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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Le sourire de la mère disparaît.

— Mais je reviens te voir tout à l’heure, je te promets.

Raphaël voudrait se blottir dans les bras de sa mère. Voudrait y pleurer, longtemps. Lui dire ce qu’il a subi, lui confier combien il a eu peur, combien il a eu mal.

Combien il voudrait être quelqu’un d’autre.

Mais il se contente de la reposer par terre, de l’embrasser sur le front et de quitter l’appartement.

Quatre étages à descendre.

Trois pour chialer.

Un pour essuyer ses larmes.

CHAPITRE 40

Elle est allongée sur le dos, les bras le long du corps. Paupières fermées, elle semble dormir paisiblement. Alors qu’elle est dans le coma.

Les médecins n’ont rien trouvé d’autre que de la plonger dans un sommeil artificiel.

C’était ça ou la camisole.

Michel Durieux la contemple encore un instant puis s’éclipse de la chambre. Il a pris une heure pour venir au chevet de son épouse, tandis que son frère restait près du téléphone.

Il titube de fatigue dans le couloir de l’hôpital, se tient au mur, puis à la rampe. Il aurait dû prendre l’ascenseur pour descendre.

Il vient de perdre sa fille. Si elle ne revient pas, il sait qu’il perdra son épouse.

Une vie qui s’écroule, qui s’effondre. En quelques heures.

Ça semblait pourtant solide, taillé dans la pierre, gravé dans le marbre.

Pourquoi Jessie ? Pourquoi nous ?

Pourquoi un homme l’aurait-il enlevée ? Pourquoi un homme voudrait-il abuser d’une petite fille ? De ma petite fille ?

Ça ne peut pas être un homme, d’ailleurs. Ni un animal.

C’est sans doute autre chose. Mais quoi ?

Il n’arrive pas à imaginer. Comment on peut faire ça.

Il est trop désemparé pour avoir envie de vengeance, de meurtre. Parce qu’il ne sait pas qui est son ennemi, n’arrive pas à se le représenter. La haine viendra plus tard. Pour le moment, il a juste envie de pleurer mais n’en a plus la force.

Ça tourne dans sa tête, il rate une marche, se rattrape comme il peut à la rampe.

Et, debout dans un escalier désert et nauséabond, il murmure son nom d’une voix éteinte.

Il la supplie de tenir.

De revenir.

Supplie cet inconnu de ne pas la tuer.

De lui rendre sa fille.

De lui rendre sa vie.

CHAPITRE 41

13 h 40

— Paraît que tu veux me parler, champion ?

L’œil droit de Raphaël s’ouvre sur le visage de Patrick.

— J’ai une requête.

Papa consent à s’abaisser à sa hauteur.

— Je voudrais que tu nous laisses pisser et prendre une douche.

— Tu veux aussi un whisky et un cigare, peut-être ?

— J’aurais pu buter ta femme. J’aurais pu te descendre dès que tu es arrivé… Mais je ne l’ai pas fait.

— Terrible erreur ! ironise Patrick. Tu ne vas tout de même pas me demander d’être aussi con que toi ?

— Tu veux transformer les bijoux en fric ?

— C’est ce que j’ai l’intention de faire, en effet.

— Tu as besoin de moi pour ça.

Patrick sourit.

— J’ai seulement besoin de torturer ton frangin pour ça. Mais rien ne presse. Je suis un bon chrétien, je ne travaille jamais le dimanche !

William tente de cacher sa peur.

— Commence par mieux nous traiter, relâche mon frère, et tu auras ce que tu veux, poursuit Raphaël.

— Relâcher ton frère ? Tu me prends vraiment pour le dernier des crétins !

— Il ne tentera rien contre toi, tu n’entendras plus jamais parler de lui. Quant à moi, je coopérerai, tu as ma parole.

Le sourire de Patrick s’élargit dangereusement.

— Ta parole ? Elle ne vaut rien.

— Dans ton monde, peut-être. Pas dans le mien.

— Ah oui, j’oubliais que nous ne sommes pas du même monde, champion ! Pas de la même race… J’oubliais que tu es un dur, un vrai. Un homme d’honneur ! Un mec avec des couilles.

— Et toi ?

— Moi ? Je suis une vipère, un serpent. Un prédateur.

— Tu te méprises à ce point ?

Patrick approche son visage de celui de Raphaël.

— Lequel de nous deux a encore ses deux yeux ? chuchote-t-il. Toi ou moi ?… Lequel de nous deux est ligoté et ne va pas tarder à se pisser dessus ? Toi ou moi ?… Ça signifie que tu es un abruti et moi un génie. Alors ta parole, tu peux te la mettre au cul.

— Si tu nous traites avec un minimum de respect, tu en seras remercié.

— Par Dieu, tu veux dire ?

— Je te donnerai la solution pour palper plusieurs millions d’euros.

— Fichtre !

Brusquement, Patrick appui avec son index sur l’œil blessé de Raphaël qui pousse un affreux hurlement.

— Tu vois ? C’est comme ça que j’aurai mon argent, s’amuse papa. Et ne me dérange plus pour rien, sinon je t’arrache l’autre œil avec une petite cuiller.

Raphaël reprend sa respiration. Il a l’impression qu’on vient de lui planter un clou dans le cerveau.

— Je vais laisser les volets ouverts. Je suis sûr que tu apprécies la lumière, n’est-ce pas ?

Raphaël s’est remis à pleurer. Il ne peut pas faire autrement, ça coule comme d’une source chaude et salée sans qu’il puisse rien contrôler.

— Oh, voilà notre héros qui chiale, maintenant !

Patrick se dirige enfin vers la porte. Mais, alors qu’il a déjà la main sur la poignée, il se ravise. Finalement, il a envie de rester un peu.

Envie de jouer, puisque c’est lui qui définit les règles.

Il se met à farfouiller dans un des cartons avant de revenir au centre de l’arène.

— Ouvre les yeux, Raph, dit-il. Ou plutôt, ouvre l’œil et le bon !

William fixe la tenaille dans la main droite de Patrick, son estomac se révulse.

— Je vais te donner un petit avant-goût…

Tandis que Raphaël fait un effort démesuré pour soulever sa paupière, Patrick s’accroupit à la hauteur du jeune homme et lui enlève sa chaussure droite.

— Arrête, putain ! hurle William.

Il tente de bouger ses jambes mais ses chevilles ligotées ne lui laissent aucune chance.

— Du calme, fiston. Reste tranquille ! Ça va faire horriblement mal mais tu n’as aucun moyen d’y échapper. Sauf si ton frangin me donne la façon de transformer mes bijoux en monnaie sonnante et trébuchante.

Raphaël garde les mâchoires soudées tandis que William pousse un cri déchirant. Patrick vient de lui arracher l’ongle du gros orteil, le brandit au bout de la pince, tel un trophée.

Il se tourne vers Raphaël, son sourire sardonique sur les lèvres, la tenaille dans la main.

— Je te rappelle qu’il a dix orteils mais aussi dix doigts…

— Va te faire foutre ! crache le braqueur. Je te dirai rien !

— Vraiment ?

— Si je parle, on est morts, de toute façon !

William retient ses cris, ses larmes. La douleur remonte le long de sa jambe et frappe jusque dans son ventre.

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