Le vol des cigognes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2013
- Язык: французский
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
Je sortis en claquant la porte.
51
Quelques heures plus tard, je ruminais encore ma colère dans ma chambre d'hôtel. A bien des égards, je m'étais fait rouler. J'avais livré mes informations à l'OIPC-Interpol et je n'avais pratiquement rien obtenu en échange – en tout cas du point de vue de l'enquête. Ma seule consolation était que ma déposition allait jouer un rôle positif en faveur de Sarah.
A part cela, la soirée multipliait les impasses. J'avais appelé mon répondeur: aucun message. J'avais appelé le Dr Wareclass="underline" sans résultat.
A vingt heures trente, le téléphone sonna. Je décrochai brutalement. La voix que j'entendis me surprit:
– Antioche? Rickiel à l'appareil. J'aimerais parler avec vous.
– Quand?
– Maintenant. Je suis en bas, au bar de l'hôtel.
Le bar du Wepler était moquette de rose sombre et ressemblait plutôt à une alcôve destinée à des plaisirs troubles. Je découvris Simon Rickiel dans un fauteuil de cuir, emmitouflé dans son gros pull. Il grignotait avec circonspection quelques olives, un verre de whisky posé devant lui. Je me demandai s'il portait encore son Glock – et s'il aurait été aussi rapide que moi à dégainer.
– Asseyez-vous, Antioche. Et cessez de jouer au dur.
Vous avez fait vos preuves.
Je m'assis et commandai un thé de Chine. J'observai quelques secondes Rickiel. Son visage était toujours happé par ses gros verres bombés, comme l'image d'un miroir à moitié embué.
– Je suis venu vous féliciter encore une fois.
– Me féliciter?
– J'ai une certaine expérience du crime, vous savez. Je connais la valeur de votre enquête. Vous avez effectué du bon travail, Antioche. Vraiment. Mon offre d'embauché n'était pas une plaisanterie, tout à l'heure.
– Vous n'êtes pas venu pour ça, tout de même?
– Non. Cet après-midi, j'ai compris votre déception. Vous pensez que je n'ai pas accordé assez de crédit à votre histoire de chirurgien criminel.
– Exact.
– Je ne pouvais en faire plus. En tout cas en présence de Delter.
– Quel est le rapport?
– Cet aspect des choses ne le concerne pas.
Le serveur apporta mon thé. Son parfum lourd et acre me rappela soudain l'humus de la forêt.
– Vous accordez donc foi à mes propos?
– Oui. (Rickiel tripotait toujours ses olives, du bout d'un cure-dents.) Mais je vous l'ai dit: cet aspect nécessite un important travail d'investigation. De plus, il faudrait jouer franc jeu avec moi.
– Franc jeu?
– Vous ne m'avez pas tout dit. On ne découvre pas de tels éléments sans faire de vagues.
Une goulée de thé m'offrit le loisir de masquer mon malaise. Je mis le cap sur l'innocence:
– Je ne vous suis pas, Rickiel.
– Très bien. Cet après-midi, nous avons évoqué Max Böhm, Otto Kiefer, Niels van Dôtten. De vrais criminels, mais aussi des sexagénaires, plutôt inoffensifs, vous en conviendrez. Or ces hommes étaient protégés. Il y avait Dumaz, mais il y en avait d'autres. Beaucoup plus redoutables. J'en ai quelques-uns dans ma manche. Je vais vous donner des noms. Vous me direz ce qu'ils évoquent pour vous.
Rickiel eut un petit sourire ironique, avant d'avaler une olive.
– Miklos Sikkov.
Un uppercut au foie. Je desserrai légèrement les mâchoires:
– Je ne connais pas.
– Milan Kalev.
Sans doute le comparse de Sikkov. Je murmurai:
– Qui sont ces hommes?
– Des voyageurs. Dans votre genre, mais moins chanceux. Ils sont morts, tous les deux.
– Où?
– On a retrouvé le corps de Kalev en Bulgarie, le 31 août, dans la banlieue de Sofia, la gorge tranchée par un tesson de verre. Sikkov est mort en Israël, le 6 septembre. En territoire occupé. Seize balles dans le visage. Deux affaires classées. Le premier meurtre a été perpétré lorsque vous étiez à Sofia, Antioche. L'autre, quand vous vous trouviez en Israël. Exactement au même endroit – à Balatakamp. Des hasards plutôt curieux, vous en conviendrez.
Je répétai:
– Je ne connais pas ces hommes.
