment, incrédule. Dirk hocha la tête ; Gwen en resta coite.

Et ne parla pas davantage quand il en eut terminé. Ses paupières se fermèrent un bref instant, pour aussitôt se rouvrir. Puis elles s’abaissèrent à nouveau, et restèrent cette fois closes. Elle était étendue tranquillement sur le côté, recroquevillée en position fœtale, les poings serrés sous le menton. Dirk sentit ses yeux attirés par son avant-bras gauche, la froide mise en garde du jade et de l’argent qu’elle portait toujours.

« Gwen », dit-il à voix basse. Elle secoua violemment la tête en un cri silencieux : Non ! Puis la jeune femme se retira en elle-même, laissant Dirk seul face à son bracelet à elle – et à ses terreurs à lui.

Les soleils, ou du moins ce qui en tenait lieu sur Worlorn, inondaient la chambre de lumière : une faible clarté oblique dans laquelle dérivaient paresseusement des brins de poussière. Seul un côté du matelas était éclairé, aussi Gwen reposait-elle à la fois dans l’ombre et dans la clarté du jour.

Dirk n’essayait même plus de lui adresser la parole, ou même de la regarder. Il se surprit à observer les formes étranges que la lumière projetait sur le sol.

Tout était chaud et rouge au centre de la chambre, là où dansait la poussière. Celle-ci devenait un bref instant pourpre lorsqu’elle flottait hors de l’obscurité, pour ensuite prendre une teinte dorée. Elle créait des ombres minuscules qui disparaissaient lorsqu’elle sortait du faisceau lumineux. T’Larien leva une main, la tint tendue durant… des minutes ? Des heures ? La poussière virevoltait autour d’elle, les ombres qu’elle formait s’agitaient en même temps qu’il remuait ses doigts. Le soleil était amical, presque… familier. Mais Dirk prit brusquement conscience que ces mouvements, comme les lents déplacements des grains de poussière, n’avaient aucun but, aucune signification. C’était la musique qui lui avait appris ça, la triste musique de Lamiya-Bailis.

Il ramena sa main dans l’ombre et fronça les sourcils.

Le grand noyau de lumière était ceint par une étroite bordure, là où les rayons du soleil traversaient tant bien que mal l’entourage de verre noir et sang de la fenêtre. Ce n’était qu’une petite bordure, mais elle marquait les limites de la zone dans laquelle pouvaient virevolter les grains de poussière.

Au-delà de cette tache claire s’étendaient des recoins obscurs, les parties de la pièce que la clarté du Moyeu n’atteignait jamais, là où se terraient les démons et les formes engendrées par sa peur, pour toujours à l’abri des regards.

Dirk se frotta le menton, tout sourire. Une courte barbe couvrait ses joues, sa peau commençait à le démanger. Tout en poursuivant son examen des angles de la pièce, il laissa la musique aubienne pénétrer jusque dans son âme. Comment il avait fait pour l’écarter jusqu’alors, il n’aurait su le dire ; mais elle était bien là, à l’assiéger.

La tour où ils se trouvaient, leur demeure, chantait sa longue note basse. À des années de là, ou à des siècles, un chœur répondait par des lamentations de veuves éplorées. Il entendait des pulsations frissonnantes, les cris d’enfants abandonnés, le son glissant de couteaux qui entaillent la chair. Et le tambour. Comment le vent pouvait-il battre le tambour ? Il l’ignorait. C’était peut-être autre chose. Mais ça ressemblait vraiment à ça. Si loin, cependant, si solitaire.

Si horriblement solitaire. À jamais.

Brume et ombres allèrent se réunir dans l’angle le plus éloigné de la pièce, le plus sombre aussi, puis la scène s’éclaircit progressivement. Dirk distingua alors une table et un fauteuil bas, qui saillaient des murs et du sol tels des légumes étranges. L’espace d’une seconde, il se demanda ce qu’il voyait. Le soleil s’était déplacé, et l’unique rai de lumière ténue qui filtrait de la fenêtre disparut à son tour ; tout l’univers devint bientôt entièrement gris.

T’Larien remarqua alors que la poussière ne dansait plus. Plus du tout. Sa main alla fendre l’air pour s’en assurer. Il n’y avait plus ni poussière, ni chaleur, ni lumière. Il hocha la tête avec gravité, certain qu’il venait là de découvrir une grande vérité.

Des lumières pâles se déplaçaient sur les murs, des spectres qui s’éveillaient pour une autre nuit. Les fantômes de vieux rêves, leurs dépouilles. Tout était gris, ou blanc. Les couleurs appartiennent au domaine du vivant, elles n’avaient pas leur place en ces lieux.

Les spectres commencèrent à se mouvoir. Ils étaient emprisonnés dans les murs, dans chaque mur. De temps en temps, Dirk pensait les voir interrompre leur danse frénétique pour se lancer désespérément contre les parois de verre qui les empêchaient de pénétrer dans la pièce. Les mains spectrales ne cessaient de marteler les murs, sans pour autant ébranler la chambre. Bien sûr. Les spectres n’étaient que des spectres, ils n’avaient aucune substance, et leurs assauts frénétiques ne les dispensaient pas de devoir se remettre à danser.

La danse, la danse macabre d’ombres informes. C’était magnifique, vraiment magnifique. Elles se mouvaient, plongeaient, se tordaient. Des murs de flammes grises. Un spectacle tellement supérieur à celui que lui avaient offert les grains de poussière. Elles dansaient au rythme du chant de la Ville Sirène.

Désolation. Vide. Décomposition. Un unique tambour, lentement frappé. Solitaire. Solitaire. Rien n’avait de signification.

« Dirk ! »

C’était la voix de Gwen. Il secoua la tête, puis se détourna des murs pour se concentrer sur le lieu où la jeune femme était couchée, dans l’obscurité. Il faisait nuit. La nuit. Sans qu’il s’en soit rendu compte, le jour avait disparu.

La jeune femme ne dormait pas ; elle le fixait intensément. « Je suis désolée. » Elle voulait lui dire quelque chose, mais il savait déjà quoi. Oui, son silence lui avait déjà tout révélé, ou… les tambours, peut-être. Kryne Lamiya.

Il sourit. « Tu ne l’as pas oublié, n’est-ce pas ? Mais l’oubli n’a rien à voir avec tout ça. Tu avais une raison pour ne pas ôter ce… » Il désigna l’objet du doigt.

« Oui. » Le couvre-lit tomba jusqu’à sa taille lorsqu’elle se redressa. Jaan avait dégrafé le devant de son vêtement, qui pendait à présent librement autour de son corps, découvrant les courbes douces de ses seins. La lumière vacillante rendait sa peau grisâtre. Dirk ne ressentit aucune excitation. La main de Gwen se porta sur le jade et l’argent. La jeune femme toucha le bracelet, le caressa. Puis soupira. « Je n’ai jamais pensé… Comment t’expliquer. J’ai dit ce que j’avais à dire. Sans quoi Bretan Braith t’aurait tué.

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