Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Danglard n’y croit pas non plus.
— Quant au pistolet, cela ne ressemble pas au juge.
— Je vous ai dit mon avis là-dessus. Le pistolet est assez bon pour les outsiders, les assassinats parallèles. Pas besoin du trident pour Michaël. Je suppose que le jeune homme aura mal jaugé son commanditaire, qu’il se sera montré trop exigeant ou aura tâté du chantage. Ou que le juge l’aura simplement évacué.
— Si c’est lui.
— Sa bécane a été examinée. Le disque dur est vide ou plutôt lessivé. Les gars du labo vont l’emporter demain pour gratter dedans.
— Que devient son chien ? demanda Adamsberg, surpris de s’inquiéter du sort du gros compagnon de Michaël.
— Abattu.
— Retancourt, puisque vous voulez me passer ce gilet, envoyez-moi ce portable avec. J’ai dans les parages un hacker de première force.
— Comment voulez-vous que je détourne l’engin ? Vous n’êtes plus commissaire.
— Je m’en souviens, dit Adamsberg, entendant gronder la voix de Clémentine. Demandez à Danglard, convainquez-le, vous savez faire cela. Depuis l’exhumation, Brézillon penche de mon côté, et il le sait.
— Je vais faire ce que je peux. Mais c’est à lui qu’on obéit à présent.
LI
Josette s’était emparée avec passion de l’ordinateur de Michaël Sartonna. Adamsberg eut l’impression qu’il n’aurait pu lui faire plus plaisir qu’en lui offrant cette machine suspecte, un rêve de hackeuse. L’ordinateur n’avait été déposé à Clignancourt qu’en fin d’après-midi, et Adamsberg soupçonnait Danglard de l’avoir fait visiter auparavant par ses propres spécialistes. Logique, normal, il était à présent le chef de la Brigade. À la livraison, le coursier lui avait remis un billet de Retancourt confirmant le néant du disque dur, aussi récuré qu’un évier. Ce qui ne fit qu’accroître la concupiscence de Josette.
Elle s’acharna longtemps pour faire sauter les verrous successifs qui protégeaient la mémoire lavée de la machine, confirmant à Adamsberg que la bécane venait d’être visitée.
— Vos hommes n’ont pas pris la peine d’effacer leurs pas. C’est bien naturel, ils ne faisaient rien d’illégal.
Le dernier verrou ne se débloqua qu’avec le nom inversé du chien de Michaël, ograc. Il n’était pas rare que le jeune homme emmène son animal avec lui certains soirs de service, une grosse bête aussi baveuse et inoffensive qu’un escargot — d’où son nom, Cargo — qui avait pour passion de déchiqueter tous les papiers se trouvant à sa portée. Cargo était capable de transformer un rapport en une boule de pâte à coller. Ce qui convenait bien, comme nom de code, aux mystérieuses transmutations opérées dans les ordinateurs.
Mais une fois passés ces blocages, Josette se heurta au néant annoncé.
— Rincé, décapé à la brosse en fer, dit-elle à Adamsberg.
Évidemment. Si les spécialistes chevronnés du laboratoire n’y avaient rien décelé, il n’y avait pas de raison pour que Josette les distance. Les mains ridées de la hackeuse revinrent se poser avec obstination sur le clavier.
— Je cherche encore, dit-elle, butée.
— Inutile, Josette. Les gars du labo l’ont retourné dans tous les sens.
C’était l’heure du porto et Clémentine appela Adamsberg pour sa boisson du soir, comme on somme un adolescent de s’atteler à ses devoirs. À présent, Clémentine ajoutait un jaune d’œuf qu’elle battait dans le vin sucré. Le porto-flip était plus reconstituant.
— Elle s’obstine, expliqua Adamsberg à Clémentine en prenant le verre empli de cette mixture épaisse dont il avait pris l’habitude.
— À la voir comme ça, on croirait qu’on peut la pousser d’une pichenette, dit Clémentine en choquant son verre contre celui d’Adamsberg.
— Et on ne peut pas.
— Non, interrompit Clémentine en bloquant le geste d’Adamsberg, qui portait le verre à ses lèvres. Quand on choque les verres, faut se regarder dans les yeux. J’y ai déjà dit. Puis faut boire tout de suite sans reposer le verre. Sans quoye, ça marche pas.
— Qu’est-ce qui ne marche pas ?
Clémentine secoua la tête comme si la question d’Adamsberg était une pure ânerie.
— On recommence, dit-elle. Regardez-moi bien dans les yeux. De quoi je causais ?
— De Josette, des pichenettes.
— Oui. Faut pas se fier. Parce qu’à l’intérieur de ma Josette, y a une boussole qui quitte jamais le nord. Des mille et des mille, elle a piqué aux gros. Et c’est pas demain la veille qu’elle s’arrêtera.
Adamsberg apporta un verre de la mixtion reconstituante dans le bureau.
— Faut bien se regarder dans les yeux avant de choquer les verres, expliqua-t-il à Josette. Sinon, ça ne marche pas.
Josette cogna son verre dans les formes, souriante.
— J’ai pu repêcher les fragments d’une ligne, dit-elle de sa voix grêle. Il s’agit des débris explosés d’un message. Que vos hommes n’ont pas lu, ajouta-t-elle avec un menu brin de fierté. Il y a des recoins que les meilleurs dépisteurs oublient de passer au peigne à poux.
— Un interstice entre le mur et le pied du lavabo.
— Par exemple. J’ai toujours adoré faire le ménage à fond et cela indisposait mon armateur. Venez voir ça.
Adamsberg s’approcha de l’écran et lut une succession hermétique de quelques lettres qui avaient survécu à la débâcle : dam rai ea aou emi ort oi eu il.
Josette semblait comblée par sa trouvaille.
— C’est tout ce qu’il reste ? demanda Adamsberg, déçu.
— Rien d’autre mais c’est tout de même quelque chose, dit Josette, toujours gaie. Car ce groupe de voyelles, aou, c’est très rare en français : août, saoul, yaourt et caoutchouc.
— Et raout.
— Raout ?
— Une grande fête mondaine, Josette.
— Ah oui. On appelait cela un cocktail, quand je vivais grand pied. Ce qui nous donne cinq mots comprenant ces voyelles, et trois seulement si l’on évacue ceux portant l’accent circonflexe.
— Je ne sais pas si Michaël était très doué en orthographe.
— On conserve donc août et saoul. Il peut aussi s’agir d’un nom propre. Il y a également ce dam, qui est bien intéressant.
— Le code classique pour désigner la plaque tournante d’Amsterdam. Michaël touchait au deal, j’en suis presque certain.
— Cela pourrait correspondre. Avec ce ea pour deal. Est-ce que « caoutchouc » pourrait désigner le shit ?
— Comme nom de code ? Je ne l’ai jamais entendu mais c’est possible. La résine du cannabis, le « caoutchouc », pourquoi pas ?
— Ce qui ressemblerait à un courrier de dealer. À ce qu’il en reste.
Josette nota les lettres éparses sur un papier et ils travaillèrent un moment en silence.
— Je ne sais pas quoi faire de oi eu il, conclut Josette.
— « Poids neuf kilos » ? proposa Adamsberg.
— Ce qui nous donnerait quelque chose comme : Amsterdam — livraison — deal — caoutchouc — acheminé — transport — poids neuf kilos.
— Et rien à voir avec le Trident, dit Adamsberg à voix basse. Michaël a dû être pris dans un trafic de dope trop gros pour lui. Un dossier pour les Stups mais pas pour nous, Josette.
Josette but délicatement son porto-flip, la contrariété multipliant les rides de son petit visage.