Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Raphaël continue de creuser. Il a l’impression qu’il ne pourra jamais achever sa tâche.
Presque plus de forces, une seule main.
Un violent vertige l’oblige à mettre un genou à terre. Il pose la pelle, reprend son souffle.
— Creuse, abruti ! ordonne son bourreau.
— Je peux plus…
— Creuse, sinon…
— Je peux plus, merde ! hurle le braqueur.
Patrick empoigne le colt par le canon, donne un coup de crosse dans le crâne de William qui mord brutalement la poussière. Il pose son pied sur sa nuque, appuie jusqu’à lui arracher un cri.
— T’es sûr que tu ne peux plus ?
Raphaël, les mains dans la terre humide, tente de retrouver ses esprits. Patrick file un coup de pied dans le dos de son frère, qui hurle de plus belle.
Raphaël reprend la pelle, lutte pour ne pas s’écrouler à nouveau. Pour ne pas s’évanouir.
— Tu vois quand tu veux…
— J’aurai ta peau ! murmure le braqueur.
— Qu’est-ce que tu dis, le cyclope ? Tu ferais mieux de creuser parce qu’on va pas y passer la journée…
Sandra, assise sur une grosse pierre, assiste en silence à la scène. Elle est censée surveiller Jessica ; pourtant, c’est Raphaël qu’elle ne quitte pas des yeux.
Les minutes passent, une pluie fine s’invite aux funérailles, le brouillard envahit l’espace.
Papa s’occupe en sculptant un morceau de bois à l’aide du cran d’arrêt, le pistolet posé sur ses genoux.
Et Raphaël creuse, encore et encore. Au bord de la rupture.
Pas assez profond, champion ! Continue.
Il lui faut un temps incalculable pour obtenir enfin une excavation suffisante pour accueillir Aurélie.
Exsangue, il se hisse hors de la tombe.
— Qu’est-ce que tu attends ? Balance-la, maintenant. Celle-là est déjà morte, tu n’auras pas à l’assommer.
Raphaël voudrait la déposer décemment au fond de sa sépulture. Mais il n’en a plus la force. Alors, avec le pied, il pousse Aurélie dans le trou, comme un vulgaire paquet. Elle atterrit sur le ventre, avec un bruit affreux qui semble résonner dans toute la forêt.
Sa peau incroyablement blanche tranche avec la noirceur de cette terre grasse.
Encore une image atroce qu’il ne pourra jamais évacuer de son esprit.
Jessica, elle, a fermé les yeux.
Papa se penche au-dessus du trou, semble enfin satisfait.
— Tu attends quoi pour reboucher ?
Sur le chemin du retour, Raphaël chute à plusieurs reprises. Cette fois, il ne tient plus debout.
Patrick regarde d’un œil attentif Jessica qui aide le braqueur à se relever. Qui lui tend la main et l’encourage d’un mot gentil.
Enfin, ils arrivent dans leur geôle et Sandra les rattache sous la surveillance rapprochée de son mari.
— Donne-moi à boire, murmure Raphaël.
— Je vais chercher la bouteille.
— Tu vas rien chercher du tout, rectifie Patrick.
— Mais…
Face au regard de son mari, elle se tait.
— Tu as soif, le cyclope ? Si tu me dis comment je peux transformer mes bijoux en fric, je te file autant d’eau que tu veux.
— Tu peux crever.
— Tu as la tête dure, dis-moi ! Mais je vais te briser. Tu vas devenir plus faible qu’un nouveau-né. Plus obéissant qu’un clébard. Ça, je te le promets…
Raphaël fait l’effort de le fixer avec son œil droit. Et de lui sourire.
— D’autres ont essayé avant toi, espèce de pourriture ! Et je peux te dire qu’ils y ont mis tout leur cœur…
— Sans doute, champion. Mais j’ai quelque chose qu’ils n’avaient pas…
— Quoi ?
— Ton frangin.
CHAPITRE 45
12 h 20
Michel Durieux contemple avec abattement le camion de pompiers miniature, cassé en deux. Il se demande quelle rage a poussé son fils à le briser de la sorte.
Il se demande surtout comment il va pouvoir recoller les morceaux.
Il est des choses qui ne peuvent être réparées.
— Elle va revenir quand, maman ?
Michel sent le regard de son fils posé sur lui.
Son fils, qui attend une réponse. Qui voudrait comprendre pourquoi sa petite vie tranquille a brusquement basculé.
Ils sont tous les deux dans la cuisine mais Michel a plutôt l’impression d’être sur un bateau à la dérive, privé de gouvernail. Ils ont percuté un énorme récif et coulent, lentement. Douloureusement.
La question tombe à nouveau. Il fallait s’y attendre.
— Elle va revenir quand, maman ?
Enfin, Michel fait face à son fils, attablé devant une assiette de pâtes. Michel, lui, n’a pas mangé. Depuis plusieurs jours déjà.
Depuis qu’une explosion a pulvérisé tout ce qu’il a construit. Tout ce à quoi il tenait.
— Bientôt, mon poussin. Je t’ai déjà expliqué : elle se repose. Elle a besoin de se reposer.
— Et toi ? Tu n’as pas besoin de te reposer ?
— Si, mais je préfère rester avec toi.
— Et Jessie, elle revient quand ?
Le mot jamais traverse l’esprit de Michel, écorche sa gorge avant d’échouer sur ses lèvres.
— Elle reviendra bientôt aussi. Très bientôt.
— Elle se repose comme maman ?
— Non, mon chéri. Jessie est partie. Mais elle va revenir.
— Elle est partie loin ?
— Non, pas très loin… Mange, maintenant. Sinon, ça va refroidir.
— Si tu sais où elle est, pourquoi tu vas pas la chercher ?
Michel soupire, sa main se crispe sur le tube de colle forte.
— Je ne sais pas où elle est.
— Et pourquoi je vais pas à l’école ?
— Parce que… Parce que je préfère te garder avec moi.
Sébastien consent à manger quelques cuillerées de coquillettes.
— C’est froid.
— Je vais les faire réchauffer, propose son père en mettant l’assiette dans le micro-ondes.
— Pourquoi elle est partie, Jessie ?
Il veut la vérité. Fera tout ce qu’il peut pour l’obtenir. Y passera des jours et des jours. Des années, peut-être.
Mais comment avouer à un enfant de 5 ans que sa grande sœur a été enlevée ? Sans doute par un pervers sexuel. Qu’il ne la reverra peut-être jamais.
— Elle… Elle…
Sébastien attend sagement sa réponse, dévisageant son père avec ses grands yeux, chargés d’angoisse. Et d’espérance.
— Je ne sais pas, mon poussin. Je ne sais pas pourquoi. Mais elle va revenir, ça c’est sûr !
— Si elle va revenir, pourquoi tu pleures, papa ?
Jessica est ratatinée sur son vieux lit. Le dos collé au mur, les jambes repliées, elle fixe la porte de la chambre.
Se demandant quand elle s’ouvrira. Si elle y survivra.
Jamais encore elle ne s’était sentie si seule. Si désespérément seule.
Jusqu’à cette nuit, il y avait Aurélie. Elles étaient deux.
Souffrir ensemble. Espérer ensemble. Se battre, ensemble.
Même si ces dernières heures, elles éprouvaient de la rancœur l’une envers l’autre, c’était toujours quelque chose.
Quelque chose à partager.