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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Vassili Klioutchevski se fonde sur les notes autobiographiques d’Ivan pour brosser un éblouissant portrait psychologique du tsar enfant : très tôt, s’imprime profondément dans l’âme de l’orphelin un sentiment de solitude et d’abandon ; les manifestations révoltantes de l’arbitraire des boïars et l’atmosphère de violence dans laquelle il grandit, transforment sa nervosité naturelle en crainte constante, confinant au détraquement nerveux… ; au fil des ans, la suspicion et la méfiance envers le genre humain se développent en lui. L’historien russe de notre temps R. Skrynnikov rend, certes, hommage au talent d’écrivain de Klioutchevski, mais il n’en met pas moins en doute ses sources elles-mêmes, les Mémoires d’Ivan. Pour R. Skrynnikov, il convient de se rappeler qu’Ivan vécut jusqu’à sept ans entouré de l’affection de sa mère (or ce sont les années durant lesquelles le caractère d’un individu se forge pour l’essentiel), que les tuteurs de l’enfant ne le mêlaient pas à leurs querelles, qu’il était choyé et non brimé (si l’on exclut les restrictions imposées par le cérémonial de la cour). Pour l’historien contemporain, Ivan n’était donc pas « véritablement fondé à accuser les boïars de lui avoir manqué de respect » et les récriminations ultérieures du tsar « semblent le fruit de récits qui lui furent faits par d’autres2 ».

Quels que soient les véritables souvenirs d’enfance d’Ivan, il n’en demeure pas moins – et c’est l’essentiel – que le tsar nourrit au fond de lui un lourd ressentiment envers ses tuteurs et l’ensemble des boïars. « Vous autres, boïars, ne cesse-t-il d’écrire à Kourbski, êtes toujours des ennemis. » Il n’est pas d’historien qui, faisant référence à Andreï Kourbski, n’évoque la cruauté manifestée par Ivan dès l’enfance ; on rapporte qu’il torturait les animaux et, à l’âge de douze ans, jetait du toit les « créatures sans mots », chats et chiens, puis, à quatorze, « se mit à abattre des hommes ». Les groupes de boïars rivaux tentent de s’assurer le soutien du jeune grand-prince et le montent contre leurs adversaires. En décembre 1453, le « grand courroux » éclate : furieux contre Andreï Chouïski qui, de fait, dirige l’État, Ivan ordonne à ses piqueurs de s’emparer de lui. Zélés, les serviteurs étranglent le régent. « Dès lors, note le chroniqueur, les boïars se mirent à craindre le souverain et à lui montrer obéissance. »

Le chroniqueur dit vrai en ce qui concerne la peur ; pour l’obéissance, il exagère quelque peu. Bien du temps passera encore, avant qu’Ivan n’obtienne la soumission complète des boïars.

Ivan décide de fêter sa majorité en se mariant. Le chroniqueur rapporte qu’il s’adresse au métropolite, lui fait part de son intention et ajoute : « Ma première pensée fut de me chercher une fiancée en d’autres royaumes ; toutefois, ayant réfléchi mûrement, je renonce à cette idée. Privé de parents dès ma petite enfance et élevé en orphelin, je puis ne pas m’accorder de tempérament avec une étrangère ; dans ce cas, la vie conjugale m’apportera-t-elle le bonheur ? Je souhaite trouver une fiancée en Russie… » Les sages craintes d’Ivan quant à une éventuelle incompatibilité de « tempéraments » avec une étrangère ne sont pas, en réalité, le fruit d’une profonde réflexion sur les rapports conjugaux. Le tsar fait simplement, en quelque sorte, contre mauvaise fortune bon cœur. Dès 1543 en effet, Moscou envoie une ambassade en Pologne, avec mission de chercher une fiancée pour le souverain. D’autres tentatives du même genre sont effectuées par la suite, mais aucune n’est couronnée de succès : Moscou, alors, n’attire pas ses voisins. L’orgueilleux Ivan décide donc de trouver une fiancée chez lui, rompant ainsi avec la tradition familiale : son grand-père n’avait-il pas épousé la Grecque Sophie, et son père la Lituanienne Elena ? La décision d’Ivan ne peut que réjouir les partisans d’un retour au passé lointain. Leur point de vue est exprimé par Kourbski dans son Histoire ; il rapporte que « dans l’excellente lignée des princes russes, le diable sema de mauvaises mœurs, en particulier à travers leurs épouses expertes en sorcellerie, surtout celles qui venaient de l’étranger ». Andreï Kourbski fait ici principalement allusion à la grand-mère et à la mère d’Ivan.

Le rituel du choix d’une fiancée parmi les jeunes filles russes répond à des règles très strictes, élaborées et éprouvées lorsque Vassili III épousa sa première femme. Ivan élit Anastassia, fille du défunt Roman Iourievitch Zakharine-Kochkine, de vieille noblesse. C’est un bon choix : Ivan aime ardemment son épouse. L’un des parents de cette dernière fondera par la suite la dynastie des Romanov.

Avant la noce, Ivan Vassilievitch décide de se faire couronner tsar, un titre que son grand-père et son père n’avaient porté que subsidiairement à celui de grand-prince. Ivan III n’en usait que parfois, quant à Vassili III, il y recourut lors d’un projet de traité avec l’empereur Maximilien, que Vienne refusa de signer.

Les diplomates russes n’ignorent pas que l’adoption d’un nouveau titre est régie par des règles strictes ; aussi, pour éviter des complications, attendront-ils avant d’informer les États étrangers du couronnement d’Ivan. Pour les habitants de la Moscovie, ces subtilités diplomatiques sont sans importance : devenu tsar en sa quatorzième année de règne, Ivan se transforme par là même en monarque absolu. L’idée de la « Troisième Rome » a désormais une base concrète : le tsarat de Moscou.

Dans un premier temps, ni le couronnement ni le mariage ne modifient en rien la situation du pays, non plus que le comportement d’Ivan. Les Glinski ont succédé aux Chouïski et dictent leur loi avec la même impudence. Quant à Ivan, il aime plus, selon Karamzine, « à montrer qu’il est tsar par ses caprices effrénés que par un sage gouvernement… ». L’historien constate : « Jamais la Russie ne fut plus mal dirigée. » Et d’ajouter : « Pour la rédemption d’Ivan, il fallait que Moscou brûlât ! »

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