Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Peut-il se Le représenter comme je vous imagine dans la cour de Balliol, sous la pluie, avec des lunettes embuées que vous devez essuyer constamment dans votre cache-nez ? Je me demande s’il lui semble à la fois aussi proche et inaccessible.
— Protégez-nous du mal et accordez-nous la vie éternelle…
C’est alors qu’Agnès se redressa pour me dire :
— Je veux voir le père Roche.
Il se releva et vint vers nous.
— Que se passe-t-il ? Qui est là ?
— Dame Katherine. Je vous ai amené Agnès. Son genou est…
Quoi ? Infecté ?
— Pourriez-vous l’examiner ?
L’église était trop sombre et il l’emporta chez lui, une demeure guère plus grande et tout aussi basse que la hutte où j’avais trouvé refuge. Il devait constamment se pencher pour ne pas heurter les poutres.
Il ouvrit le volet de l’unique fenêtre puis alluma une chandelle et fit asseoir Agnès sur une table rudimentaire. Il défit le pansement et elle eut un mouvement de recul.
— Ne bouge pas, Agnus, lui dit-il. Et je te raconterai la venue du Christ.
— Le jour de Noël, fit-elle.
Il palpa la blessure et testa la résistance des parties enflées, en parlant pour la distraire.
— Et les bergers avaient peur, car ils ne savaient pas ce qu’était cette lueur scintillante. Ni les sons qu’ils entendaient et qui faisaient penser à des cloches célestes. Mais ils virent enfin l’ange de Dieu descendre vers eux.
Agnès avait hurlé et repoussé mes mains lorsque je m’étais penchée pour examiner son genou, mais elle laissait le prêtre tâter le renflement. J’obtins la confirmation qu’une marque rouge apparaissait. Il la toucha et approcha la chandelle à mèche de jonc.
— Du poison a dû pénétrer dans la plaie, dit-il.
Je vais préparer une décoction d’hysope qui l’absorbera.
Il alla tisonner les braises tièdes de l’âtre, prit un seau et versa de l’eau dans un pot de fer.
Le seau, le pot et ses mains étaient sales. Je regrettai d’être venue en le voyant poser le récipient sur le feu puis prélever une poignée d’herbes sèches dans un sac. Il n’était pas meilleur médecin qu’Imeyne et cette infusion ne serait pas plus efficace que ses cataplasmes. Quant à ses prières, elles ne seraient pas non plus exaucées.
J’allais protester lorsque je compris que j’avais espéré l’impossible. Pour combattre une infection, il fallait utiliser de la pénicilline et des antiseptiques, autant de choses que ne contenait pas ce sac.
Dans un de ses cours, M. Gilchrist a traité les médecins du Moyen Âge d’imbéciles parce qu’ils pratiquaient des saignées et administraient de l’arsenic et de l’urine de chèvre pour soigner les pestiférés. Mais ils n’avaient à leur disposition ni analogiques ni antimicrobiens. Ils ne connaissaient même pas les causes de la maladie. Réduire en poudre des feuilles et des pétales était tout ce que le père Roche pouvait tenter.
— Auriez-vous du vin ? m’enquis-je. Du vin vieux ?
La teneur en alcool de leur bière et de leur vin est peu élevée, mais elle augmente au fil du temps et l’alcool est un désinfectant.
— On m’a dit qu’un vin âgé versé dans une plaie arrête parfois l’infection, ajoutai-je.
Il ne me demanda pas ce que signifiait le terme « infection » ou par quel miracle je me souvenais de cela alors que j’étais censée avoir oublié tout le reste. Il retourna dans l’église et me rapporta une bouteille en poterie pleine d’un vin à l’odeur forte. J’en mis sur le bandage et la blessure.
J’ai gardé cette bouteille. Je la dissimule sous mon lit (si c’est du vin de messe, Imeyne aurait un excellent prétexte pour m’envoyer sur le bûcher) afin de poursuivre le traitement. Avant de coucher Agnès, j’en ai encore versé sur son genou.
