Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Elle sortit, d’un pas pesant.
— Même si vos manifestants sont trop ignares pour comprendre les lois de la physique, ils devraient savoir ce qu’est un transfert. L’appareil a fonctionné en direction du passé, rien n’a pu venir vers nous du Moyen Âge.
— En ce cas, Mlle Engle n’est pas en danger et peut attendre.
— Pas en danger ? Vous ne savez même pas où elle est !
— Votre tech m’a dit que le transfert avait été réussi et que le décalage était infime.
Sur ces mots, Gilchrist redescendit sa manche et la boutonna.
— Je suis certain que tout s’est passé comme prévu.
— Pas moi. Pas avant d’en avoir obtenu la confirmation.
— Dois-je vous rappeler une fois de plus que cette expérience est placée sous ma responsabilité et non la vôtre ?
Il enfila son manteau.
— Si vous décidez de boucler le labo pour calmer une poignée de cinglés, que ferez-vous pour satisfaire les illuminés qui croient à une punition divine ? Brûler vifs des boucs émissaires ?
— Vos allusions sont blessantes. Tout comme vos interventions constantes dans des domaines qui ne vous concernent pas. Il saute aux yeux que vous voulez saboter les travaux du Médiéval, lui interdire l’accès aux voyages temporels et saper mon autorité. Je remplace M. Basingame pendant son absence et en tant que recteur…
— Vous n’êtes qu’un imbécile ignorant et imbu de lui-même auquel on n’aurait jamais dû confier le Médiéval, et encore moins la sécurité de Kivrin.
— Vos insultes ne m’atteignent pas. Le laboratoire restera en quarantaine jusqu’au séquençage.
Il sortit.
Dunworthy le prit en chasse et manqua entrer en collision avec Mary. Elle était en T.P. et étudiait un graphique.
— Vous ne devinerez jamais la dernière trouvaille de Gilchrist, dit-il. Un trio de manifestants l’ont convaincu que le virus était arrivé par le transmetteur et il a bouclé le laboratoire.
Elle ne leva pas les yeux du bout de papier.
— Ce matin, Badri a parlé du relèvement et répété je ne sais combien de fois : « C’est impossible. »
Elle le regarda, l’esprit ailleurs, puis reporta son attention sur le graphique.
— Un tech a accepté d’interpréter les résultats à distance, mais Gilchrist refuse. Vous devez le convaincre que cette épidémie vient des États-Unis.
— C’est faux.
— Quoi ? Avez-vous reçu le séquençage ?
Elle secoua la tête.
— Il n’est pas terminé, mais les premiers résultats démontrent que ce n’est pas le même virus. Et je suis bien placée pour le savoir, car l’américain n’est pas mortel.
— Que voulez-vous dire ? Il est arrivé malheur à Badri ?
— Non, à Beverly Breen.
Il resta muet. Il avait pensé qu’elle citerait le nom de Latimer.
— La femme au parapluie lavande, précisa Mary avec irritation. Elle est décédée il y a quelques instants.
22 décembre 1320 (calendrier julien). Le genou d’Agnès m’inquiète. Il est rouge et douloureux (c’est un euphémisme — elle hurle quand je veux le toucher) et elle ne marche qu’avec difficulté. Je ne sais quoi faire. Si j’en parle à Dame Imeyne, elle badigeonnera la plaie avec un de ses cataplasmes puants et Eliwys a d’autres soucis.
Gawyn n’est pas revenu. Il aurait dû rentrer hier à midi, et en constatant qu’il n’était pas là pour les vêpres, elle a reproché à sa belle-mère de l’avoir envoyé à Oxford.
— Seulement à Courcy, a rétorqué Imeyne, sur la défensive. C’est la pluie qui le retarde.
— Est-ce bien vrai ? a lancé Eliwys avec colère.
Ne serait-il pas allé vous chercher un nouvel aumônier ?
Imeyne s’est levée.
— Le père Roche nous couvrirait de honte, s’il célébrait les messes de Noël devant Messire Bloet et ses gens.
— Où l’avez-vous envoyé ?
— Je lui ai confié un message pour l’évêque.
— À Bath ? a demandé Eliwys en levant la main, comme pour la frapper.
