Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Il arracha l’emballage à l’aide de ses dents et de sa main valide. Puis il mangea avec gourmandise. Pendant ce temps, elle allait chercher une boîte sur sa monture. Il l’avait déjà vue se servir de telles boîtes. De retour près de lui, elle se remit à genoux et se dénuda les mains. « N’aie pas peur, dit-elle.
— Je n’ai plus peur, maintenant que tu es près de moi. » Il se lécha les lèvres puis les doigts, afin de ne rien perdre de cette merveilleuse pâte brune. La glace prise dans sa barbe craquela sous ses mains.
Elle lui plaqua un objet sur la peau, tout près de sa blessure. « Cela va faire partir la douleur », expliqua-t-elle. Il sentit un léger choc. Aussitôt suivi par une vague de paix, de chaleur, de soulagement.
« Aaah ! souffla-t-il. Tu fais des choses merveilleuses. »
Elle s’affaira à nettoyer la plaie et à la soigner. « Comment est-ce arrivé ? »
Il ne souhaitait pas se rappeler cela mais, comme c’était elle qui le lui demandait, il répondit : « Deux Chasseurs de Mammouths sont venus chez nous…
— Oui, j’ai entendu le récit de celui qui a fui. Pourquoi as-tu attaqué l’autre ?
— Il a posé ses mains sur Tseshu. Il a dit qu’il voulait l’emmener. Je me suis oublié. » Si funeste ait été son acte, Aryuk ne pouvait lui affirmer qu’il le regrettait. « C’était stupide. Mais je suis redevenu un homme.
— Je vois. » Son sourire était un sourire de deuil. « Maintenant, le Peuple des Nuages est à tes trousses.
— Je le savais.
— Ils vont te tuer.
— Peut-être que la neige effacera mes traces. »
Elle se mordit les lèvres. Il comprit qu’il lui était dur de déclarer ce qu’elle déclara ensuite : « Ils vont te tuer. Je ne peux rien y faire. »
Il secoua la tête. « Le sais-tu vraiment ? Je ne vois pas comment cela peut être certain.
— Je ne le vois pas non plus, murmura-t-elle en gardant les yeux fixés sur ses mains affairées. Mais il en est ainsi.
— J’espérais que je mourrais seul et qu’ils trouveraient mon cadavre.
— Cela ne saurait les satisfaire. Ils pensent qu’ils doivent tuer, puisqu’un des leurs a été tué. Si ce n’est pas toi, ce sera un membre de ta famille. »
Il inspira longuement, contempla un moment la neige qui tombait et gloussa. « Il est donc bon qu’ils me tuent. Je suis prêt. Tu m’as libéré de ma douleur, tu as empli ma bouche d’Adorable Douceur, tu m’as enveloppé dans tes bras. »
Sa voix était éraillée quand elle dit : « Cela sera rapide. Cela ne fera pas trop mal.
— Et cela ne sera pas pour rien. Merci. » Les Tulat ne prononçaient ce mot que rarement, car chez eux la gentillesse allait de soi. « Wanda, reprit-il timidement. Ne m’as-tu pas dit un jour que c’était là ton vrai nom ? Merci, Wanda. »
Interrompant sa tâche, elle se redressa sur ses genoux et le regarda droit dans les yeux. « Aryuk, murmura-t-elle, je peux faire… davantage pour toi. Je peux faire de ta mort bien plus qu’un simple tribut. »
Stupéfait, émerveillé, il demanda : « Comment ? Dis-le-moi. »
Elle serra le poing. « Cela ne sera pas facile pour toi. La mort sera bien plus facile, je crois. » Haussant le ton : « Mais comment pourrais-je le savoir ?
— Tu sais toutes choses.
— Ô mon Dieu, non ! » Elle se raidit. « Entends-moi. Ensuite, si tu te crois capable d’endurer cela, je te donnerai des vivres, une boisson qui te rendra plus fort et… et toute mon aide. » Elle hoqueta.
Son étonnement ne cessait de croître. « Tu sembles avoir peur, Wanda.
— J’ai peur, sanglota-t-elle. Je suis terrifiée. Aide-moi, Aryuk. »
XI.
Loup-Rouge se réveilla. Quelque chose de lourd avait bougé.
