Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Elle s’interrompit. Cette expression n’était-elle pas anachronique ? Quels récits narrait-on aux enfants, au XIVe siècle ? Des contes où il était question de loups et de sorcières dont la peau s’assombrissait lorsqu’on leur administrait l’extrême-onction.
— Il était une fois une jeune fille, commença-t-elle.
Elle attacha la clochette au poignet d’Agnès et constata que le ruban s’effilochait. Il ne supporterait pas d’autres manipulations.
— Une jeune fille qui vivait…
— Est-ce elle ? fit une voix féminine.
Kivrin leva les yeux, sur Imeyne. Elle était accompagnée par Dame Ivolde qui la dévisagea puis secoua la tête.
— Non, ce n’est pas la fille d’Uluric. Elle était brune et bien moins grande.
— La pupille de Ferrer, alors ? suggéra Imeyne.
— Elle est décédée, répondit Yvolde avant de s’adresser à Kivrin. Vous ne vous rappelez pas votre passé ?
— Non, gente Dame.
Elle se souvint à retardement qu’elle devait baisser les yeux, avec modestie.
— Elle a reçu un coup sur la tête, précisa Agnès.
— Mais vous maîtrisez toujours le langage et connaissez votre prénom. Appartenez-vous à une famille honorable ?
— Je ne saurais le dire, gente Dame.
Yvolde renifla.
— Elle a l’accent des gens de l’Ouest. Avez-vous envoyé quelqu’un se renseigner à Bath ?
— Non, dit Imeyne. Ma belle-fille attend le retour de Guillaume. Savez-vous ce qui se passe à Oxenford ?
— Non, seulement que les malades y sont nombreux.
Rosemonde approcha pour demander :
— Alors, Dame Yvolde, avez-vous pu identifier Dame Katherine ?
— Non. Qu avez-vous fait de la broche de mon frère ?
— Je… Elle est épinglée à mon manteau, balbutia Rosemonde.
— La trouveriez-vous indigne de vous ?
— Va la chercher, ordonna Imeyne. Je veux voir ce bijou.
Rosemonde redressa le menton et s’éloigna vers les paravents.
— Les présents de mon frère ne l’enthousiasment pas plus que sa présence. Elle ne lui a pas adressé une seule fois la parole, au cours du dîner.
Rosemonde revint avec son manteau, retira la broche et la remit à sa grand-mère sans faire de commentaires.
— Je veux la voir, fit Agnès.
Rosemonde se baissa pour la lui montrer.
C’était un anneau d’or serti de pierres rouges, avec une aiguille montée en son centre. Les mots Io suiicien lui dami amo étaient gravés sur son pourtour.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Agnès.
— Je l’ignore, avoua sa sœur sur un ton qui traduisait une indifférence totale.
Kivrin vit qu’Yvolde serrait les dents.
— Il est écrit : « Je représente l’être aimé », se hâta-t-elle de préciser.
Avant de prendre conscience de son erreur. Imeyne, qui semblait ne rien avoir remarqué, déclara à Rosemonde :
— Tu devrais la garder sur ton cœur, et non suspendue à une patère.
Elle prit la broche et l’épingla sur la cotte de sa petite-fille.
— Et vous feriez mieux de tenir compagnie à mon frère plutôt que de jouer comme une enfant, surenchérit Yvolde.
Elle désigna Messire Bloet qui somnolait près de l’âtre. Rosemonde implora Kivrin du regard.
— Va le remercier, ordonna Imeyne.
Rosemonde s’éloigna vers son fiancé, après avoir confié son manteau à Kivrin qui ordonna à Agnès :
— Allonge-toi. Tu dois te reposer.
— Je veux écouter le glas du Démon, protesta la fillette.
— Dame Katherine, dit Yvolde en accentuant étrangement le mot « Dame », vous prétendez que vous ne vous souvenez de rien mais vous venez de nous dire ce qui est écrit sur cette broche. Sauriez-vous lire ?
Naturellement, pensa Kivrin. Mais moins d’un tiers des contemporains en sont capables, dont très peu de femmes.
