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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Depuis qu’Aurélie est partie, Jessica doit porter seule sa peur. Et sa culpabilité.

Le plus lourd des fardeaux.

N’y tenant plus, elle appelle :

— Raphaël ?

— Oui ?

Cette voix, qui traverse le mur comme elle tomberait du ciel, est son dernier espoir, son ultime recours. La seule chose à laquelle se raccrocher.

— Je… je peux vous parler ?

— Bien sûr.

Jessica réfléchit quelques secondes. Se confier à un inconnu dont elle ne peut même pas voir le visage… Ce n’est pas si facile.

Peut-être devrait-elle commencer par les présentations ?

— J’ai un frère, moi aussi. Il s’appelle Sébastien.

— C’est ton grand frère ?

— Non ! Il n’a que 5 ans… Bientôt 6.

— Et vous vous entendez bien, tous les deux ?

Jessica hausse les épaules.

— Ça dépend ! Souvent, on se dispute. Il me tape sur les nerfs !

Elle vient de sourire.

— Mais là, il me manque…

— C’est normal, petite. Tu dois lui manquer aussi.

Ils restent muets un moment puis Jessica reprend.

Le silence et la solitude sont vraiment intolérables.

— Mon père s’appelle Michel… Michel Durieux. Il est ingénieur, il travaille à la mairie.

— Il est comment ton père ? demande Raphaël. Décris-le-moi, s’il te plaît.

— Ben, il est plus petit que vous ! Et puis, il a presque plus de cheveux, les yeux bleus, comme moi. Il est cool. Sauf des fois, il est un peu chiant. Pour le collège et tout ça…

— Et ta mère, comment s’appelle-t-elle ?

Laurence… blonde… la même taille que papa à peu près… C’est pour ça qu’elle ne met jamais de talons hauts !… institutrice… école maternelle…

De l’autre côté du mur, Raphaël fait l’effort d’écouter ces confidences, de soutenir la conversation, alors qu’il est éreinté. Et qu’il doit donner de la voix pour se faire entendre.

Il sait que cette gamine a besoin de parler après ce qu’elle a vécu ces derniers jours. Après avoir vu le cadavre de son amie. L’enterrement de son amie.

— Est-ce que je vais mourir, comme Aurélie ?

— Moi, je sais que tu vas t’en sortir.

— Vous croyez que mes parents me cherchent ?

William décide de prendre le relais. Parce que chaque mot épuise Raphaël.

— Évidemment, répond le jeune homme. Évidemment qu’ils te cherchent ! Et il n’y a pas que tes parents qui te cherchent. Il y a la police, aussi. Les gendarmes, et même l’armée !

— Ah… Ils vont finir par trouver un indice et arriver jusqu’ici, alors ! poursuit Jessica.

— C’est ce qu’il faut espérer, acquiesce William avec conviction.

— Et vous, pourquoi vous êtes là ? Il vous a enlevés, aussi ?

— Non, pas vraiment. C’est un peu compliqué, élude William.

Encore un silence, qui dure presque une minute.

— Il faudra bien qu’on se rappelle où elle est, Aurélie, dit enfin l’adolescente. Parce qu’il faudra le dire à ses éducateurs. Qu’elle reste pas enterrée ici pour toujours… Vous comprenez ?

— Oui, je comprends, petite.

William ferme les yeux. Oh oui, il comprend. Alors, dans sa tête, il promet.

Si je te survis, je te jure que je ne te laisserai pas passer l’éternité dans ces bois, Jessica.

12 h 45

Le bruit d’un véhicule en approche l’oblige à abandonner son déjeuner.

Papa regarde par la fenêtre et soupire :

— Ta chère assistante nous rend une petite visite, annonce-t-il. Manquait plus qu’elle !

— On fait comme si on n’était pas là ? suppose Sandra.

— Surtout pas ! Je me charge de l’accueillir comme il se doit… Et toi, tu t’allonges sur le canapé.

Lorsque Amélie descend de son Range Rover, Patrick est déjà sur le seuil, bras croisés. La jeune femme s’avance, un petit paquet entre les mains.

— Bonjour Patrick !

Ils s’échangent une bise, papa arbore un large sourire.

— Je suis venue voir comment va Sandra. Je m’inquiète un peu pour elle…

— Comme c’est gentil ! répond mielleusement Patrick. Mais ne vous inquiétez pas, il n’y a rien de bien méchant. Il faut juste qu’elle se repose encore un peu…

— Je peux la voir ?

— Bien sûr ! Entrez, je vous en prie.

Elle le suit dans la salle à manger, découvre alors Sandra sur le divan, une couverture remontée jusqu’au menton.

— Mais qu’est-ce qui vous est arrivé ? s’exclame-t-elle en voyant son visage tuméfié.

Sandra lui adresse un sourire crispé, tout en cherchant une explication plausible. Mais Patrick ne lui laisse pas le temps de trouver.

— C’est la fièvre, dit-il.

— La fièvre ? Comment ça ?

— Eh bien Sandra, qui n’écoute jamais les conseils qu’on lui donne, a voulu se lever alors qu’elle avait encore beaucoup de fièvre. Elle a fait une sorte de malaise en descendant l’escalier et elle a dégringolé toutes les marches. Plus de peur que de mal, Dieu merci !

Patrick s’assoit sur l’accoudoir, caresse affectueusement le front de Sandra.

— Vous vous êtes bien arrangée en tout cas, conclut l’assistante. Et décidément, vous n’avez pas de chance…

Ce n’est pas la première fois qu’Amélie voit Sandra avec le visage marqué. La dernière fois, elle était tombée de cheval. La fois d’avant, elle avait glissé sur le verglas.

— C’est rien, murmure Sandra, mal à l’aise.

— Je vous ai apporté des chocolats ! ajoute Amélie en lui tendant le paquet.

C’est papa qui l’attrape au passage.

— Vous êtes adorable, Amélie ! dit-il. Vraiment adorable ! Comment ferait-on sans vous ?

— Vous vous en sortez ? demande Sandra avec une réelle inquiétude.

— Oui, ça va, je gère, ne vous en faites pas.

Patrick lui prend le bras et la reconduit l’air de rien vers la porte d’entrée.

— Il faut qu’elle se repose, chuchote-t-il. Elle est vraiment fatiguée…

— Bien sûr, je comprends.

Puis, à voix haute :

— Soignez-vous bien, Sandra. Et ne vous inquiétez de rien !

— Merci d’être passée, Amélie, répond la vétérinaire.

À peine est-elle sortie que Sandra se met debout.

— Allons finir de déjeuner, dit Patrick en claquant la porte. À cause de cette conne, on va manger froid.

Will, 20 ans

Il n’en revient toujours pas d’être amoureux.

Ce miracle intime qui chaque jour le surprend.

Il la regarde, elle dort encore.

Normal, c’est dimanche. Un matin tranquille, une fin d’hiver.

Il la trouve belle, ne se lasse pas de la contempler. Encore et encore.

Leur chambre ouvre à l’est, un rayon de soleil poudre d’or ses cheveux.

William récupère le petit numérique dans le tiroir du vieux bureau pour immortaliser l’instant.

Ce cliché, il l’apportera au prochain parloir. Pour que Raphaël fasse la connaissance de Mathilde. Qu’il voie son visage, maintenant qu’il lui a parlé d’elle.

L’amour, par procuration.

En attendant, William prépare le petit déjeuner de sa belle. Leur nouvel appartement est plutôt spacieux, lumineux, agréable. Situé dans un quartier sympa de Marseille, au dernier étage, avec petite terrasse.

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