Il se tourna vers la droite puis vers la gauche. La lune était pleine, minuscule dans le ciel, aussi glaciale que l’air. Du toit du ciel tombait une lumière qui faisait scintiller la neige. La steppe était déserte à perte de vue, uniquement peuplée de rochers et de buissons effeuillés. Il avait l’impression que le bruit – un appel d’air, un choc sourd, un fracas étouffé – provenait de derrière le gros rocher au pied duquel les chasseurs avaient dressé leur camp. Il y avait là Chasseur-de-Chevaux, Bois-de-Caribou, Pointe-de-Lance et lui-même.
« Tenez-vous prêts ! » s’écria-t-il. S’extirpant de sa couverture, il s’empara vivement de ses armes. Ses camarades l’imitèrent. La nuit était si lumineuse que tous ne dormaient que d’un œil.
« Je n’ai jamais rien entendu de semblable. » Loup-Rouge leur ordonna de se déployer autour de lui.
Noire sur fond de neige illuminée, une forme humaine émergea de derrière le rocher pour se diriger vers eux.
Chasseur-de-Chevaux plissa les yeux. « Mais c’est une Souris ! fit-il en partant d’un rire soulagé.
— Si loin de la mer ? » s’émerveilla Bois-de-Caribou.
La créature avançait d’un pas régulier. Elle était vêtue d’une peau de bête mal taillée et portait un objet qui ressemblait à une hache mais n’en était pas une. Comme elle s’approchait, ils purent détailler ses traits, ses cheveux et sa barbe hirsutes, son visage hâve.
Pointe-de-Lance chancela. « C’est celui que nous avons pourchassé après la mort de Renard-Véloce, gémit-il.
— Mais je t’ai tué, Aryuk ! » s’écria Loup-Rouge. Chasseur-de-Chevaux poussa un cri, pivota sur lui-même et s’enfuit sur la plaine.
« Arrête ! lui cria Loup-Rouge. Reviens ici ! »
Bois-de-Caribou et Pointe-de-Lance l’imitèrent. Loup-Rouge faillit en faire autant. L’horreur fondit sur lui comme un faucon sur un lemming.
Il réussit à la surmonter sans savoir comment. S’il fuyait, il serait impuissant, il cesserait d’être un homme. Il leva sa hachette de la main gauche, brandit sa lance de la droite. « Je ne m’enfuirai pas, articula sa langue soudain sèche. Je t’ai déjà tué. »
Aryuk fît halte à quelques pas de lui. Le clair de lune se reflétait dans des yeux que Loup-Rouge avait arrachés et broyés. Il s’exprimait dans la langue des Wanayimo, qu’il baragouinait à peine de son vivant. Sa voix était haut perchée, soulignée par un lugubre écho. « Tu ne peux tuer un homme mort.
— C’était loin… loin d’ici, bredouilla Loup-Rouge. J’ai lié ton spectre avec mes charmes.
— Tes charmes n’étaient pas assez puissants. Nul charme ne sera jamais assez puissant. »
En dépit de la chape de terreur qui pesait sur lui, Loup-Rouge vit que le spectre avait laissé des traces de pas, comme un homme encore vivant. Ce n’en était que plus terrifiant. Il faillit s’enfuir en hurlant à l’instar de ses camarades, mais il savait que jamais il ne pourrait semer cette apparition et qu’elle serait encore plus redoutable s’il lui tournait le dos.
« Je me tiens devant toi, hoqueta-t-il. Fais ce que tu voudras.
— Ce que je veux faire, je veux le faire pour toujours. »
Je ne dors pas. Mon esprit ne peut se réfugier dans l’éveil. Je ne puis fuir.
« Les spectres de cette terre sont emplis de colère hivernale, chantonna la voix d’outre-tombe d’Aryuk. Ils frémissent sous la glèbe. Ils marchent dans le vent. Fuis avant qu’ils ne s’en prennent à toi. Quitte leur contrée, et ton peuple avec toi. Partez. »
Loup-Rouge pensa à Petit-Saule, à leurs enfants, à la tribu. « Nous ne le pouvons, plaida-t-il. Cela signifierait notre mort.
— Nous tolérerons votre présence jusqu’à ce que la neige ait fondu, jusqu’à ce que vous puissiez vivre dans vos tentes, déclara Aryuk. Mais vous vivrez alors dans la crainte. Laissez nos frères vivants en paix. Le printemps venu, partez et ne revenez jamais. J’ai parcouru une route longue et glaciale pour te dire ceci, et je ne le dirai pas deux fois. Pars, comme je pars à présent. »