19
Le temps resta à la pluie et au vent jusqu’à la veille de Noël. Le déluge s’abattait par l’ouverture aménagée à l’aplomb de l’âtre et le feu grésillait et fumait.
Kivrin versait du vin sur le genou d’Agnès à la moindre occasion et, le vingt-trois, la plaie était déjà un peu moins laide — dure et enflée mais moins rouge.
Imeyne et Eliwys n’avaient pas remarqué que la blessure d’Agnès s’était rouverte. Elles devaient tout préparer pour recevoir Messire Bloet et les siens, s’ils décidaient de répondre à l’invitation d’Imeyne. Il fallait nettoyer la soupente pour loger les femmes, semer des pétales de rose sur les joncs et faire cuire un surprenant assortiment de pains, puddings et tourtes… dont un pâté grotesque représentant le petit Jésus dans sa crèche emmailloté de bandes de pâte.
Dans l’après-midi, le père Roche passa au manoir, trempé et frissonnant. Il était allé chercher du lierre destiné à la décoration de la grande salle sous une pluie glaciale. Imeyne supervisait la cuisson du petit Jésus dans les cuisines et Kivrin invita le prêtre à s’asseoir près du feu pour que ses vêtements puissent sécher.
Elle appela Maisry puis, comme la servante ne daignait pas se déplacer, elle alla chercher une tasse de bière chaude dans les cuisines. À son retour, Maisry était assise à côté du père Roche et soulevait ses cheveux sales et emmêlés pour dégager une oreille que le prêtre enduisait de graisse d’oie. Sitôt qu’elle vit Kivrin, elle colla sa paume à sa joue et détala.
— Le genou d’Agnès se cicatrise, déclara Kivrin.
— Il a désenflé et une nouvelle croûte se forme.
Il n’en parut pas surpris et elle se demanda si elle ne s’était pas trompée en diagnostiquant une septicémie.
Au cours de la nuit, le froid cristallisa les gouttes de pluie et le lendemain matin Dame Eliwys déclara avec soulagement :
— Ils ne viendront pas.
Il était tombé près de trente centimètres de neige et des flocons descendaient encore du ciel. Imeyne poursuivait les préparatifs mais la déception l’incitait à se défouler sur Maisry.
Il cessa de neiger vers midi et deux heures plus tard le ciel se dégageait. Eliwys leur ordonna de se changer. Kivrin vêtit les enfants, surprise par la qualité de leurs chemises de soie. Agnès mit une cotte de velours rouge sombre et l’orna de sa boucle d’argent. Rosemonde avait une cotte vert forêt aux longues manches fendues et un corsage échancré qui laissait voir les broderies de sa chemise jaune. Kivrin ne savait quoi mettre mais, lorsqu’elle eut défait les tresses des filles et brossé leurs cheveux, Agnès lui suggéra :
— Vous devriez prendre votre cotte bleue.
Elle alla lui chercher ce vêtement dans le coffre placé au pied du lit. Il ne déparait plus, à présent que les enfants avaient mis leurs plus beaux atours, même si la trame était trop serrée, la teinture trop régulière.
Restait le problème posé par sa chevelure. Les célibataires la laissaient tomber librement, lors des festivités, mais ses cheveux étaient trop courts et seules les femmes mariées portaient une coiffe. Elle ne pouvait pourtant pas les laisser ainsi… c’était trop laid.
La nervosité d’Eliwys revenait avec le beau temps. Elle sursauta quand Maisry entra, puis elle la gifla sous prétexte qu’elle laissait des empreintes de pas boueuses sur le sol. Elle pensa à une douzaine de tâches oubliées, adressa des reproches à tout le monde et, quand Dame Imeyne grommela pour la douzième fois : « Si nous étions allées à Courcy… » Kivrin crut qu’elle lui arracherait les yeux.