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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Il pouvait tout aussi bien vous tuer.

— Non. Trop de flics étaient au courant, ma mort pouvait se retourner contre lui. Tout ce qu’il désirait, c’était une route libre, et il l’a obtenue. Après son décès, j’ai abandonné toute recherche et Fulgence a poursuivi ses crimes sans entrave. Il aurait continué si le meurtre de Schiltigheim ne m’avait pas heurté par hasard. J’aurais sans doute mieux fait de ne jamais ouvrir ce journal, ce lundi-là. Qui m’a mené droit où j’en suis, ici, en meurtrier filant de planque en planque.

— Bonne chose ce journal, affirma Retancourt. On a trouvé Raphaël.

— Mais je ne l’ai pas sauvé de son acte. Ni moi. Tout ce que j’ai réussi à faire, c’est mettre à nouveau le juge en alerte. Il sait que j’ai repris la piste depuis sa fuite du Schloss. Vivaldi me l’a fait comprendre.

Adamsberg avala quelques gorgées de café et Retancourt acquiesça sans sourire.

— Il est excellent, dit le commissaire.

— Vivaldi ?

— Le café. Vivaldi aussi, un très bon chum. À l’heure où nous parlons, Retancourt, le Trident sait peut-être que je viens d’abolir sa mort. Ou le saura demain. J’encombre à nouveau sa route, sans moyen de le saisir. Ni de sortir Raphaël de ce champ des étoiles où il tourne sur orbite. Ni moi. Fulgence est à la barre, encore et toujours.

— Admettons qu’il ait suivi la mission Québec.

— Un centenaire ?

— J’ai dit « admettons ». Je préfère un centenaire à un mort. En ce cas, il a échoué à vous faire tomber.

— Échoué ? J’ai les trois quarts du corps pris dans les mâchoires de son piège et cinq semaines de liberté.

— Ce qui peut représenter beaucoup. Vous n’êtes pas encore en taule et vous bougez toujours. Il est à la barre, c’est entendu, mais dans la tempête.

— Si j’étais lui, Retancourt, je me débarrasserais de ce foutu flic au plus vite.

— Moi aussi. Je préférerais vous savoir avec votre gilet pare-balles.

— Il tue au trident.

— Pas forcément pour vous.

Adamsberg réfléchit un instant.

— Parce qu’il peut me flinguer sans cérémonial ? Comme si j’étais un hors-série, en quelque sorte ?

— Un à-côté, oui. C’est à une série finie que vous pensez ? Pas à une succession de meurtres compulsifs ?

— J’y ai souvent réfléchi et souvent hésité. Une compulsion meurtrière suit des ondes plus courtes que celles du juge, dont les crimes sont séparés par des silences de plusieurs années. Et chez un compulsif, l’onde s’accélère, les pics meurtriers se resserrent avec le temps. Ce n’est pas le cas du Trident. Ses meurtres sont réguliers, programmés, espacés. Comme l’œuvre patiente de toute une vie, sans précipitation.

— Ou qu’il fait durer à dessein, si sa vie se règle sur ce motif. Schiltigheim était peut-être son dernier acte. Ou le sentier de Hull.

Le visage d’Adamsberg s’altéra, rapide piqûre du désespoir, comme chaque fois qu’il repensait au crime de l’Outaouais. À ses mains barbouillées de sang jusque sous les ongles. Il reposa sa tasse et s’assit à la tête du lit, les jambes croisées.

— Ce qui ne plaide pas en ma faveur, reprit-il en examinant ses mains, c’est l’éventuel voyage du centenaire jusqu’au Québec. Après Schiltigheim, il avait tout le temps de prévoir la nasse dans laquelle me boucler. Il n’était pas à trois jours près pour opérer, n’est-ce pas ? Aucune raison de se propulser en urgence par-delà l’océan.

— Occasion idéale au contraire, objecta Retancourt. La technique du juge ne s’accommode pas d’une ville. Tuer sa victime, la planquer, amener son bouc émissaire étourdi sur les lieux, tout cela ne peut se faire à Paris. Il a toujours choisi la campagne comme terrain d’action. Le Canada lui offrait une situation rare.

