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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Qu’est-ce qui te tracasse ?

Il n’est pas inquiet pour elle. Il veut juste prendre possession de la moindre parcelle de son esprit.

Il veut que rien ne lui échappe.

— Il faut tuer Raphaël, murmure Sandra.

— Pourquoi es-tu si pressée, ma chérie ?

— Il est dangereux.

— Dangereux, lui ? Allons, ne dis pas de bêtises, je t’en prie ! Tu as vu à quelle vitesse je l’ai neutralisé ?

— J’ai peur de lui.

Le sourire de Patrick s’estompe. Son bras s’enroule autour du cou de Sandra, comme un boa constrictor.

— Tu as peur de lui ou… de toi ?

Le cœur de Sandra s’affole.

— De moi ?

— Oui, de tes propres réactions… Serais-tu tombée amoureuse de ce type ?

Elle met une demi-seconde à répondre.

Beaucoup trop de temps.

— Bien sûr que non !

— Hmm… remarque, je peux comprendre. Il est plutôt beau mec, c’est un voyou et les filles adorent les voyous. En plus, il se balade avec un sac plein de fabuleux bijoux… !

Patrick se met à rire, Sandra cherche le morceau de bois du regard. On dirait qu’il a coulé, avalé par l’eau noire et profonde de l’étang.

— Je ne suis pas amoureuse de lui, répète-t-elle avec conviction.

Patrick l’oblige à tourner la tête vers lui, la fixe droit dans les yeux.

— Tu es sûre, ma chérie ? Je ne voudrais pas que tu aies trop mal quand je vais le tuer…

— Il peut crever, ça m’est égal.

— Il t’a touchée ? Pendant que je n’étais pas là, il t’a touchée ?

La main de Sandra se crispe sur le rebord du banc.

Si elle répond par l’affirmative, Raphaël endurera les pires tourments avant de rendre l’âme.

— Non, murmure-t-elle. Il s’est bien conduit envers moi. Et… il a même empêché son complice de me violer.

— Vraiment ? C’est qu’il est chevaleresque, notre gangster ! rigole papa. Je comprends que tu sois amoureuse de lui.

— Je ne suis pas…

La poigne de Patrick se referme sur son bras, elle se tait.

— Pas avec moi, chuchote-t-il. Tu ne me mens jamais. Jamais… Je le tuerai, ne t’en fais pas. Mais avant, tu le regarderas agoniser, tu le regarderas devenir pathétique et faible. Ainsi, tu l’oublieras rapidement.

— Oui.

— De toute façon, tu sais ce qu’il attendait de toi ? Tu sais ce que tous les hommes attendent de toi, ma douce ?

— Oui.

— Rentrons, maintenant. Je ne voudrais pas que tu tombes malade.

Il se lève, tend la main droite en lui souriant affectueusement.

CHAPITRE 42

20 h 50

Quatre cœurs battent de concert.

La porte au bout du couloir vient de grincer, puis de claquer.

Les pas résonnent sur le carrelage.

Dans quelle pièce va-t-il entrer en premier ? Qui vient-il torturer, ce soir, juste après avoir tranquillement dîné devant sa télé ?

C’est la chambre des filles qui s’ouvre.

Aurélie cesse de respirer, Jessica se mord un doigt. Jusqu’au sang.

Elles ne font pas semblant de dormir, ayant compris que c’était inutile. Ayant compris que rien ne l’arrêtera.

Rien ni personne.

Elles distinguent son ombre à contre-jour. Il n’est pas très grand, il leur semble pourtant gigantesque.

— Bonsoir, mes colombes. On a encore parlé de vous au vingt heures ! Vous êtes devenues des stars ! Célèbres dans la France entière…

Il attrape la chaise, l’installe entre les deux lits. Il prend son temps, comme toujours. Savourant la terreur qui suinte de leur peau, inonde l’espace, rebondit contre les murs. S’en nourrissant comme d’un élixir.

