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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Trois trous en ligne ?

— Oui. Le jeune meurtrier, vingt-cinq ans, s’est échappé. Je n’ai aucun souvenir du nom de la famille, ni du lieu.

— Et c’est vieux. Cela a dû sombrer dans du béton armé. J’y vais, commissaire.

— Puisque je t’ai dit qu’il l’est plus, dit la voix lointaine. C’est un monde, ma Josette.

— Josette, rappelez-moi à n’importe quelle heure.

Adamsberg rangea son portable à l’abri de la pluie puis reprit à pas lents le chemin de l’hôtel. Chacun dans cette histoire avait dit son mot, un mot juste sous un certain angle. Sanscartier, Mordent, Danglard, Retancourt, Raphaël, Clémentine. Vivaldi bien sûr. Le docteur Courtin et le curé Grégoire. Josette. Et même le cardinal. Et peut-être aussi Trabelmann, avec sa foutue cathédrale.

Josette le rappela à deux heures du matin.

— Voilà, annonça-t-elle à son habitude. J’ai dû passer par les Archives nationales puis revenir aux greniers de la police. Du béton, je vous l’avais dit.

— Désolé, Josette.

— Il n’y a pas de mal, au contraire. Clémie m’a préparé un bol de café à l’armagnac et des pains chauds. Elle m’a choyée comme un sous-marinier qui prépare sa torpille. Le 12 mars 1944, au village de Collery, dans le Loiret, ont eu lieu les obsèques de Gérard Guillaumond, décédé à soixante et un ans.

— Noyé dans un étang ?

— C’est cela. Un accident ou un suicide, on ne l’a jamais su. Sa barque en mauvais état a coulé au milieu du plan d’eau. Après l’enterrement, et une fois les visites achevées à la demeure du mort, le fils, Roland Guillaumond, a assassiné sa propre mère, Marie Guillaumond.

— Je me souviens d’un témoin, Josette.

— Oui, la cuisinière. Elle a entendu un hurlement à l’étage. Elle a monté les escaliers et le jeune homme l’a bousculée dans les marches. Il sortait en courant de la chambre de sa mère. La cuisinière a trouvé sa patronne morte sur le coup. Il n’y avait personne d’autre dans la maison. Il n’y eut jamais aucun doute sur l’identité du tueur.

— On l’a arrêté ? demanda anxieusement Adamsberg.

— Jamais. On suppose qu’il a cherché refuge dans le maquis et qu’il a pu y trouver la mort.

— Vous avez trouvé des photos de lui ? Dans la presse ?

— Non, pas une. C’était la guerre, vous comprenez. La cuisinière est morte depuis, j’ai été vérifier à l’Identité. Commissaire, l’auteur du meurtre, ce serait notre juge ? Il avait quarante ans en 1944.

— Mettez-lui quinze ans de moins, Josette.

XLIX

Des rideaux se soulevaient discrètement au passage de l’inconnu. Adamsberg tournait dans les rues étroites de Collery, indécis. Le meurtre avait eu lieu cinquante-neuf ans plus tôt, et il lui fallait trouver ici une mémoire vive. Le petit bourg sentait la feuille mouillée et le vent y transportait l’odeur un peu moisie des surfaces vertes des étangs de Sologne. Rien de comparable avec la majestueuse ordonnance de Richelieu. Une bourgade rurale aux maisons irrégulières se serrant les coudes.

Un enfant lui indiqua la demeure du maire, sur la place. Il se présenta avec sa carte de Denis Lamproie, à la recherche de l’ancienne demeure des Guillaumond. Le maire était trop jeune pour avoir connu la famille mais personne ici n’ignorait le drame de Collery.

En Sologne comme ailleurs, il n’était guère possible d’extorquer un renseignement à la va-vite sur le pas d’une porte. La rapidité désinvolte de Paris n’était pas de mise. Adamsberg se retrouva les deux coudes sur une toile cirée, devant un petit verre d’eau-de-vie, à cinq heures de l’après-midi. Ici, porter un bonnet arctique dans la maison n’indisposait personne. Le maire avait sa casquette et sa femme un fichu.

