Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Je vois, dit Josette. Mais ces services ne doivent pas conserver leurs archives plus de cinq ans.
— Ce qui nous réduirait à Maxime Leclerc. C’est-à-dire à circuler dans ces centres d’urgence de la section Bas-Rhin, et repérer l’éventuel passage d’un médecin au Schloss du mort-vivant.
Josette raccrocha le tisonnier, arrangea ses boucles d’oreilles et remonta les manches de son chandail de dame. À une heure du matin, elle rallumait sa machine. Adamsberg resta seul devant la cheminée, la rechargeant de deux bûches, aussi tendu qu’un père attendant l’accouchement. C’était une nouvelle superstition que de se tenir éloigné de Josette pendant qu’elle faisait cliqueter la lampe d’Aladin. Il craignait trop, à ses côtés, de surprendre des moues de découragement, des expressions de déception. Il attendait immobile, enfoncé dans le passage hanté du sentier de portage. Et seulement accroché à l’espoir infime que livraient, maillon après maillon, les explorations furtives de la vieille femme. Qu’il déposait brin par brin dans le fond des alvéoles de sa pensée. Priant pour que les verrous tombent comme plomb fondu sous la flamme de génie de sa petite hackeuse. Il avait noté les termes dont elle usait pour évaluer les six degrés de résistance de ces verrous, par ordre croissant de difficulté : travail mâché, corsé, coriace, barbelés, béton, miradors. Et elle avait passé un jour les miradors du FBI. Il se redressa en entendant le frottement des chaussons dans le petit couloir.
— Voilà, annonça Josette. C’était assez coriace, mais passable.
— Dites vite, dit Adamsberg en se levant.
— Maxime Leclerc a appelé un service d’urgence il y a deux ans, le 17 août, à 14 h 40. Sept piqûres de guêpes avaient provoqué un grave œdème du cou et du bas du visage. Sept. Le docteur est intervenu dans les cinq minutes. Il est repassé à vingt heures et lui a fait une seconde piqûre. J’ai le nom du médecin intervenant, Vincent Courtin. Je me suis permis d’aller piocher ses coordonnées personnelles.
Adamsberg posa ses mains sur les épaules de Josette. Il en sentait les os à travers ses paumes.
— Ces derniers temps, ma vie circule entre les mains de femmes magiques. Elles se la lancent comme une balle et la sauvent sans cesse de l’abîme.
— C’est gênant ? demanda Josette avec sérieux.
Il réveilla son adjoint à deux heures du matin.
— Restez au lit, Danglard. Je veux seulement vous laisser un message.
— Je continue de dormir et je vous écoute.
— À la mort du juge, beaucoup de photos ont paru dans la presse. Choisissez-en quatre, deux profils, une face et un trois quarts, et demandez que le labo opère un vieillissement artificiel du visage.
— Vous avez d’excellents dessins de crânes dans tout bon dictionnaire.
— C’est sérieux, Danglard, et prioritaire. Sur un cinquième portrait, de face, demandez qu’on apporte aussi une enflure au cou et au visage, comme si l’homme avait été piqué par des guêpes.
— Si cela vous amuse, dit Danglard d’une voix fataliste.
— Faites-les-moi passer aussitôt que vous le pourrez. Et laissez tomber la recherche des meurtres manquants. Je les ai pognés tous les trois, je vous enverrai les noms des nouvelles victimes. Rendormez-vous, capitaine.
— Je ne me suis pas réveillé.
XLV
Sur sa fausse carte de flic, Brézillon lui avait attribué un nom dont il avait du mal à se souvenir. Adamsberg le relut à voix basse avant d’appeler le médecin. Il sortit son portable avec précaution. Depuis que sa hackeuse avait « amélioré » son téléphone, il en sortait de-ci de-là six morceaux de fils rouge et vert, tel un insecte ayant déployé ses pattes, et deux petites molettes pour le changement de fréquence, qui formaient des yeux latéraux. Adamsberg le manipulait comme un scarabée mystérieux. Il trouva le docteur Courtin chez lui, le samedi matin à dix heures.
