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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Cela est bon. » Il posa sa main droite en divers endroits de sa personne. « Je vais te rendre tes trésors. » Un par un, il lui tendit la lampe torche, le capteur audiovisuel grâce auquel elle avait vu et entendu ce qu’il faisait, l’oreillette par laquelle elle lui dictait ses instructions, le haut-parleur qui lui avait permis de parler en wanayimo à sa place, dans un discours épicé de divers effets sonores conçus pour impressionner les foules. Elle rangea le tout dans les sacoches du scooter.

« Que vais-je faire maintenant ? s’enquit Aryuk.

— Attendre. Si… si seulement je pouvais attendre avec toi ! »

Il réfléchit. « Tu es gentille, mais je pense que je préfère être seul. J’ai des souvenirs à évoquer.

— Oui.

— Et puis, reprit-il d’un air décidé, si je le puis, je préfère marcher que rester assis. Ta magie m’a en partie rendu mes forces. Elles s’étiolent déjà, mais je préférerais m’en servir. »

Te sentir vivant tant que tu le peux. « Oui, fais ce que tu veux. Marche jusqu’à ce que… oh ! Aryuk ! » Il attendit patiemment. La neige lui avait déjà blanchi la tête.

« Ne pleure pas, dit-il, troublé. Toi qui commandes à la vie et à la mort, jamais tu ne dois te sentir ni faible ni triste. »

Elle se voila la face. « Je ne peux pas m’en empêcher.

— Mais je suis comblé. » Il s’esclaffa. « Cela est bon, ce que j’ai fait pour les Nous. Tu m’as aidé. Sois comblée toi aussi. Comme je le suis. Je veux que tu sois heureuse dans mon souvenir. »

Elle l’embrassa et sourit, sourit, puis enfourcha de nouveau son scooter temporel.

XV.

Le vent rugissait. Le dôme tressautait. Tamberly se matérialisa, mit pied à terre, activa l’éclairage pour chasser les ténèbres.

Au bout de quelques minutes à peine, elle entendit : « Laissez-moi entrer ! »

Elle accrocha sa parka à la patère. « Entrez. »

Corwin fit irruption dans l’habitacle. La porte claqua au vent. Il dut se battre pour la refermer. Tamberly se planta près de la table. Elle se sentait d’un calme polaire.

Il ouvrit sa parka aussi violemment que s’il étripait un ennemi et pivota sur ses talons. Il avait la bouche crispée, les lèvres livides. « Ce n’est pas trop tôt ! graillonna-t-il.

— C’est aussi ce que je pense, rétorqua-t-elle.

— Je ne supporterai pas votre insolence.

— Pardon. Je ne voulais pas vous offenser. » Le geste par lequel elle lui désigna la chaise était aussi indifférent que le ton de sa voix. « Prenez place, voulez-vous ? Je vais faire un peu de thé.

— Non ! Pourquoi êtes-vous restée absente tout ce temps ?

— J’avais à faire. Sur le terrain. » J’avais besoin de la terrible innocence de l’âge de glace et de ses animaux. « La saison approche de sa fin, et je voulais être sûre d’avoir conclu l’essentiel de mes travaux. »

Il tressaillit. « D’autant plus que vous allez avoir pas mal de choses à encaisser : le conditionnement, voire la planète d’exil…»

Elle leva la main. « Holà ! C’est à nos supérieurs d’en décider, mon ami.

— Votre ami ? Alors que vous avez trahi… gâché… Me pensiez-vous incapable de déduire qui était responsable de ces… de ces apparitions ? Si votre but était de… de ruiner mes travaux…»

Elle secoua sa crinière blonde. « Bien sûr que non. Vous pouvez poursuivre votre séjour chez les Wanayimo, si c’est ce que vous souhaitez. Et n’oubliez pas les générations à venir.

— Vortex causal… mise en danger…

— Je vous en prie. Vous m’avez dit vous-même que le Peuple des Nuages allait partir d’ici le printemps prochain. C’est écrit. « Le doigt du sort » et tout ça. Je me suis contentée de lui donner un coup de pouce. Et cela aussi était écrit, non ?