— Possible, dit Adamsberg, le regard encore posé sur ses mains.

— Il y a autre chose. La déterritorialisation.

Adamsberg regarda son lieutenant.

— Disons, la sortie du territoire. Disparition des repères, des routines, des réflexes, et déstructuration. À Paris, il eût été presque impossible de faire croire qu’un commissaire, à la sortie ordinaire de son bureau, soit brusquement pris d’une fureur meurtrière en pleine rue.

— À espace vierge, être neuf et actes différents, approuva Adamsberg assez tristement.

— À Paris, personne n’aurait pu vous concevoir en meurtrier. Mais là-bas, oui. Le juge a saisi l’événement, et cela a fonctionné. Vous l’avez lu dans le dossier de la GRC : « déblocage des pulsions ». Un excellent programme, à la condition de pouvoir vous piéger seul en forêt.

— Il m’a très bien connu, depuis tout gosse jusqu’à mes dix-huit ans. Il pouvait savoir que j’irais marcher la nuit. Tout est possible, mais rien ne le prouve. Il lui fallait être informé du voyage. Or cette taupe, lieutenant, je n’y crois plus.

Retancourt replia ses doigts et fixa ses ongles courts, comme si elle consultait un bloc-notes secret.

— J’avoue que je n’aboutis pas, dit-elle, contrariée. J’ai parlé avec chacun, j’ai traîné invisible de salle en salle. Mais personne ne semble endurer l’idée que vous ayez pu tuer cette fille. À la Brigade, l’ambiance est à l’inquiétude, à la crispation, eux mots feutrés, comme si l’activité de l’équipe était suspendue dans l’attente. Heureusement, Danglard assume très bien l’intérim et maintient le calme. Vous ne doutez plus de lui ?

— Au contraire.

— Je vous laisse, commissaire, dit Retancourt en remballant sa thermos. La voiture part à dix-huit heures. Je vous ferai passer ce gilet.

— Je n’en ai pas besoin.

— Je vous le ferai passer.

XLVIII

— Bon sang, disait Brézillon, assez excité par son excursion funèbre, dans la voiture qui les ramenait sur Paris. Quatre-vingts kilos de sable. Il avait raison, nom d’un chien.

— Cela lui arrive très souvent, commenta Mordent.

— Cela change tout, reprit Brézillon. L’accusation d’Adamsberg devient solide. Un gars qui simule sa mort n’est pas un agneau. Le vieux est toujours en exercice, avec douze meurtres à son actif.

— Dont les trois derniers commis à quatre-vingt-treize ans, quatre-vingt-quinze ans et quatre-vingt-dix-neuf ans, précisa Danglard. Cela vous paraît-il envisageable, monsieur le divisionnaire ? Un centenaire traînant une jeune femme et sa bicyclette à travers champs ?

— C’est un problème, incontestablement. Mais Adamsberg a vu juste pour la mort de Fulgence, on ne peut pas le nier et les faits sont là. Vous vous désolidarisez de lui, capitaine ?

— Je m’occupe des faits et des probabilités, simplement.

Danglard se rencogna à l’arrière de la voiture et redevint silencieux, laissant ses collègues, troublés, discuter de la résurrection du vieux magistrat. Oui, Adamsberg avait eu raison. Et cela rendait la situation d’autant plus difficile.

Une fois chez lui, il attendit que les enfants soient endormis pour appeler le Québec. Il n’était encore que six heures du soir là-bas.

— Est-ce que tu avances ? demanda-t-il à son collègue québécois.

Il écouta avec impatience les explications de son correspondant.

— Il faut accélérer le pas, coupa Danglard. Cela bascule ici. L’exhumation a eu lieu. Pas de corps, mais un sac de sable… Oui, exactement… Et notre divisionnaire semble y croire. Mais rien n’est encore prouvé, tu comprends ? Fais au plus vite et fais de ton mieux. Il est capable de s’en sortir indemne.

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