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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— La ferme ! Tu ne m’as pas frappée, toi, peut-être ?

— Moi, c’est différent, prétend le braqueur. Moi, je ne suis pas ton mari…

Sandra applique un peu de pommade sur la cornée, Raphaël grimace.

— Pourquoi tu restes ici, avec lui ? Pourquoi tu ne t’enfuies pas ?

— Il est tout ce que j’ai.

— Alors tu n’as rien. Vraiment rien…

Il voit sa bouche se crisper, signe qu’il vient de lui faire mal. Elle appose une nouvelle compresse sur son œil, range le matériel dans sa trousse.

Raphaël lui balance un sourire perfide.

— Ça fait combien de temps que tu as épousé ce fils de pute ?

— Qu’est-ce que ça peut te foutre ?

Elle débouche une bouteille d’eau et approche le goulot des lèvres de Raphaël. Il boit quelques gorgées, manque de s’étrangler. Elle reste quelques secondes devant lui, ils se dévisagent. Puis avec le doigt, elle lui essuie délicatement les lèvres.

Ce geste le surprend.

Depuis le début, cette femme le surprend. Mélange de dureté, de fragilité.

Un monstre, c’est certain. Et pourtant…

— Tu mérites mieux que ce malade, murmure le braqueur.

— Tais-toi, tu ne sais rien.

— Si, je sais que tu te rends complice d’un viol d’enfant. Et bientôt d’un meurtre d’enfant. Tu sais ce que tu risques ? La perpétuité, Sandra. Et tu sais comment c’est dedans ? C’est l’enfer absolu…

Elle se relève, le défiant du regard.

— Je connais l’enfer absolu.

Elle fait boire William à son tour.

— Pourquoi t’a-t-il frappée ? s’acharne encore Raphaël. Tu as mal dosé son café ? Ou mal repassé sa chemise, peut-être ?!

Elle se retourne, le fixe avec rage.

— J’ai tué une de ses filles.

Un silence de plomb s’abat dans la pièce. Mais il ne dure que quelques secondes.

— Tu te fais du souci pour elle, champion ?

La voix de Patrick les fait sursauter tous les trois. Ils ne l’avaient pas entendu arriver dans le couloir.

Sandra se hâte de regrouper ses affaires et se dirige vers la sortie.

— Je rentre, dit-elle comme si elle présentait ses excuses.

— Non, tu restes ici.

Elle se fige sur le seuil tandis que Patrick s’approche de Raphaël, lui tourne autour, cherchant le meilleur angle d’attaque.

— Tu fais quoi, là ? Tu veux influencer Sandra ? Tu crois que tu peux la décider à me tourner le dos ? Tu crois que tu as ce pouvoir ?

Papa s’accroupit face au braqueur, réajuste ses lunettes.

— Tu n’as aucun pouvoir. Tu es de la vermine dans ma cave. Rien d’autre.

— Je vaux toujours mieux que toi.

Patrick lui sourit.

— Sandra est à moi. Personne ne pourra me l’enlever.

Il va se poster devant la fenêtre, contemple le paysage un moment.

Des semaines à préparer l’enlèvement et il n’aura même pas le plaisir de la tuer. De finir ce qu’il a commencé.

La colère bat dans son ventre, il faudra qu’elle sorte. Qu’elle explose.

— On va aller se dégourdir les jambes, mes amis, annonce-t-il avec un sourire cruel.

Les deux frères échangent un regard chargé d’angoisse. Et d’espoir.

Chaque pas dehors est une chance de retourner la situation.

Patrick sort le colt de la poche de son blouson, le braque sur Raphaël.

— Prends mon couteau et détache les chevilles du petit frère, ordonne-t-il à Sandra.

Elle récupère le cran d’arrêt et s’exécute.

— L’autre, maintenant.

Elle libère les jambes de Raphaël, évitant son regard.

— Allez, debout ! enjoint papa.

