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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Il s’arrêta à mi-chemin dans la montée pour reprendre son souffle. Après avoir déposé Harro sur le sol, il prit dans la besace qu’il portait en bandoulière une miche de seigle, dont il lui donna la moitié. Harro se jeta dessus. Malgré ses dents gâtées, il la dévora en un instant.

« Pour le moment, tu devras te contenter de ça, lui dit Mikael. Tu aimeras bien Eloisa, soupira-t-il, en caressant l’énorme tête. Elle est spéciale. Dommage que je ne lui plaise pas… en tout cas, ça n’a pas l’air. » Il sentit l’angoisse et la honte lui serrer la gorge, et secoua la tête comme pour chasser ces pensées.

Il regarda Dravocnik, en bas, enveloppé dans sa poussière rouge et noire que voilaient la distance et la neige fondue qui tombait. Ces six dernières années, on avait pendu au moins un homme par semaine au gibet de la mine. Pourtant, les rangs des rebelles avaient grossi. Des mineurs et des familles entières mouraient de faim chaque hiver. Beaucoup, désespérés, s’enfuyaient dans les bois ou tentaient d’atteindre les villes voisines, dans l’espoir d’y rester plus d’un an pour gagner le droit d’être libres. Ces dernières années, Volod le Noir, le chef des rebelles, avait fait de nombreuses incursions. Il attaquait aussi bien les convois des marchands que ceux d’Ojsternig. Ce que voulaient les rebelles, c’était s’affranchir de cette loi qui faisait d’eux du bétail appartenant à leur maître.

La population de Dravocnik cherchait à survivre. Le mot si souvent prononcé de “liberté” voulait simplement dire “du pain”. Mais Ojsternig restait sourd à toutes les requêtes.

Au fil du temps, la situation s’était encore tendue. D’autres bandes s’étaient formées, échappant au contrôle de Volod le Noir, qui tentait, lui, d’imposer des règles et le respect des autres serfs, mineurs ou paysans. Aveuglés par la faim, nombre de ces égarés étaient devenus de vulgaires brigands, des criminels agressant ceux qui avaient partagé leurs peines, avec lesquels ils avaient bu dans les tavernes le soir. Ils tuaient parfois pour un poulet, un peu de fromage, un sac de farine, un tonneau de bière.

Les habitants de la Raühnvahl ne se déplaçaient plus seuls, surtout dans les bois. La cueillette des champignons dans la forêt du Mezesnig se faisait rare, une rencontre avec des brigands pouvait être fatale. Mais les paysans de la Raühnvahl pouvaient s’estimer plus chanceux que la population de Dravocnik. Les taxes étaient de plus en plus lourdes, mais Agnete continuait de les inciter à enterrer ce qu’ils parvenaient à mettre de côté. Malgré les privations, personne n’était mort de faim pendant les hivers les plus rigoureux. Quand ils déterraient une pièce de monnaie qui leur permettrait de survivre, les paysans repensaient au jour où le petit Mikael les avait sauvés. Ils bénissaient chaque morceau de viande salée qu’ils mangeaient grâce à lui.

« Partons », dit Mikael à Harro en le chargeant à nouveau sur ses épaules.

Ojsternig, pendant ces années-là, l’avait laissé tranquille. Mikael pensait parfois qu’il l’avait oublié, trop occupé par la reconstruction du château, par ses intrigues à la cour de l’empereur pour renforcer sa position de seigneur des deux royaumes. Sans compter les représailles contre les rebelles et les brigands, les nouvelles taxes à imposer à ses serfs, ou l’impitoyable et lucratif abattage de la forêt du Mezesnig. Ojsternig, pourtant, n’avait rien oublié. Chaque fois qu’il venait contrôler l’avancement des travaux du château de la Raühnvahl, il convoquait Mikael et le fixait de son regard de rapace. Mikael ne baissait pas les yeux.

À trois cents verges environ du col que surveillaient les gardes d’Ojsternig, Mikael coupa par la montagne. Le temps avait passé, mais il préférait les éviter. À plus forte raison avec Harro sur les épaules. Il grimpa à travers les rochers éclatés par le gel, franchit la crête et commença à descendre vers la Raühnvahl. La forêt reculait de plus en plus, massacrée par les bûcherons d’Ojsternig, qui avait mis en place un énorme commerce de bois, vers le sud avec la Sérénissime et vers le nord-est avec le chapitre de Bamberg. Des dizaines d’arbres centenaires gisaient à terre, dépouillés de leur écorce. De gigantesques ramures coupées s’amassaient n’importe où, lançant leurs feuilles desséchées vers le ciel. Il ne put s’empêcher de penser au jour du massacre, à tous ces cadavres entassés dans la cour du château comme des pantins désarticulés. Il s’immobilisa, ferma à demi les paupières. Secouant la tête pour chasser cette image, il serra plus fort les pattes de Harro et reprit sa descente.

À cause de ce déboisement sauvage, les loups sortaient plus souvent à découvert. Mikael se déplaçait avec prudence, attentif au moindre bruit, surveillant les alentours. Il connaissait la montagne comme sa poche, maintenant. Du temps où ce royaume lui appartenait, il ne savait même pas à quoi il ressemblait ni jusqu’où il s’étendait. Il ignorait tout de la façon d’y survivre, d’y poser le pied pour ne pas tomber. La montagne ne lui appartenait plus par droit féodal, elle était devenue sienne parce qu’il l’avait conquise, se dit-il en souriant. Personne ne la lui enlèverait jamais.

Le vieux Raphael lui avait appris à grimper dans les rochers. D’abord de petites escalades de dix verges, attaché à une corde. Il était tombé, s’était relevé, était tombé à nouveau. Et puis un jour, à mains nues et seul, il avait atteint le sommet du Doigt de Moïse. Là-haut, sur la roche nue et gelée, il s’était assis pour manger une tranche de jambon et du pain rassis. Pour la première fois, il s’était senti libre. Il avait sorti le livre de Raphael et avait lu à voix haute. Un aigle, dans le ciel, exerçait ses petits à plonger en piqué, pour qu’ils puissent ensuite attraper les marmottes et les lapins. Pour la énième fois, Mikael avait lu dans ces mots latins l’histoire du garçon qui tuerait un jour le prince d’Ojsternig. Il était incapable d’en inventer une autre. Mais Raphael lui avait assuré qu’il trouverait d’autres histoires. Toutes celles qui font d’une vie quelconque une vie complète, disait-il.

Sur la route qui descendait à la vallée, plongé dans ses réflexions, Mikael n’eut pas conscience à temps d’un bruit suspect.

Soudain, il trouva le chemin barré par deux hommes armés de couteaux et de bâtons. Il se retourna. Deux autres bloquaient sa fuite.

« Donne-nous tout ce que t’as, comme ça on sera pas obligés de te tuer », dit l’un des hommes devant lui, le visage marqué par la faim et le désespoir, le regard mauvais.

« J’ai rien », répondit Mikael pendant qu’Harro, sur ses épaules, sentant le danger, grognait tout bas.

L’homme les regarda. Et sourit méchamment.

Les brigands, avant d’infester les forêts, qu’ils disputaient aux loups, avaient été des hommes comme les autres. Mais n’avoir plus rien à perdre avait fait resurgir chez certains leur part la plus sombre.

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