Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Il vous a réclamé toute la matinée, précisa-t-elle en lui tendant une T.P.
Il l’enfila et la suivit.
— Il y a une demi-heure, il est devenu frénétique. Il répétait sans cesse qu’il avait quelque chose à vous dire. Il va un peu mieux, à présent.
Son teint était moins cadavéreux et il semblait s’être repris. Adossé aux oreillers, il gardait les mains posées sur ses genoux pliés, les paupières closes.
— M. Dunworthy est arrivé.
Il ouvrit les yeux.
— M. Dunworthy ?
— Oui. Je vous avais bien dit qu’il viendrait.
Elle inclina la tête pour désigner le visiteur.
Le tech se redressa, les yeux rivés sur un point situé droit devant lui.
Dunworthy se déplaça pour entrer dans son champ de vision.
— Je suis ici. Qu’aviez-vous à me dire ?
Badri ne le voyait toujours pas et ses mains s’agitaient. Dunworthy se tourna vers l’infirmière.
— Il n’arrête pas de pianoter, comme s’il tapait à la machine.
Elle jeta un coup d’œil aux écrans puis les laissa.
Badri paraissait effectivement utiliser un clavier imaginaire, les poignets posés sur ses genoux pendant que ses doigts s’enfonçaient dans la couverture, le regard rivé sur… un moniteur ? Finalement, il fronça les sourcils et déclara :
— C’est impossible.
Avant d’accélérer les mouvements de ses doigts.
— Qu’y a-t-il, Badri ? Qu’est-ce qui est impossible ?
— Il y a forcément une erreur.
Le tech se pencha de côté pour demander :
— Affichage des coordonnées.
Il s’adresse à la console, pensa Dunworthy. Il interprète le relèvement.
— Qu’est-ce qui est impossible ?
— Le décalage. Comparaison des données. Non, c’est impossible.
— C’est ce qui cloche ? Le décalage ?
Sans répondre, Badri entra des instructions, fit une pause pour regarder l’écran, tapa de plus belle.
— Quelle est son importance ?
Ses doigts s’immobilisèrent. Il releva les yeux.
— Si inquiet… fit-il, pensif.
— Inquiet pour quelle raison ?
Il repoussa la couverture et agrippa le montant du lit.
— Je dois trouver M. Dunworthy.
Il tira sur son cathéter et arracha le sparadrap.
Les moniteurs exprimèrent leur affolement par des bips et des crêtes frénétiques. Un signal d’alarme se déclencha à l’extérieur de la chambre. Dunworthy se pencha pour le retenir.
— Calmez-vous.
— Il est au pub, dit Badri en débranchant les fils.
Sur les écrans, les lignes s’aplatirent.
— Déconnexion, annonça une voix de synthèse. Déconnexion.
L’infirmière se rua dans la pièce.
— Seigneur, il a remis ça ! Monsieur Chaudhuri, il ne faut pas vous lever, vous allez perdre votre cathéter.
— Allez chercher M. Dunworthy ! Tout de suite ! Il y a quelque chose qui cloche.
Il se rallongea et la laissa le couvrir.
— Mais qu’est-ce qu’il fiche, bon sang ?
Dunworthy attendit qu’elle eût collé un nouveau bout de sparadrap et réinitialisé les appareils de surveillance. Le tech était désormais apathique et un hématome supplémentaire apparaissait sur son bras.
La fille ressortit en déclarant :
— Je vais lui administrer un sédatif.
— Badri, c’est M. Dunworthy. Vous vouliez me dire quelque chose. Regardez-moi, bon sang ! De quoi s’agit-il ?
L’homme le dévisagea, avec indifférence.
— Y a-t-il eu un décalage important ? Kivrin est-elle arrivée après le début de la peste noire ?
— Je n’ai pas le temps. Je suis allé là-bas samedi et dimanche.
Il se remit à tapoter la couverture.
— C’est impossible.
L’infirmière revint avec un flacon de sérum.