Rickiel reprit son petit manège avec les olives. Des hommes d'affaires allemands venaient de pénétrer dans le bar. Bourrades et éclats de rire. Le flic, les lèvres luisantes, poursuivit:
– J'ai d'autres noms, Antioche. Que savez-vous de Marcel Minaüs, Yeta Iakovic, Ivan Tornoï?
Les victimes du massacre de la gare de Sofia. Je déclarai, plus distinctement:
– Vraiment, ces noms ne m'évoquent rien.
– Bizarre, dit l'Autrichien, puis il but une gorgée d'alcool avant de reprendre: Savez-vous ce qui m'a poussé à travailler pour Interpol, Antioche? Ce n'est pas le goût du risque. Encore moins celui de la justice.
Simplement la passion des langues. Depuis mon plus jeune âge, je m'intéresse à ce domaine. Vous ne soupçonnez pas l'importance des langues dans le monde criminel. Actuellement, les agents du FBI, aux Etats-Unis, travaillent d'arrache-pied à maîtriser les dialectes chinois. C'est le seul moyen pour eux de coincer les gangs des triades. Bref, il se trouve que je parle couramment le bulgare. (Nouveau sourire.) J'ai donc lu avec grande attention le certificat signé par le Dr Milan Dju-ric. Plutôt édifiant, terrifiant, même. J'ai également étudié un rapport de la police bulgare concernant un véritable massacre survenu dans la gare de Sofia, le 30 août au soir. Du travail de professionnel. Lors de cette tuerie, trois innocents ont péri – ceux que je viens de citer: Marcel Minaüs, Yeta Iakovic et un enfant, Ivan Tornoï. La mère de ce dernier a témoigné, Antioche. Elle est formelle: les tueurs visaient un quatrième homme, un Blanc, qui correspond à votre signalement. Quelques heures plus tard, Milan Kalev mourait dans un entrepôt, égorgé comme un animal.
Je renonçai à boire le Lapsang.
– Je ne comprends toujours pas, balbutiai-je.
Rickiel lâcha à son tour ses olives et me fixa dans les yeux. Ses verres reflétaient son verre d'alcool, comme de rousses étincelles de feu.
– Nos services connaissaient Kalev et Sikkov. Kalev était un mercenaire bulgare – plus ou moins médecin – qui avait l'habitude de torturer ses victimes avec un bistouri à haute fréquence. Pas de sang, peu de traces, mais des souffrances extrêmes, ciselées en finesse. Sikkov était instructeur militaire. Dans les années soixante-dix, il formait les troupes d'Amin Dada en Ouganda. C'était un spécialiste de l'armement automatique. Ces deux oiseaux étaient particulièrement dangereux.
Rickiel maintint un court silence puis lâcha sa bombe:
– Ils travaillaient pour Monde Unique.
Je feignis l'étonnement:
– Des mercenaires dans une organisation humanitaire?
– Ils peuvent être parfois utiles, pour protéger les stocks ou assurer la sécurité du personnel.
– Où voulez-vous en venir, Rickiel?
– A Monde Unique. Et à votre vaste hypothèse.
– Eh bien?
– Vous estimez que Max Böhm vivait, survivait, devrais-je dire, sous l'emprise d'un seul homme: le chirurgien virtuose qui l'avait sauvé d'une mort certaine, en août 1977?
– Absolument.
– Selon vous, ce docteur exerçait son influence sur Böhm à travers Monde Unique. C'est pourquoi le vieux Suisse a légué toute sa fortune à l'organisation, c'est bien cela?
– Oui.
Rickiel plongea la main sous son vaste pull et en sortit un mince dossier d'où il extirpa une feuille dactylographiée.
– Alors je voudrais vous signaler certains faits qui, je crois, corroborent vos suppositions.
L'étonnement me coupait le souffle.
– J'ai mené moi aussi une investigation sur l'association. Monde Unique garde bien ses secrets. Il est difficile de connaître avec précision l'étendue de ses activités, le nombre de ses docteurs, de ses donateurs. Mais j'ai découvert, du côté de Böhm, plusieurs faits troublants. Max Böhm versait la majeure partie de ses gains crapuleux à MU. Chaque année, il «donnait» à l'association plusieurs centaines de milliers de francs suisses. Ces informations sont, à mon avis, incomplètes. Böhm utilisait plusieurs banques et, bien sûr, des comptes numérotés. Il est donc difficile d'avoir une idée exacte de ses véritables transferts de fonds. Mais une chose est certaine: il appartenait au Club des 1001. Vous connaissez le système, sans doute. Ce que vous ignorez, en revanche, c'est que Böhm avait versé à l'époque de la création du club un million de francs suisses – pratiquement un million de dollars. Nous étions en 1980 – deux années après le début du trafic de diamants.