Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Tamberly braqua ses yeux sur ceux du chasseur. Ils ne cillèrent point. « Ton ami Aryuk est mort, annonça-t-il. Je l’ai tué. Cela était nécessaire. »
Durant un moment le monde s’assombrit. Puis : Ressaisis-toi. Cette culture est stoïque en diable. Ne perds pas la face. « Pourquoi ? »
Le récit qu’on lui fit était bref et empreint de dignité.
« Tu ne pouvais pas l’épargner ? demanda-t-elle d’une voix atone. J’aurais versé un tribut suffisant pour… pour rendre son honneur à Renard-Véloce.
— Tu nous as dit que tu devrais partir dans quelques lunes, et Grand-Homme ne restera guère plus longtemps parmi nous, répondit Loup-Rouge. Que serait-il arrivé ensuite ? D’autres Souris se seraient crues capables de nous attaquer impunément. Et puis, Aryuk avait subjugué le spectre de Renard-Véloce. Si nous n’avions pas repris ce qu’il lui avait volé, son propre spectre aurait été deux fois plus fort et sans doute animé d’une haine profonde. Je devais m’assurer que jamais il ne nous hanterait.
— J’ai obtenu leur promesse que les Tulat ne souffriraient pas davantage, à condition qu’ils se montrent dociles, précisa Corwin.
— C’est la vérité, confirma Loup-Rouge. Nous ne souhaitons pas te peiner davantage, Cheveux-de-Soleil. » Un temps. « Je suis navré. Jamais je n’ai souhaité te peiner. »
Il fit un geste signifiant que la discussion s’arrêtait là, se retourna et s’en fut.
Je ne peux pas le haïr, songea Tamberly. Il a fait ce qu’il considérait comme son devoir. Je ne peux pas le haïr.
Oh ! Aryuk, Tseshu, tous tes êtres chers, Aryuk !
« Une tragédie, murmura Corwin au bout d’une minute. Mais soyez rassurée. »
Ce fut comme une flamme qui était éclose dans son cœur. « Comment le pourrais-je alors qu’il… alors que sa famille… Je dois veiller sur eux, à tout le moins.
— Leur peuple s’en chargera. » Corwin lui posa une main sur l’épaule. « Vous devez contrôler vos généreuses impulsions, ma chère. Nous ne pouvons pas intervenir plus avant. Que pourriez-vous faire qui ne soit pas interdit ? Et puis, cette tribu aura bientôt quitté la région.
— En laissant combien d’autres cadavres derrière elle ? On ne peut pas rester sans rien faire, bon sang ! »
Il afficha un masque sévère. « Calmez-vous. Les Wanayimo sont insensibles au bluff. Si vous tentez de les menacer, cela ne fera que me compliquer la tâche. Pour être franc, d’ailleurs, vous m’avez fait perdre un peu de prestige par association, vu l’étonnement avec lequel vous avez accueilli cette nouvelle. »
Elle serra les poings et lutta pour ravaler ses larmes.
Il sourit. « Allons, allons, je ne voulais pas jouer au Père fouettard. Vous devez apprendre à accepter cela. « Le doigt du sort écrit un mot et passe[16] », comme dit le poète. » Tout doucement, il lui passa un bras autour des épaules. « Venez, entrons et buvons un verre ou deux. À la mémoire de…»
Elle se dégagea vivement. « Fichez-moi la paix !
— Je vous demande pardon ? » Il haussa ses sourcils festonnés de givre. « Enfin, ma chère, vous êtes à bout de nerfs. Détendez-vous. Croyez-en mon expérience…
— Vous savez où vous pouvez vous le mettre, le doigt du sort ? Foutez-moi la paix, j’ai dit ! » Elle empoigna le sceau de son dôme. Alors qu’elle refermait la porte, elle crut entendre un soupir qui disait quelque chose comme : Ah ! les femmes…
Une fois à l’abri, elle se réfugia sur sa couchette et pleura tout son soûl. Cela dura un long moment.
Lorsqu’elle finit par se redresser, les ténèbres l’enveloppaient. Elle hoqueta, frissonna, aussi frigorifiée que si elle était restée dehors. Son palais était imprégné de sel. Je dois être laide à faire peur, songea-t-elle distraitement.
