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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Aurélie se tourne vers le mur, se recroqueville, cachant son visage sous son bras.

On dirait qu’elle voudrait s’effacer. Disparaître.

N’avoir jamais existé.

— Aurélie, qu’est-ce qu’il t’a fait ? Il t’a…

Le mot refuse de sortir de sa bouche. Le silence est insupportable.

Jusqu’à ce qu’Aurélie se mette à pleurer, à hurler. Toujours dans sa position de repli, de défense. Sanglots et cris étouffés. Désespérés.

Alors Jessica enfouit son visage dans l’oreiller déchiré.

Pour ne plus voir ce qu’elle a fait.

Ce qu’il va lui faire.

Oublier ces sanglots, ces cris de détresse. Voilà ce qu’il voudrait.

Parce qu’il ne peut la consoler, la prendre dans ses bras. Parce qu’elle ne voudrait sûrement pas qu’il le fasse.

Parce qu’il ne peut pas la venger.

Parce que cette douleur qui traverse le mur percute Raphaël de plein fouet.

Cette douleur, c’est la sienne. C’est l’intolérable preuve de son impuissance.

Cette douleur, c’est peut-être, aussi, de la honte.

Il se croyait plus fort que tout le monde. Plus fort qu’un dieu.

Alors qu’il n’est rien.

Rien d’autre qu’un simple mortel.

Lundi 10 novembre

CHAPITRE 44

6 h 30

Sandra arrive pour le rituel du matin ; un verre d’eau, une tranche de pain, une douche tiède.

Aurélie refuse de bouger. Boule de douleur à vif, elle s’agrippe aux barreaux du lit. Alors, Sandra la traîne de force jusqu’à la salle d’eau où elle lui ôte sa tunique maculée de terre et de sang.

Son œil expert constate les dégâts. En termes médicaux.

Ni émotion, ni compassion.

Elle se demande juste s’il est utile de soigner ses blessures, si ce n’est pas du temps perdu. D’ailleurs, Patrick ne le lui a pas demandé.

— Allez, dépêche-toi de prendre ta douche, ordonne-t-elle.

Aurélie n’a aucune réaction. Il y a quelques heures, elle aurait rêvé de se laver. Maintenant, son corps est froid, glacé de l’intérieur.

Maintenant, Aurélie le renie, le déteste.

Elle a juste envie de se réfugier dans les bras de sa mère pour pleurer. Des jours entiers.

Cette mère qu’elle n’a jamais vue. Qu’elle n’a jamais eue.

Qui lui manque tant, en cet instant.

Debout, nue, les bras ballants, elle fixe un point sur le mur, le regard vide, l’air hagard.

La vétérinaire la soulève et la fait basculer dans la baignoire. Puis elle ouvre le robinet, commence par lui rincer les jambes, remonte sur son ventre.

Aurélie continue à fixer le mur tandis que l’eau sale tourbillonne à ses pieds. Elle s’est mise à trembler en réaction au froid qui lui tombe dessus.

Et soudain, ses yeux se tournent lentement vers celle qui lui inflige ce supplice. Celle qui, depuis plusieurs jours déjà, ne fait rien pour les sauver.

La complice de ces atrocités. L’instigatrice, peut-être… ?

Elle fixe sa tortionnaire, la haine ayant remplacé le vide dans ses yeux. Sa lèvre supérieure, fendue, se soulève, laissant apparaître ses dents.

Un animal sauvage, traqué, acculé.

Sandra, occupée à la laver, ne voit pas le changement radical qui affecte ce visage. Jusqu’à ce qu’une violente douleur lui fasse lâcher le pommeau de douche. Aurélie vient de la mordre férocement à l’épaule. Elle perd l’équilibre, se retrouve par terre. La jeune fille bondit hors de la baignoire, saute sur elle et lui laboure le visage et la poitrine avec ses poings.

Elle hurle sans discontinuer, telle une démente.

Sandra parvient à se dégager, la repousse avec force. Aurélie glisse sur le carrelage mouillé, part en arrière. Sa nuque heurte violemment la baignoire en fonte, elle s’écroule comme un pantin.

Ses yeux sont encore ouverts, ils le resteront jusqu’au bout.

Jusqu’à ce qu’elle meure.

Pour la seconde fois.

Pour la dernière fois.

Sans bouger, Sandra a regardé les derniers soubresauts nerveux agiter ce corps.

Elle a regardé la mort faire son œuvre. Prendre son tribut.

Elle s’accroupit au-dessus du cadavre, essaie en vain de lui fermer les yeux.

— Tu as de la chance, murmure-t-elle. Tu as de la chance…

Elle se relève, s’appuie au lavabo. Et se met à pleurer, doucement. Silencieusement.

C’est bien à cause d’Aurélie qu’elle pleure. Parce qu’elle sait que Patrick sera furieux de n’avoir pu la tuer de ses propres mains.

Sandra pleure parce qu’elle a peur. Tellement peur…

8 h 10

La faim se fait cruelle.

Tout comme la soif.

Ses plaies encore fraîches lui infligent un calvaire lancinant.

William ne sent plus ses bras, toujours attachés dans son dos et qui semblent avoir été vidés de leur sang jusqu’à la dernière goutte. Il a l’impression que si un jour quelqu’un coupe la maudite corde qui lui enserre les poignets, ses membres vont se détacher de son corps et tomber, telles des branches mortes privées de sève.

Sandra n’est pas venue ce matin leur apporter leurs quelques gorgées d’eau. Pourtant, elle s’est rendue dans la pièce d’à côté, il en est sûr. Elle est arrivée très tôt, alors qu’il faisait encore nuit, sans doute parce qu’elle doit reprendre son boulot aujourd’hui.

Reprendre son boulot, comme si de rien n’était. Comme s’il n’y avait pas deux gamines et deux hommes séquestrés chez elle.

Comme s’il n’y avait pas ces cadavres enterrés dans son jardin. Comme si elle menait une vie normale, aux côtés d’un homme normal.

Qui, dans ce patelin perdu, pourrait deviner ce qui se cache au-delà de la clôture de cette immense propriété ?

Qui, dans le village, pourrait imaginer une seule seconde que ces aimables voisins sont de dangereux psychopathes ? Des tueurs en série ?

Qui pourrait donc venir les délivrer ?

Personne, c’est une évidence.

Pourtant, pour la première fois de sa vie, William rêve de voir débarquer les gendarmes.

Il jette un œil à son frère, étendu sur le côté, tourné vers le mur.

Jamais une plainte, un gémissement ou un soupir. Plus un seul mot depuis des heures et des heures.

— Raph… ? Tu pourrais me parler, s’te plaît ?

— Te parler de quoi ? grogne son frère.

— De ce que tu veux. Ça me ferait du bien de t’entendre…

Raphaël bascule de l’autre côté, au prix d’un effort qui pompe ses ultimes forces.

— Tu te souviens de Maria ?

— Maria ? Attends… Non, je vois pas.

— La fille avec qui j’étais avant de me marier avec Delphine.

— Ah oui ! se remémore William avec un sourire. J’étais qu’un gamin, mais je m’en souviens… Un sacré canon !

— Tu l’as dit !

— Pourquoi tu me parles d’elle ?

— Je sais pas… Je pensais à elle, justement.

William écarquille les yeux.

— T’arrives à penser à une fille que t’as sautée y a vingt ans dans la situation où on est ?

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