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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Il fit demi-tour et rebroussa chemin. Loup-Rouge se coucha à plat ventre dans la neige. Il ne vit donc pas Aryuk disparaître derrière le rocher ; mais il entendit le bruit surnaturel qui accompagna son départ du monde des vivants.

XII.

La lune était couchée. Le soleil pas encore levé. Les étoiles et la Piste des Esprits dispensaient une chiche lumière à la terre blanchie. Dans le village, le peuple dormait.

Celui-qui-Répond se réveilla en sursaut lorsqu’on ouvrit la porte de sa hutte. Il en fut d’abord intrigué et contrarié, car ses vieux os souffraient de plus en plus du froid. Émergeant de ses couvertures en fourrure, il se rapprocha du foyer. Il n’était plus que cendres. On lui apportait du feu chaque matin. « Qui es-tu ? demanda-t-il à la silhouette noire plantée sur le seuil et qui occultait les étoiles. Que veux-tu ? » Une brusque maladie, une naissance prochaine, un cauchemar…

L’inconnu entra et prit la parole. Jamais le chaman n’avait entendu un tel son, que ce soit dans sa vie, ses rêves ou ses visions. « Tu me connais. Vois. »

Une lumière inonda la hutte, aussi intense, aussi glaciale que celle des bâtons que maniaient Grand-Homme et Cheveux-de-Soleil. Elle découpa une barbe hirsute, un visage émacié et creusé d’ombres. Celui-qui-Répond hurla.

« Tes hommes ont pu me tuer, déclara Aryuk. Ils n’ont pu me soumettre. Je suis revenu te dire ce que tu dois faire. »

Reprenant ses esprits, Celui-qui-Répond agrippa l’os gravé qui ne quittait jamais son chevet. Il le pointa sur l’apparition. « Non, disparais, y a eya eya illa ya-a ! » Sa gorge était si nouée par l’angoisse qu’il parvenait à peine à articuler.

Aryuk l’interrompit. « Ton peuple tourmente le mien depuis bien trop longtemps. Notre sang imbibe la terre et trouble les esprits qui y reposent. Le Peuple des Nuages doit partir. Dis ceci à tes semblables, chaman, ou alors viens-t’en avec moi.

— Où cela ? geignit Celui-qui-Répond.

— Tiens-tu à le savoir ? Je pourrais te faire un récit dont le moindre mot déchirerait ton âme, glacerait ton sang, arracherait tes yeux comme deux étoiles filantes et déferait tes tresses, dressant séparément chaque cheveu comme un piquant de l’inquiet porc-épic[17]. Mais je pars à présent. Si vous restez ici, ô Peuple des Nuages, je reviendrai. Souvenez-vous de moi. »

La lumière disparut. Le seuil s’assombrit à nouveau, puis les étoiles laissèrent voir leur lueur impitoyable.

Les cris de Celui-qui-Répond réveillèrent les familles les plus proches. Deux ou trois hommes aperçurent l’apparition qui s’éloignait. Plutôt que de la poursuivre, ils préférèrent accourir à l’aide de leur chaman. Ils le trouvèrent en train de gémir et de marmonner. Plus tard, il leur dit qu’une sinistre vision l’avait visité. Une fois l’aube venue, Lame-Brisée trouva le courage de suivre les traces de l’inconnu. Elles s’évaporaient à quelque distance du village. La neige était piétinée à cet endroit. C’était comme si quelque chose était descendu de la Piste des Esprits pour l’emporter.

XIII.

Bien loin au sud-est, par-delà la banquise et la mer libre, le ciel s’éclaircissait enfin. Dans le ciel, les étoiles pâlissaient. Elles s’éteignirent l’une après l’autre. La nuit s’attardait au nord et à l’ouest. Un banc de brouillard blanc flottait au-dessus des sources chaudes. Rien ne brisait le silence hormis le murmure des vagues.