— Commissaire Denis Lamproie, annonça Adamsberg, Brigade criminelle de Paris.
Les médecins, rompus aux problèmes d’autopsie et d’inhumations, réagissaient placidement à l’appel d’un flic de la Criminelle.
— Quelle est la question ? demanda le docteur Courtin d’un ton indifférent.
— Il y a deux ans, le 17 août, vous avez soigné un patient à vingt kilomètres de Schiltigheim, dans une propriété nommée le Schloss.
— Je vous arrête, commissaire. Je ne me souviens pas des malades que je visite. Il m’arrive de faire des tournées de vingt cas par jour et il est très rare que je revoie mes patients.
— Mais cet homme avait été victime de sept piqûres de guêpes. Il souffrait d’une enflure allergique qui a nécessité deux injections, l’une en début d’après-midi, l’autre après vingt heures.
— Oui, je me rappelle le cas car il est rare que les guêpes attaquent en masse. Je me suis inquiété pour le vieux bonhomme. Il vivait seul, vous comprenez. Mais il refusait que je le revoie, entêté comme une bourrique. Je suis tout de même repassé après ma tournée. Il a bien été contraint de m’ouvrir car il respirait encore avec difficulté.
— Pourriez-vous me le décrire, docteur ?
— Difficile. Je vois des centaines de visages. Un vieux type, grand, les cheveux blancs, des manières distantes, me semble-t-il. Je ne peux pas vous en dire plus, son visage était déformé par l’œdème jusqu’aux joues.
— J’ai quelques photos à vous apporter.
— Honnêtement c’est une perte de temps, commissaire. Tout cela est très vague, hormis l’attaque des guêpes.
En début d’après-midi, Adamsberg filait vers la gare de l’Est, emportant les portraits du juge vieilli. Vers Strasbourg, une nouvelle fois. Pour cacher son visage et sa tonsure, il avait enfilé le bonnet canadien à oreilles que lui avait acheté Basile, beaucoup trop chaud pour la douceur océanique revenue. Le médecin trouverait certainement étrange qu’il refuse de l’ôter. Courtin n’appréciait pas cette consultation forcée et Adamsberg sentait qu’il lui bousillait son week-end.
Les deux hommes étaient installés sur le bout d’une table encombrée. Courtin était assez jeune, maussade et déjà un peu empâté. Le cas du vieillard aux guêpes ne l’intéressait pas et il ne posa pas de questions sur les motifs de l’enquête. Adamsberg déposa sous ses yeux les portraits du juge.
— Le vieillissement et l’œdème sont artificiels, expliqua-t-il pour rendre compte de l’aspect particulier des clichés. L’homme vous rappelle-t-il quelque chose ?
— Commissaire, demanda le médecin, vous ne souhaitez pas tout d’abord vous défaire ?
— Si, dit Adamsberg, qui commençait à ruisseler sous son bonnet arctique. À la vérité, j’ai attrapé des poux dans une cellule et j’ai la moitié du crâne rasé.
— Drôle de manière de vous traiter, remarqua le médecin après qu’Adamsberg eut découvert sa tête. Pourquoi n’avoir pas tout rasé ?
— C’est un ami qui s’est occupé de moi, un ancien moine. Ce qui explique.
— Ah bien, dit le médecin, perplexe.
Après une hésitation, l’homme revint aux photographies.
— Celle-ci, dit-il après un court moment en posant son doigt sur un cliché du juge, vu de profil gauche. C’est mon vieux bonhomme aux guêpes.
— Vous aviez dit n’en conserver qu’un vague souvenir.
— De lui, mais pas de son oreille. Les médecins mémorisent les anomalies mieux que les visages eux-mêmes. Je me rappelle parfaitement son oreille gauche.
— Qu’avait-elle ? demanda Adamsberg en se penchant vers la photo.