— Oh, parfait ! dit-il.
Et son expression se détendit, comme s’il était soulagé d’un grand poids.
— Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’avais une terrible migraine.
Il ferma les yeux. Quand la fille brancha la perfusion, il ronflait déjà. Elle fit sortir Dunworthy.
— S’il se réveille et vous réclame, où pourrai-je vous joindre ? demanda-t-elle.
Il lui donna son numéro de téléphone.
— Qu’a-t-il dit, avant mon arrivée ?
— Qu’il avait une information importante à vous communiquer.
— A-t-il parlé de rats ?
— Non, d’une fille. Karen…
— Kivrin.
Elle hocha la tête.
— C’est ça. Il a déclaré : « Je dois trouver Kivrin. Le labo est-il ouvert ? » Mais il n’a pas dit un mot sur des rongeurs. Je dois préciser que je n’ai pas tout compris.
Il jeta ses gants dans le sac-poubelle.
— Je voudrais que vous notiez tous ses propos. Ce qui est intelligible, bien sûr. Je reviendrai cet après-midi.
— Je vais essayer. Mais ça n’a presque toujours ni queue ni tête.
Il redescendit, sortit et attendit un taxi pour retourner à Balliol, joindre Andrews et lui demander de venir interpréter le relèvement.
Quand Badri avait dit : « C’est impossible », il avait dû se référer au décalage. Avait-il pu se tromper, la première fois ? Avoir pris des années pour des heures ?
— Vous irez plus vite à pied, lui conseilla le garçon au visage zébré. Vous risquez d’attendre une éternité. Les taxis ont été réquisitionnés par ce putain de gouvernement.
Il en désigna un qui s’arrêtait devant les Urgences. On pouvait lire « M.S. » sur une glace latérale.
Dunworthy le remercia et partit pour Balliol. Il pleuvait à nouveau et il marchait d’un pas rapide, en espérant qu’Andrews avait téléphoné et arriverait sous peu. « Allez chercher M. Dunworthy ! avait dit Badri. Tout de suite ! Il y a quelque chose qui cloche. » Sans doute revivait-il l’instant où il avait obtenu le relèvement et décidé d’aller le chercher au Lamb and Cross. « C’est impossible », avait-il ajouté.
Ce fut au pas de course que Dunworthy traversa la cour et gravit l’escalier. Il craignait que les tintements des clochettes n’aient couvert la sonnerie du téléphone, mais lorsqu’il ouvrit la porte il vit les carillonneuses réunies en cercle au milieu du salon, réglementairement masquées, les bras levés et les paumes tournées vers le ciel, comme en supplication. Elles baissèrent les bras et s’agenouillèrent l’une après l’autre, dans un silence solennel.
— Le garçon de courses de M. Basingame a appelé, dit Mlle Taylor qui se releva et s’inclina devant lui. Il pense que le recteur est quelque part dans les Highlands. Et M.Andrews voudrait que vous le rappeliez.
Dunworthy composa son indicatif, profondément soulagé. Pendant l’attente, il observa le ballet et essaya d’en analyser la chorégraphie. Mlle Taylor montait et descendait régulièrement mais les autres femmes effectuaient d’étranges courbettes désordonnées. La plus grosse, Mme Piantini, comptait à voix basse, les sourcils froncés par une concentration intense.
— L’accès au secteur en quarantaine n’est pas réglementé, dit-il dès que le tech décrocha. Quand arriverez-vous ?
— Le problème, c’est que je n’ai pas tellement envie d’aller vous rejoindre, répondit Andrews. J’ai vu des reportages, à la télé. Ils disent que cette grippe indienne est très dangereuse.
— Vous n’aurez pas à côtoyer des malades. Je peux faire en sorte que vous soyez directement conduit au labo.
— Les journalistes mettent en cause le chauffage de la faculté.
— Ces appareils ont plus d’un siècle. Ils ne diffusent ni chaleur ni virus.