— Non, à Cirencestre. L’archidiacre séjourne à l’abbaye pour la Nativité. J’ai chargé Gawyn de lui remettre une missive qu’un homme d’église pourra porter à Bath. Mais la situation ne doit pas être catastrophique, car autrement mon fils nous aurait rejoints.
— Votre fils sera mécontent d’apprendre que nous lui avons désobéi. Il nous avait ordonné, ainsi qu’à Gawyn, de ne pas quitter le manoir jusqu’à son arrivée.
Elle était furieuse et j’ai cru qu’elle frapperait sa belle-mère. Elle avait cependant repris des couleurs en l’entendant parler de Cirencestre, et sans doute était-elle rassurée.
Mais elle ne veut pas que Gawyn aille à Bath. Craint-elle qu’il tombe dans un piège, qu’il conduise les adversaires de son époux jusqu’à nous ou que Messire Guillaume soit retenu captif dans cette ville ?
Les trois possibilités, peut-être. Elle est allée une douzaine de fois sur le seuil pour scruter la route, ce matin, et elle est aussi agressive que Rosemonde l’a été dans les bois. Elle a demandé à Imeyne si elle était certaine que l’archidiacre résidait à Cirencestre. Elle craint qu’il soit absent et que Gawyn ait pris l’initiative de porter le message à l’évêque.
Sa peur est contagieuse. Sa belle-mère reste prostrée dans un coin pour prier, Agnès gémit sans cesse et Rosemonde brode sans seulement voir son ouvrage.
J’ai amené Agnès au père Roche, cet après-midi. Elle ne peut plus poser le pied par terre et une marque rougeâtre apparaît au-dessus du genou. Je ne peux cependant établir un diagnostic car toute l’articulation est rouge et enflée.
En 1320, il n’existe aucun remède à la septicémie et je porte la responsabilité d’une éventuelle infection. Si je ne l’avais pas laissée seule pour chercher le point de transfert, elle n’aurait pas fait cette chute. Les paradoxes sont censés empêcher ma présence d’influencer la vie des membres de mon entourage mais je ne veux courir aucun risque. En théorie, je n’aurais pas dû tomber malade.
J’ai donc attendu qu’Imeyne monte dans la soupente pour porter Agnès jusqu’à l’église. Il pleuvait à seaux, à notre arrivée, mais elle ne s’en plaignait pas et j’avoue que son silence m’a effrayée plus que tout le reste.
La voix du père Roche résonnait dans la nef obscure où régnait une forte odeur de moisi.
— Messire Guillaume n’est pas revenu de Bath, je crains pour sa sécurité.
Gawyn était-il de retour ? Je me suis arrêtée pour écouter leurs commentaires sur le procès.
— Il pleut depuis deux jours et un vent glacé se lève, ajoutait le prêtre. Nous devons rentrer les moutons.
J’ai scruté la pénombre et l’ai finalement discerné. Il était agenouillé devant le jubé, mains lointes pour prier.
— Le nourrisson de l’intendant a des coliques et ne peut garder le lait de sa mère. Tabord, le garçon de ferme, est au plus mal.
Il ne priait pas en latin et s’adressait à Dieu comme à un simple mortel, sans les intonations hantantes du prêtre de la Sainte Église Re-Formée ou du vicaire.
Les contemporains voient en Dieu un être matériel qui appartient au monde physique. « Vous allez retourner d’où vous venez », m’a dit le père Roche quand j’étais à l’agonie, et c’est ce que les contemporains sont supposés avoir cru : que la chair est illusoire et sans importance, que seule l’âme compte. Ils pensent visiter l’existence comme je visite ce siècle. Je n’ai cependant obtenu guère de preuves d’un tel état d’esprit. Eliwys murmure dévotement ses Ave aux vêpres et aux matines, mais ensuite elle se lève et époussette sa coiffe en semblant penser que ses prières ne changeront rien au sort de son mari, de ses filles ou de Gawyn. Et Imeyne, malgré son reliquaire et son livre d’heures, ne se préoccupe que de son statut social. C’est seulement quand je suis entrée dans cette église humide et que j’ai entendu le père Roche s’adresser à Lui que j’ai eu la preuve que Dieu est pour ces gens un être bien réel.