Les deux frères obéissent, Patrick attrape William par la nuque, lui plante l’arme dans la gorge.

— Après toi, le cyclope ! On va dans la pièce d’à côté…

Jessica voit d’abord entrer Raphaël dans sa chambre. Seconde d’espoir. Jusqu’à ce qu’elle voie Patrick sur ses talons, braquant une arme sur William, et Sandra, juste derrière.

— Salut ma petite chatte… Tu as bien dormi ? Les pleurs de ta copine ne t’en ont pas empêchée, j’espère ?

La jeune fille ne répond pas. Ses yeux bleus, cernés, fixent l’arme.

— Mais elle ne t’embêtera plus, maintenant, ajoute Patrick.

Jessica ne comprend pas l’allusion, refusant l’évidence.

— Dans la salle de bains, indique Patrick à l’attention de Raphaël.

Le braqueur pénètre dans la petite pièce moisie jusqu’à l’os. Il s’immobilise en voyant le corps.

Le corps nu d’une enfant.

Le cadavre d’une gamine gisant dans une flaque d’eau.

Par terre, sa tunique beige pleine de sang.

Son visage abîmé, les hématomes sur sa peau livide. Sur son ventre, entre ses cuisses.

Il aimerait avoir les deux yeux crevés pour ne pas voir.

Pour ne jamais avoir vu ça.

— Espèce de salaud…

— Ta gueule, le héros. Sandra, détache-lui les mains.

La vétérinaire obéit encore, Raphaël recouvre sa totale liberté. Mais son frère est juste derrière lui, sous la menace d’un flingue. Et ses bras sont en carton.

— Ramasse-la.

Raphaël essaie de bouger ses épaules, sans succès.

— Ramasse-la ! répète Patrick.

Le braqueur s’essaie à quelques mouvements tout en réfléchissant à ce qu’il pourrait tenter.

Profiter de l’occasion.

Profiter de la mort d’une adolescente.

Pour en sauver une autre.

Mais Patrick sort une seconde arme de la poche de son pantalon, le Beretta de William, et la confie à sa femme.

— Je te conseille de rester sage, champion. Si tu ne veux pas aussi enterrer ton frangin…

Sandra le braque à son tour. Elle ne tremble pas, n’hésitera pas. Raphaël le voit dans ses yeux.

Un monstre, c’est certain.

Alors, Raphaël s’agenouille près du corps d’Aurélie, la contemple quelques secondes encore.

Je suis désolé de n’avoir pu te sauver. De n’avoir même pas pu t’épargner ça. Je te demande pardon d’avoir échoué, petite. Pardon…

— Tu récites une prière ou quoi ? raille papa. Elle ne t’entend plus, tu sais…

Raphaël couvre Aurélie avec sa tunique puis il passe un bras sous ses jambes, l’autre sous son dos avant de la soulever. Il a l’impression que ses yeux toujours ouverts le fixent.

Le jugent.

Le condamnent.

L’envoient directement en enfer.

Stupide, puisqu’il y est déjà.

En passant devant Patrick, il fait un arrêt.

— Sois maudit…

— Après toi, répond Patrick avec un sourire. Tu connais le chemin.

Le cortège traverse la chambre mais, avant de quitter la pièce, Patrick s’approche de Jessica, tétanisée sur son grabat. Il la libère, l’attrape par le bras et la pousse devant lui.

— Viens dire adieu à ta copine, ma colombe.

Creuser, encore.

Seul, cette fois.

William, à genoux dans les feuilles mortes, les bras toujours attachés, regarde son frère accomplir sa terrible besogne.

— Je veux l’aider !

— Ta gueule, fiston. Laisse notre champion se débrouiller. Je suis sûr que s’il tient à toi, il va y arriver.

Patrick presse le canon du colt sur sa nuque, l’invitant au silence. Jessica, debout près de Sandra, vibre de sanglots silencieux.

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