— Non ! Vous avez osé… vous avez joué à Dieu. » Il pointa l’index sur elle comme il aurait pointé une lance. « C’est pour ça que vous n’êtes pas revenue ici aussitôt après être partie pour votre équipée délirante. Vous n’aviez pas le courage de m’affronter en face.

— Je savais qu’il me faudrait en passer par là. Mais il m’a paru souhaitable que les indigènes ne me voient pas pendant quelque temps. Ils auraient bien d’autres choses à faire. J’espère que vous vous êtes tenu en retrait.

— Je n’avais pas le choix. Vous avez commis des dégâts irréparables. Je n’allais pas encore aggraver la situation.

— Mais le fait est qu’ils ont décidé de quitter la région.

— À cause de vous !

— Il fallait bien qu’il y ait une cause, non ? Oh ! je connais le règlement. J’ai fait un saut en aval, j’ai rédigé un rapport et je suis convoquée pour une audience extraordinaire. Dès demain, je fais mes bagages. » Et je dis adieu à cette terre et, oui, adieu au Peuple des Nuages et à Loup-Rouge. Tous mes vœux l’accompagnent.

« Je me ferai un devoir d’assister à cette audience, promit Corwin. Et un plaisir de prononcer l’acte d’accusation.

— Je ne pense pas que ce soit de votre ressort. »

Il en resta bouche bée. « Vous avez changé, grommela-t-il. Vous étiez… une jeune femme prometteuse. Maintenant, vous n’êtes plus qu’une intrigante frigide.

— Puisque vous avez exprimé votre opinion, permettez-moi de vous souhaiter une bonne nuit, docteur Corwin. »

Une grimace déforma les traits de l’homme. Il lui asséna une gifle retentissante.

Elle vacilla, se ressaisit, battit des cils mais ne perdit pas sa contenance. « Bonne nuit, docteur Corwin », répéta-t-elle.

Il émit un grognement, se retourna, s’escrima sur le sceau de la porte, réussit à l’ouvrir et sortit en titubant.

C’est vrai que j’ai changé, se dit-elle. J’ai même grandi un peu. Du moins je l’espère. Ça se décidera à… à la cour martiale… non, à l’audience. Peut-être qu’ils me briseront. Peut-être que c’est la seule solution. Tout ce que je sais, c’est que j’ai accompli mon devoir, et au diable si je le regrette !

Le vent souffla encore plus fort. Quelques flocons de neige l’accompagnaient, annonciateurs du dernier grand blizzard de l’hiver.

13 210 av. J.C.

Les nuages bas étaient plus blancs que les quelques congères qu’on apercevait çà et là parmi les buissons. Le soleil, qui courait plus haut dans le ciel en même temps que les jours s’allongeaient, était éblouissant. Son éclat se reflétait sur les lacs et les étangs que survolaient les premiers oiseaux migrateurs. Partout les fleurs étaient en éclosion. Quand on les foulait du pied, elles diffusaient dans l’air un parfum de verdure.

Petit-Saule ne jeta qu’un seul regard derrière elle, s’attardant par-delà les rangs de la tribu en marche sur les demeures qu’elle abandonnait, sur l’œuvre de leurs mains. Loup-Rouge perçut les sentiments qui l’agitaient. Il lui passa un bras autour des épaules. « Nous trouverons une autre terre, plus belle que celle-ci, et nous la garderons, et nos enfants après nous, et les enfants de nos enfants », déclara-t-il.

C’est ce que leur avait promis Cheveux-du-Soleil avant que Grand-Homme et elle ne disparaissent avec leurs tentes, aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus. « Un nouveau monde. » Il n’avait pas compris ces mots, mais il les avait crus, et il avait convaincu son peuple de les croire.

Le regard de Petit-Saule se posa de nouveau sur son homme. « Non, nous ne pouvions rester. » Sa voix tremblait. « Ces lunes de terreur, durant lesquelles nous redoutions le retour du fantôme… Mais aujourd’hui, je me rappelle ce que nous avions et ce que nous espérions.

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