Imeyne la dévisageait suspicieusement, comme lorsqu’elle avait palpé ses vêtements et examiné ses mains.
— Non, pas même le Pater, mentit-elle en soutenant le regard de son interlocutrice. Messire Bloet l’a précisé lorsqu’il a remis cette broche à Rosemonde.
— C’est faux ! s’exclama Agnès.
— Tu ne t’intéressais qu’à ta clochette, affirma Kivrin.
Mais Dame Yvolde ne le croirait pas. Elle poserait la question à son frère, qui répondrait qu’il ne lui avait jamais adressé la parole.
Cependant, l’explication parut la satisfaire.
— Le contraire m’eût surprise, dit-elle à Imeyne.
Elle lui tendit la main et elles les laissèrent.
— Je veux ma clochette, insistait Agnès.
— Je ne la mettrai à ton poignet que si tu t’allonges.
La fillette grimpa sur ses genoux.
— Racontez-moi d’abord cette histoire.
— Il était une fois une jeune fille…
Imeyne et Yvolde s’étaient assises à côté de Messire Bloet et parlaient à Rosemonde. Elle dit quelque chose, le menton levé et les joues rouges. Son fiancé rit, toucha sa broche, caressa ses seins.
— Il était une fois une jeune fille… souffla Agnès.
— … qui vivait à l’orée d’un grand bois. « Ne va pas seule dans la forêt », lui dit son père…
— Mais elle ne l’a pas écouté, devina l’enfant en bâillant.
— Non, elle ne l’a pas écouté. Il l’aimait et ne songeait qu’à sa sécurité, mais elle ne prêtait pas attention à ses paroles.
— Qu’est-ce qu’il y avait, là-bas ?
Elle se pelotonna contre Kivrin, qui la couvrit du manteau de Rosemonde. Des brigands imaginaires, pensa-t-elle. Des vieillards lubriques, leurs sœurs revêches, des amants adultères, des époux et des juges…
— D’innombrables dangers.
— Des loups, déclara Agnès d’une voix lourde de sommeil.
— Oui, des loups.
Imeyne et Yvolde s’étaient écartées de Messire Bloet et la regardaient, en échangeant des murmures.
— Que lui est-il arrivé ? demanda Agnès.
Ses paupières se fermaient déjà et Kivrin la serra contre elle.
— Ça, j’aimerais bien le savoir, murmura-t-elle.
20
Agnès dormait depuis moins de cinq minutes quand la cloche se tut. Un instant plus tard, elle sonnait à nouveau, sur un rythme plus rapide, pour annoncer la messe.
— Le père Roche commence trop tôt, il n’est pas encore minuit, grommela dame Imeyne.
Elle n’avait pas terminé sa phrase que les autres cloches se faisaient entendre : Wychlade, Bureford et, à l’est, si loin que ce n’était qu’un vague écho, les cloches d’Oxford.
Messire Bloet se leva avec difficulté puis aida sa sœur à l’imiter. Un serviteur leur apporta un manteau et une cape doublée de fourrure d’écureuil. Les filles cherchèrent leurs houppelandes dans la pile de vêtements et les mirent sans interrompre leurs bavardages. Dame Ymeyne secoua Maisry qui s’était endormie sur le banc des mendiants et la chargea d’aller lui chercher son livre d’heures. La servante se dirigea d’un pas traînant vers l’échelle de la soupente, en bâillant. Rosemonde vint récupérer son manteau qui avait glissé des épaules de sa sœur cadette.
Agnès dormait si profondément que Kivrin hésita à la réveiller. Mais elle doutait qu’un profond épuisement fût une raison suffisante pour exempter de messe une enfant de cinq ans.
— Agnès, fit-elle à mi-voix.
— Vous devrez la porter jusqu’à l’église, lui dit Rosemonde qui n’arrivait pas à épingler sa broche.
Kivrin vit approcher le fils cadet de l’intendant. Il lui apportait son manteau, qu’il laissait traîner sur les joncs.