Une forme humaine se présenta devant la hutte d’Ulungu. Elle avançait d’un pas lourd. Ses épaules étaient voûtées lorsqu’elle fit halte. Sa voix était presque inaudible. « Tseshu, Tseshu. »

Les occupants des huttes frémirent. Les hommes jetèrent un œil par la porte. Et battirent aussitôt en retraite parmi les leurs. « Aryuk, Aryuk le mort !

— Tseshu, supplia l’apparition, ce n’est que moi, Aryuk, ton homme. Je suis venu te dire adieu, c’est tout.

— Attendez-moi, dit la femme au sein des ténèbres empestant la terreur. Je vais aller le voir.

— Non, c’est la mort. » Ulungu voulut la retenir.

Elle se dégagea. « C’est moi qu’il veut », dit-elle, et elle sortit en rampant. Elle se leva pour se planter devant la silhouette vêtue d’une cape. « Me voici.

— N’aie pas peur, dit Aryuk – d’une voix si douce, si épuisée. Je ne te veux aucun mal. »

La femme le fixa de ses yeux émerveillés. « Tu es mort, murmura-t-elle. Ils t’ont tué. Nous le savons. Leurs chasseurs sont venus parmi les Nous, tout le long de la côte, pour annoncer la nouvelle.

— Oui. C’est ainsi que Wan… que j’ai su où tu te trouvais.

— Ils ont dit que le Loup-Rouge t’avait tué pour te punir et que tous les Nous devaient prendre garde. »

Aryuk opina. « Oui, je suis mort. »

Elle reprit d’une voix soucieuse : « Comme tu es maigre ! Comme tu as l’air fatigué !

— Le voyage a été long », soupira-t-il.

Elle s’approcha de lui. « Ton pauvre bras…» Il eut un petit sourire. « Bientôt, je reposerai. Comme il me sera agréable de m’étendre.

— Pourquoi es-tu revenu ?

— Je ne suis pas encore mort.

— Mais tu viens de le dire.

— Oui. Je suis mort il y a une lune environ, sous les Oiseaux Fantômes.

— Comment est-ce possible ? demanda-t-elle, déconcertée.

— Je ne le comprends point. Ce que je sais, je ne puis te le dire. Mais au moment de partir, j’ai vu mon souhait exaucé : je pouvais venir te voir une dernière fois.

— Aryuk, Aryuk. » Elle l’étreignit et posa la tête sur sa barbe, l’enfouit dans ses cheveux. Il lui passa son bras valide autour des épaules.

« Tu trembles, Tseshu, lui dit-il. Il fait froid et tu n’es pas assez vêtue. Retourne à la chaleur. Je dois partir maintenant.

— Emmène-moi avec toi, Aryuk, bredouilla-t-elle, en larmes. Nous avons vécu si longtemps ensemble.

— Je ne puis faire cela, répondit-il. Reste ici. Prends soin des enfants, au nom de tous les Nous. Retourne au bord de notre fleuve. La paix sera avec toi. Les Chasseurs de Mammouths ne te tourmenteront plus. Au printemps venu, à la fonte des neiges, ils partiront. »

Elle leva les yeux vers lui. « C’est… c’est une grande nouvelle.

— C’est le présent que je te fais et que je fais aux Nous. » Il contempla les étoiles mourantes. « Je suis comblé. »

Elle s’accrocha à lui et éclata en sanglots.

« Ne pleure pas, supplia-t-il. Je veux que tu sois heureuse dans mon souvenir. »

Une lumière apparut. « Je dois partir, dit-il. Lâche-moi, lâche-moi. » Il dut se dégager de son étreinte avant de pouvoir s’éloigner en boitillant. Elle resta plantée là jusqu’à ce qu’il ait disparu à la vue.

XIV.

Tamberly traversa l’espace-temps sur son scooter avant d’atterrir sur une terre enneigée. Elle mit pied à terre. Aryuk, accroché à sa taille comme d’habitude, descendit de la seconde selle. Ils restèrent muets un moment tandis que les flocons tombaient dans le matin gris.

« C’est fait ? » demanda-t-il enfin.

Elle acquiesça. Sa nuque était raide. « C’est fait. Pour autant que je pouvais le faire.

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17

D’après Hamlet, acte I, scène V, op. cit.

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