— Normalement, expliqua le maire, les joues pleines et le regard curieux, on n’ouvre pas la bouteille avant les sept heures sonnées. Mais ma foi, la visite d’un commissaire de Paris, ça excuse. J’ai pas raison, Ghislaine ? ajouta-t-il en se tournant vers sa femme, cherchant l’absolution.

Ghislaine, qui pelait des pommes de terre sur le coin de la table, approuva d’un signe de tête, blasée, retenant d’un doigt ses grosses lunettes dont la monture tenait avec du sparadrap. Il n’y avait pas beaucoup d’argent, à Collery. Adamsberg lui jeta un regard pour voir si, comme Clémentine, elle faisait sauter les yeux des légumes du bout de son couteau. Oui, elle le faisait. Faut y ôter le poison.

— L’affaire Guillaumond, dit le maire en enfonçant le bouchon dans la bouteille d’un coup de paume, Dieu sait si on en a causé. J’avais pas cinq ans qu’on me la racontait déjà.

— Les enfants devraient pas entendre des choses pareilles, dit Ghislaine.

— La maison est restée vide après ça. Personne en voulait. Les gens se figuraient qu’elle était hantée. Des bêtises, quoi.

— Évidemment, murmura Adamsberg.

— On a fini par la démolir. On disait que ce Roland Guillaumond n’avait jamais eu sa tête. À savoir si c’est vrai, c’est autre chose. Mais faut pas avoir sa tête pour embrocher sa mère comme ça.

— Embrocher ?

— Quand on tue quelqu’un avec un trident, j’appelle ça embrocher, je vois pas d’autre mot. J’ai pas raison, Ghislaine ? Tirer un coup de chevrotine, assommer le voisin d’un coup de pelle, je dis pas que j’approuve, mais disons que c’est des choses qui arrivent dans un coup de sang. Mais avec un trident, pardon, commissaire, c’est de la sauvagerie.

— Et sa propre mère encore, dit Ghislaine. Qu’est-ce que vous y cherchez dans cette vieille histoire ?

— Roland Guillaumond.

— Vous avez de la suite dans les idées chez vous, dit le maire. De toute façon, il y a prescription après tout ce temps.

— Bien sûr. Mais le père Guillaumond était relié par lointain cousinage à l’un de mes hommes. Et ça le tracasse. Une enquête un peu personnelle, en quelque sorte.

— Ah, si c’est personnel, c’est autre chose, dit le maire en levant ses mains rugueuses, un peu comme Trabelmann cédant respectueusement devant les souvenirs d’enfance. Je reconnais que ça doit pas être plaisant d’avoir un assassin pareil dans son cousinage. Mais Roland, vous le trouverez pas. Il est mort dans le maquis, à ce que tout le monde a dit. C’est que ça pétait de tous les côtés dans le coin, à cette époque-là.

— Vous saviez ce que faisait le père ?

— Il était métallier. Un brave homme. Il avait fait un beau mariage avec une vraie jeune fille de La Ferté-Saint-Aubin. Tout ça pour finir dans un bain de sang, si c’est pas malheureux. J’ai pas raison, Ghislaine ?

— À Collery, il y a quelqu’un qui a connu la famille ? Qui pourrait m’en parler ?

— Y aurait bien André, dit le maire après un moment de réflexion. Il va sur ses quatre-vingt-quatre. Il avait travaillé tout jeune avec le père Guillaumond.

Le maire jeta un œil à la grande horloge.

— Vous feriez mieux d’y aller avant qu’il entame son souper.

L’eau-de-vie du maire lui brûlait encore l’estomac quand Adamsberg frappa chez André Barlut. Le vieil homme, en veste de gros velours et coiffé d’une casquette grise, jeta un regard hostile à sa carte. Puis il la prit entre ses doigts déformés et l’examina sous ses deux faces, intrigué. Une barbe de trois jours, un petit regard noir et rapide.

— Disons que c’est très personnel, monsieur Barlut.

Attablé deux minutes plus tard devant un verre d’eau-de-vie, Adamsberg exposait à nouveau ses questions.

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