Son esprit redevint acéré. Pourquoi suis-je autant secouée par cette histoire ? J’aimais bien Aryuk, il était adorable, et ça va mal se passer pour sa famille et pour son peuple, du moins jusqu’à ce qu’ils se soient adaptés, ce qui ne sera pas facile tant qu’ils auront le Peuple des Nuages sur le dos, mais… mais je ne suis pas une Tulat, je ne suis que de passage ici, et ce monde, ces gens, appartiennent à mon passé lointain, ils sont morts des millénaires avant ma naissance.
Ce salaud de Corwin a raison. Les Patrouilleurs du temps doivent s’endurcir. Autant que cela leur est possible. Et je crois que je comprends pourquoi à présent. Il arrive parfois que Manse se taise subitement, et alors son regard se perd dans le vague, puis il s’ébroue comme pour chasser une idée noire de son esprit et, durant les minutes qui suivent, il fait montre d’une jovialité forcée.
Elle se tapa du poing sur la cuisse. Je ne suis qu’une bleusaille, voilà. J’ai trop de rage et de chagrin en moi. Surtout de la rage, je crois bien. Mais que faire ? Si je veux rester encore quelque temps ici, j’ai intérêt à me rabibocher avec Corwin. Ouais, ma réaction était disproportionnée. Et elle l’est toujours. Peut-être. Quoi qu’il en soit, si j’ai envie de redresser des torts, je ferais bien de commencer par me redresser, moi. Par éliminer ce sentiment qui m’envahit et qui a goût de bile.
Mais comment ? Une longue, longue balade, c’est ça. Sauf qu’il fait nuit. Mais pas de problème. J’enfourche mon scooter et je saute demain. Sauf que je ne veux pas qu’on me voie partir comme ça. Une telle démonstration d’émotivité pourrait donner de mauvaises idées à certains. Bon, d’accord, je vais me rendre ailleurs dans l’espace et le temps, en bord de mer ou au cœur de la steppe, ou encore…
Ou encore.
Elle hoqueta.
X.
Le soleil matinal était gris quand il perça le voile de neige. Tout le reste alentour n’était que blancheur et silence. L’air se réchauffa un peu. Aryuk demeurait assis, emmitouflé dans sa cape. La neige l’avait en partie enseveli. Peut-être finirait-il par se lever afin de poursuivre sa route en titubant, mais pas tout de suite. Bien qu’il ne souffrît plus de la faim, sa blessure le brûlait comme une braise et ses jambes n’étaient plus en état de le porter. Lorsque la femme descendit des cieux invisibles, il se contenta de tourner vers elle des yeux émerveillés mais encore paresseux.
Elle descendit de la chose sans vie qu’elle montait et se campa devant lui. Les flocons recouvrirent sa coiffe. Ceux qui tombaient sur son visage pour y fondre coulaient comme des larmes. « Aryuk », murmura-t-elle.
Par deux fois il tenta de parler, ne réussissant qu’à émettre un croassement, puis il lui demanda : « Es-tu venue me prendre, toi aussi ? » Il leva sa lourde tête. « Eh bien, me voici.
— Oh ! Aryuk…
— Mais tu pleures, dit-il, surpris.
— Je pleure pour toi. » Elle déglutit, essuya ses yeux bleus comme l’été, se redressa, le fixa d’un air plus assuré.
« Alors, tu es encore l’amie des Nous ?
— Je… je l’ai toujours été. » Elle s’agenouilla pour le serrer dans ses bras. « Je le serai toujours. » Il siffla de douleur. Elle le lâcha. « Je t’ai fait mal ? Pardon. » Elle examina son bras sanglé et son épaule encroûtée. « Oui, tu es blessé. Gravement blessé. Laisse-moi t’aider. »
Une étincelle de joie s’alluma en lui. « Aideras-tu Tseshu et les enfants ?
— Si je le peux… Oui, je les aiderai. Mais toi d’abord. Tiens. » Elle fouilla dans ses vêtements et en sortit un objet qu’il reconnut. « Un peu d’Adorable Douceur. »
16
Edward Fitzgerald, Les Rubaiyat d’Omar Khayyam, LI, trad. F.Roger-Cornaz, éd. Payot. (N.d.T.)