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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Murdoch l’aperçut et plongea derrière une voiture. Tyler appuya sur la gâchette ; la balle ricocha sur le mur d’un magasin de chaussures. Murdoch accroupi, courut jusqu’à la voiture suivante, une vieille Ford. Tyler, d’un pas vif mais calme, remonta la rue et adopta de nouveau une position de tir.

Il commençait à presser la gâchette quand il vit la porte de la Ford s’ouvrir et Murdoch s’engouffrer dans le véhicule.

En jurant, Tyler visa de nouveau. Le revolver recula une fois de plus dans sa main.

Il vit Murdoch tressauter ; il l’avait touché – du sang jaillit de sa jambe ou de sa cuisse gauche. Puis la portière se referma ; le moteur toussa deux fois et finit par démarrer. Murdoch enclencha la vitesse et fila à tombeau ouvert sous le regard impuissant de Tyler. La Ford vira dangereusement sur l’aile dans le virage. Son pare-chocs arrière accrocha une borne d’incendie sur la gauche ; enfin rétablie, la voiture fonça vers l’ouest.

Tyler remonta la rue en courant pour récupérer le Hummer… mais le garage était au moins à deux cents mètres de là. Il perdait un temps précieux.

Il roula pendant une heure sur la route qu’avait empruntée la Ford sans la rattraper. Sans même l’apercevoir. Murdoch avait très bien pu s’engager sur une des petites routes de campagne, presque des chemins, ou s’être caché dans une grange, derrière un panneau publicitaire. Ou tout bêtement dans une des ruelles de Loftus.

Mais je l’ai blessé, songeait Tyler, content de lui. Dans un monde sans docteurs, sans soins médicaux, c’était peut-être suffisant.

C’était une question de principe, se dit-il encore. Murdoch avait renoncé à son humanité. Et Tyler, tout compte fait, avait tout à gagner de sa désertion. Murdoch n’avait déjà découvert que trop de défauts dans la fragile cuirasse de sa santé mentale. Il l’avait vu tuer la fille. C’était précisément ce genre de bagage encombrant dont Tyler préférait se délester en chemin.

Il s’arrêta sur le bas-côté de la route, bien au-delà des limites de Loftus, dans une flaque de soleil frais de novembre, et écouta le silence. Le nouveau silence de sa solitude dans ce monde toujours plus vide. L’autre voix, l’autre présence, n’était plus. Il n’y avait plus que lui, désormais, Tyler. Tyler qui parlerait à Tyler. Ou bien ces autres voix, encore ; les voix de Sissy, qui lui murmureraient leurs propos insensés par l’entremise des arbres, de la terre, du vent…

Murdoch était plus gravement blessé que le colonel ne l’avait imaginé.

La balle avait pénétré dans sa hanche, pulvérisé une partie de l’os, et laissé une vilaine plaie là où elle était ressortie. Le siège avait été immédiatement trempé de sang. Aveuglé par la douleur, Murdoch ne tenait que par le souvenir de la mort de Soo Constantine sous les balles de Tyler.

Il roula quelques centaines de mètres en écrasant l’accélérateur sous son pied, bifurqua brusquement à droite et s’enfila dans le premier garage vide qui se présenta.

La voiture n’était pas totalement dissimulée mais au moins elle n’attirerait pas l’attention, dans l’ombre. De toute façon, il n’avait pas le choix. C’était ou s’arrêter, ou perdre connaissance au volant. La voiture s’engagea trop rapidement dans l’allée ; le pied gauche de Murdoch dérapa entre les pédales d’embrayage et de frein. La Ford entra en trombe dans le garage et fonça dans l’étagère murale du fond. Murdoch s’écroula sur le volant alors qu’une paire de cisailles perforait le capot et qu’un bidon d’huile se renversait sur le pare-brise.

Il eut le réflexe de couper le moteur avant de sombrer dans l’inconscience, enivré par l’odeur chaude et salée de son propre sang.

Le Serveur répondit immédiatement à la détresse de cette âme en transit.

La mutation avait à peine débuté, mais les néocytes dans le corps de Murdoch diffusèrent la terrible nouvelle de la mort imminente de l’organisme.

