Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
Son regard va de l’une à l’autre, il fait durer le suspense.
— Et là, vous vous dites : le pauvre ! Eh bien non. J’ai surmonté tout ça, je suis devenu plus fort encore.
— Votre mère est allée en prison ? tente Aurélie.
Parler avec lui, encore. Faire mine de s’intéresser à son abominable histoire, vraie ou fausse.
— Bien sûr que non, ma colombe. J’ai été placé dans un foyer et je ne l’ai plus revue. Ensuite, elle a crevé dans un hôpital quelconque.
Papa sourit de plus belle.
— Et devinez ce que j’ai fait lorsque je suis sorti de la maison de correction ?
Elles restent muettes.
— Je suis allé cracher sur la tombe de ma salope de mère !… Mon histoire vous plaît ? Vous voulez la suite ?
— Oui, murmure Aurélie.
Jessica lui envoie un regard acide qui n’échappe pas à Patrick.
— Ensuite, j’ai grandi et je suis devenu un homme. Quant à ma chère sœur… Elle n’a pas supporté, elle. Elle s’est fait engrosser par le premier venu, il a aussitôt disparu. Quelques années plus tard, elle s’est jetée du haut d’un pont.
Aurélie transpire de plus en plus, Jessica a la nausée.
— Elle était plutôt jolie ma sœur, poursuit pensivement papa. Elle avait de beaux cheveux blonds, longs jusqu’aux fesses. Un peu comme toi, Jessica…
— Pourquoi vous nous dites tout ça ? balance soudain Jessie. Vous nous avez enlevées pour nous raconter votre vie ?
Le regard de Patrick s’agrafe dans le sien. Il ne l’interrompt pas, curieux de voir jusqu’où elle osera aller.
— Vous finirez en prison pour nous avoir kidnappées et enfermées dans cette chambre pourrie !
Elle pleure en même temps qu’elle hurle.
— Vous irez en prison ou mon père vous tuera !
Soudain, Jessica cesse de vociférer. Patrick vient d’empoigner Aurélie par les cheveux et la traîne ainsi jusqu’à la porte.
— Non ! hurle Jessica.
— C’est toi qui l’as voulu, rétorque calmement Patrick. Je t’avais prévenue : tu ne dois jamais me parler sur ce ton. Jamais.
— Ne l’emmenez pas ! Je ne recommencerai pas, je vous jure !
La porte s’ouvre, se referme. Sur les gémissements effrayés d’Aurélie, qui disparaît dans le néant. Jessica se met à sangloter.
— Qu’est-ce que j’ai fait !
La voix de William, de l’autre côté du mur, la fait sursauter.
— Comment ça va, petite ?
— Il a pris Aurélie ! Il l’a emmenée dehors, il va la tuer ! Faites quelque chose… Aidez-moi !
Raphaël a posé le front sur ses genoux. Chaque mot est un scalpel.
« Aidez-moi… Faites quelque chose… Il va la tuer… »
Que pourrait-il bien y faire ?
Tandis que William tente de calmer la jeune fille, Raphaël se demande soudain ce qui l’a conduit ici.
La prison n’était sans doute pas un châtiment assez terrible pour les crimes qu’il a commis. Alors Dieu a décidé de le punir d’une façon plus atroce encore. En le jetant en enfer, dans les mains de Satan en personne. En compagnie de ces anges qu’il doit regarder et entendre souffrir.
S’il croyait en Dieu, c’est ce que Raphaël trouverait comme explication.
Mais Raphaël ne croit pas en Dieu.
En cette seconde, il ne croit plus en rien. Même plus en lui.
CHAPITRE 43
Dehors, il fait nuit. Et terriblement froid.
Aurélie est obligée de marcher, pieds nus, avec cette brute qui la traîne toujours par les cheveux.
Qui l’emporte vers une destination inconnue.
Patrick pousse la porte de la grange, jette la jeune fille à l’intérieur. L’atterrissage est violent, Aurélie s’écorche la paume des mains, les avant-bras, les genoux.
Avec bravoure, elle se relève pour l’affronter.
Le monstre en face d’elle, la pénombre tout autour.
La frayeur, à son paroxysme.
Patrick appuie sur un interrupteur, une vieille ampoule clignote.
Elle ne s’arrêtera plus de clignoter.
Le souffle coupé, Aurélie dévisage son bourreau ; visage blafard, il ne sourit pas. Ne sourit plus. Regard de possédé, poings serrés, il a remisé son déguisement. Celui qu’il revêt pour attirer ses proies.
Elle le voit pour la première fois. Il est lui-même, il est terrifiant.
D’instinct, Aurélie recule doucement, sans jamais lui tourner le dos. Les mains levées devant elle.
— Monsieur, c’est pas ma faute… C’est Jessica !
Lorsqu’elle amorce un pas en arrière, il en fait un en avant. Il la fixe, mais on dirait qu’il ne la voit plus. Plus comme un être de chair et de sang. Plutôt comme un objet qu’il convoite.
Qu’il veut.
Et qu’il va prendre.
— Monsieur, c’est pas ma faute ! Ne me faites pas de mal !
Entend-il sa voix, sa peur, sa prière ?
Lui qui aime tant parler ne prononce plus un seul mot. Il se met en condition.
Et soudain, c’est l’attaque.
Il se jette sur elle, l’envoie au sol une fois encore. Étourdie par le choc, Aurélie met quelques secondes à réagir. En un instant, elle se retrouve immobilisée sur le ventre. Elle hurle, avale une bouffée de poussière, s’étouffe.
Il appuie sur l’arrière de son crâne, lui enfonçant le visage dans la terre battue. Avec une telle violence que ses lèvres éclatent, que son nez se brise.
Une peur panique la pousse à résister, à lutter encore et encore. Le repousser avec ses jambes, ramper pour lui échapper.
Hurler, appeler au secours.
Mais le prédateur la retient entre ses serres, avec une force surhumaine.
À moins que ce ne soit elle qui n’ait plus de force.
Il a relevé sa tunique jusqu’à la taille, a baissé son pantalon jusqu’aux genoux.
Sentir sa peau sur la sienne la glace jusqu’aux os. La terreur comprime son cœur à l’extrême, ses ongles griffent désespérément le sol.
La douleur qui arrive ensuite la coupe en deux.
Un cri voudrait jaillir de sa gorge, elle seule pourra l’entendre.
Brusquement, ça court-circuite dans son cerveau. Il s’acharne toujours en elle, pourtant elle ne sent plus rien. Comme si elle était partie dans une autre dimension.
Ses jambes puis ses bras retombent lentement sur le sol. Ses lèvres demeurent entrouvertes, ses poumons continuent à aspirer la poussière. Le sang circule toujours dans ses veines.
Mais Aurélie n’est plus là.
Aurélie vient de mourir.
Pour la première fois.
Il est presque minuit quand la porte grince à nouveau.
Les pas, dans le couloir.
Les sens, en alerte.
Le monstre ramène sa proie agonisante dans la cage.
Aurélie est jetée sur son lit, menottée au barreau. Puis le tortionnaire quitte la scène. Sans un regard ou une parole.
Sans un remords.
Jessica tremble, une main devant sa bouche.
— Auré ? murmure-t-elle. Auré, ça va ?
Patrick a laissé la lumière allumée, elle peut voir ce qu’il reste de son amie.
Pour qu’elle voie ce qu’il reste de son amie.
Du sang sur et entre les jambes. Mêlé à la poussière, il souille l’ensemble de son visage. Ses lèvres ne sont plus qu’une plaie, sa bouche laisse échapper un magma rougeâtre.