Ce sentiment de toute-puissance le fait jouir mieux que n’importe quoi d’autre.

Lui qui s’est senti si faible, si vulnérable, des années durant. Lui qui ne savait que subir.

Lui qui, pourtant, s’est forgé une armure en titane, blessure après blessure.

Chaque névrose est un prétexte.

Chaque cicatrice est une arme, une herse sur laquelle l’ennemi viendra s’empaler.

L’ennemi… Chaque être humain en est un.

Un ennemi, une proie ou un esclave.

Rien d’autre.

Papa commence par détacher Aurélie, ce soir. Pétrifiée, elle ne tente rien, restant sagement assise sur son lit de fortune. Il retourne sur sa chaise, croise les jambes.

— Quand j’avais votre âge, vous savez à quoi je passais mes soirées ?

Aurélie se sent obligée de répondre. Lui parler, nouer un lien avec lui.

L’amadouer.

— Non, monsieur…

— On n’avait pas la télé, chez nous. J’aurais pu faire mes devoirs ou jouer avec mon chien. Ceci dit, je n’avais pas de chien non plus…

Jessica essaie de contrôler ses tremblements, mais elle ressemble à une feuille dans la tempête.

— Enfin si, j’ai eu un chien, un jour… Je l’avais ramassé dans la rue. Il était laid, mais gentil. Et vous savez ce qu’il est devenu ?

— Non, monsieur.

— Eh bien nous l’avons mangé.

Aurélie ne peut retenir une sorte de hoquet nerveux.

— Vous l’avez m… angé ? répète-t-elle avec effroi.

Papa arbore un sourire diabolique.

— Ma mère l’a tué, dépecé et fait cuire. Puis elle m’a obligé à le manger, précise-t-il. C’est pas si mauvais, finalement.

— Mais pourquoi ? s’exclame Aurélie.

— Je crois me souvenir que c’est parce qu’il avait pissé sur son paillasson… Mais en vérité, c’est parce que je l’aimais plus qu’elle, ce chien.

Jessica grelotte, son bracelet chromé choque de manière sinistre le barreau du lit.

— Mais revenons à nos moutons, poursuit Patrick. Donc, le soir, après l’école, je rentrais chez moi et je préparais le repas pour ma mère et ma petite sœur qui, elle, avait le droit de faire ses devoirs. Mais on ne mangeait pas du chien à tous les repas, je vous rassure !

Il se met à rire tandis que, malgré le froid, Aurélie commence à transpirer.

— Ensuite, j’allais me coucher… C’était l’heure où ma mère recevait quelques amis. Ils jouaient aux cartes, ils buvaient, ils rigolaient fort… Et quand ils avaient bien bu, vous savez ce qu’ils faisaient ?

Elles ont les yeux exorbités, imaginant le pire.

— Eh bien ma mère les autorisait à venir dans ma chambre. Et pendant qu’elle regardait, ses amis s’amusaient avec moi. Vous comprenez ce que je veux dire ?

— N… on, monsieur, bafouille Aurélie.

Papa approche son visage de celui de sa jeune prisonnière et lui balance froidement :

— Ils me baisaient. Et dans la chambre d’à côté, ils baisaient ma sœur.

Elle recule précipitamment, se heurte au mur.

— Tu sais ce que ça veut dire ?

Cette fois, Aurélie ne répond pas, oubliant le sempiternel non, monsieur.

— Bien sûr que tu sais ce que ça veut dire ! rigole Patrick. Jusqu’au jour où j’en ai tué un. J’avais caché un couteau sous mon oreiller et je le lui ai planté en travers de la gorge. Je n’ai pas été condamné pour ça. Circonstances atténuantes, et bla-bla-bla… j’ai réussi à leur faire gober que ce n’était pas prémédité, que ce n’était pas un assassinat… Que j’avais pris le couteau pour leur faire peur, pas dans l’intention de tuer. Et pourtant, je comptais bien trancher la gorge au premier qui s’approcherait de moi !

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