Tyler venait tout juste de disparaître vers l’ouest au volant du M998 quand le Serveur reconstitué quitta sa place au centre de Loftus pour glisser vers le garage où Murdoch agonisait.

Il se posa en douceur près de la portière conducteur et n’en bougea plus. Le silence n’était troublé que par l’eau s’écoulant goutte à goutte du radiateur crevé de la Ford.

Le Serveur était une entité composée de nombreuses consciences, dont certaines humaines. L’une d’elles n’était autre que Soo Constantine, tout récemment abattue par le colonel John Tyler. Et la détresse du Serveur était la détresse de Soo.

Le Serveur contempla le corps ensanglanté de Murdoch avec douleur et compassion.

S’il mourait, et il oscillait au seuil de la mort, Murdoch perdrait la vie à jamais. Il n’avait pas eu le temps de préparer la transition, de créer un second Murdoch pour recevoir le Murdoch-essence. Seul existait ce fragile Murdoch avec ces rares néocytes éparpillés dans son organisme. Les néocytes ne s’étaient reproduits que quelques centaines de fois. Ils ne s’étaient pas encore emparés de Murdoch de manière à pouvoir exercer une action.

Mais Murdoch avait choisi. Et sa mort involontaire révoltait les Voyageurs.

Le Serveur se fabriqua un bras et le tendit vers la vitre. Le verre, pulvérisé, se dispersa en fine poussière grise. Le bras entra ensuite dans la voiture et toucha le corps meurtri de Murdoch.

Une masse noire, tel un essaim d’insectes, quitta le corps du Serveur. Des milliards de ses particules se mirent aussitôt à la tâche pour réparer les vaisseaux éclatés afin que soit de nouveau véhiculée la vie dans l’organisme.

Bientôt, Murdoch fut enveloppé dans ce qui apparaissait comme un cocon noir informe.

Le cocon ne bougeait pas ; Murdoch ne bougeait pas. Une activité fiévreuse, cependant, se déroulait à l’intérieur du corps et au-delà de toute perception humaine. En apparence, rien ne changeait.

Les jours succédèrent aux nuits, les nuits aux jours. Les nuages, au-dessus de Loftus, enténébraient le ciel.

Périodiquement, en ce mois de décembre, des orages éclatèrent. Violents et subits.

Murdoch se réveilla en janvier.

Le Serveur s’était retiré ; il était seul dans la voiture. Il ouvrit la portière et tituba légèrement dans la faible lumière du jour.

Le ciel était gris ; l’orage menaçait. Tout l’hiver, la Terre subirait d’épouvantables et dangereuses intempéries. On l’avait averti de prendre garde aux tempêtes.

Les néocytes travaillaient toujours en lui. Murdoch aurait pu choisir de partir dès maintenant pour l’autre vie, sa vie virtuelle. Mais il n’en avait pas terminé avec sa vie de chair que la balle de Tyler avait brisée net.

Il avait certaines choses à voir.

Quelles choses ? Impossible à préciser. Il avait bien failli mourir des suites de sa blessure, et l’irrigation sanguine du cerveau avait été trop longtemps interrompue. Les néocytes régénéraient les tissus, mais leur travail, qui progressait lentement, pâtissait de circonstances peu favorables. Il n’était pas aisé de reconstituer toutes les facultés mentales à partir d’éléments fragmentés. Dans l’immédiat, Murdoch n’avait pas encore recouvré l’usage de la parole et n’avait pas suffisamment confiance en la coordination de ses mouvements pour conduire ; trop de mémoires neuromusculaires attendaient d’être reconstituées.

Muet, il se mit à marcher en direction du soleil couchant.

Il marcha pendant des semaines.

Ses jambes étaient d’une force presque surnaturelle et son énergie semblait inépuisable. Le mauvais temps ne présentait qu’un obstacle mineur, et son contact constant et silencieux avec le vaisseau l’aidait à prévoir et donc à éviter les vents trop forts et les orages. Il s’abritait dans des bâtiments abandonnés, des granges, des ravines.

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