Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Papa ! s’exclama-t-elle.
Elle fit la moue et ajouta d’une voix enfantine :
— J’ai été polissonne. J’ai mangé tout le gâteau d’anniversaire et maintenant j’ai bobo à mon ven-ventre.
— Voyez-vous ce que je veux dire, monsieur ? s’enquit Finch.
— Ce sont les Indiens qui arrivent, papa ? J’aime pas les Indiens. Ils sont méchants. Ils ont des arcs et des flèches.
La convaincre de s’allonger sur le canapé d’une salle de conférences leur prit jusqu’à l’aube. Dunworthy s’était finalement résolu à lui dire :
— Papa veut que sa gentille fifille fasse un gros dodo.
L’ambulance arriva sitôt après.
— Papa ! gémit la vieille dame lorsque les portes du véhicule se refermèrent. Ne me laisse pas toute seule !
— Ô Seigneur ! grommela Finch. L’heure du breakfast est passée. J’espère que ces goulues n’ont pas dévoré la totalité du bacon.
Il alla rationner les vivres pendant que Dunworthy retournait chez lui pour attendre le coup de fil d’Andrews. Dans l’escalier, il croisa Colin qui enfilait sa veste tout en mangeant une tartine.
— Le vicaire m’a demandé de participer à une collecte de vêtements pour les gens qui sont bloqués ici, fit-il, la bouche pleine. Grand-tante Mary a téléphoné et voudrait que vous la rappeliez.
— Rien d’Andrews ?
— Non.
— La vid a été rétablie ?
— Non.
— N’oublie pas ton masque. Ni ton cache-nez !
Il composa l’indicatif de l’hôpital puis attendit cinq bonnes minutes que Mary vînt prendre le combiné.
— James ? Badri vous réclame.
— Son état s’est donc amélioré ?
— Non. Il est toujours très agité, avec une forte fièvre. Mais il affirme qu’il a quelque chose à vous dire. Si vous pouviez venir, ça le calmerait peut-être.
— A-t-il encore parlé de la peste ?
— La peste ? Ne me dites pas que vous avez gobé ces rumeurs stupides, ces histoires de choléra…
— Hier soir, il a dit : « Les rats » et : « Elle a tué la moitié des Européens. »
— Il délirait, James. C’est ridicule.
Quand la vieille femme avait parlé d’Indiens armés d’arcs et de flèches, il ne s’était pas attendu à voir une bande de Sioux attaquer la faculté. Badri croyait avoir la peste comme elle avait attribué ses malaises à une indigestion, tout simplement.
Il répondit malgré tout qu’il ferait un saut à l’hôpital sitôt après avoir fourni des instructions à son secrétaire. Andrews les contacterait sous peu et il ne pouvait laisser son téléphone sans surveillance. Il regretta de ne pas avoir demandé à Colin d’assurer une permanence.
Finch devait être au réfectoire, prêt à sacrifier sa vie pour défendre le bacon. Il décrocha le combiné afin d’inciter le tech à croire qu’il était à son domicile et traversa la cour.
Mlle Taylor l’intercepta à la porte.
— J’allais vous chercher, dit-elle. J’ai appris que certaines d’entre nous ont attrapé ce virus.
— C’est exact, répondit-il.
Il regardait derrière la femme, dans l’espoir de voir son secrétaire.
— Seigneur, serions-nous toutes en danger ?
Finch n’était visible nulle part.
— Combien dure la période d’incubation ?
— De douze à vingt-quatre heures.
Il tendit le cou, pour mieux voir.
— Ce serait catastrophique si l’une d’entre nous tombait malade pendant le concert. Nous sommes des traditionalistes, voyez-vous ? Nos règles sont très strictes.
Il s’étonna que les traditionalistes, quelles que puissent être leurs différences avec les progressistes, aient songé à établir des règles concernant les carillonneuses grippées.
— Règle numéro trois, citait Mlle Taylor : « Un sonneur ne doit sous aucun prétexte lâcher sa corde. » Il est impossible de le remplacer au pied levé. En outre, le rythme serait rompu.
Il se représenta une de ces femmes qui tombait par terre et était expédiée d’un coup de pied dans les coulisses.
— Il n’y a pas de signes avant-coureurs ?
— Non.
— La circulaire du ministère de la Santé parle de maux de tête, mais les tintements des cloches nous donnent toujours d’épouvantables migraines.
À moi aussi, pensa-t-il en cherchant du regard William Meager ou un autre élève qu’il pourrait charger de répondre au téléphone.
— Si nous appartenions au Conseil, ce serait sans importance. Ses membres sont libres de faire ce qui leur chante. À New York, elles étaient dix-neuf. Je dis bien dix-neuf ! Pouvez-vous imaginer une chose pareille ?
Il ne voyait personne. Finch avait dû se retrancher dans l’office et Colin était loin. Il demanda :
— Avez-vous encore besoin d’une salle de répétition ?
— Oui, sauf si l’une d’entre nous tombe malade. Nous pourrions naturellement jouer Stedmans, mais ce ne serait pas la même chose, n’est-ce pas ?
— Je vous propose mon salon, à condition que vous répondiez au téléphone et preniez les messages. J’attends un coup de fil important.
Il la conduisit à son appartement.
— C’est minuscule, fit-elle. Je me demande si nous pourrons travailler nos mouvements. Nous autorisez-vous à déplacer quelques meubles ?
— Faites comme chez vous. Quand un certain M. Andrews appellera, précisez-lui qu’il n’aura pas besoin d’une autorisation pour entrer dans le secteur en quarantaine. Dites-lui de venir directement à Brasenose.
— Je veux bien vous rendre ce service. Et ce sera toujours mieux qu’une cafétéria pleine de courants d’air.
Il se demanda s’il ne venait pas de commettre une erreur puis se hâta d’aller voir Badri. Cet homme avait une révélation à lui faire. Elle les a tous tués. La moitié des Européens.
Il bruinait et les Eurosceptiques regroupés devant l’hôpital avaient été rejoints par des garçons de l’âge de Colin au visage couvert de décalcomanies noires qui psalmodiaient :
— Libérez nos familles !
L’un d’eux saisit le bras de Dunworthy et colla sa face striée à son masque pour lui dire :
— Le gouvernement n’a pas le droit de retenir les gens contre leur volonté !
— Ne sois pas stupide, mon garçon, rétorqua Dunworthy. Tu tiens vraiment à ce qu’il y ait une nouvelle Pandémie ?
L’adolescent le lâcha aussitôt.
Les Urgences étaient encombrées de malades allongés sur des chariots. Près de l’ascenseur, une grosse infirmière en T.P. tenait un livre recouvert de polyéthylène et lisait quelque chose à un de ces nouveaux arrivants :
— « Allez et versez sur la terre »…
Dunworthy fut pris de panique en découvrant que ce n’était pas un membre du personnel hospitalier mais Mme Meager.
— … « les sept bols de la colère de Dieu. »
Elle s’interrompit et feuilleta la Bible en quête d’un autre passage réconfortant. Il emprunta un corridor latéral et prit un escalier, reconnaissant au ministère de la Santé de leur avoir distribué des masques.
Il s’enfuit, poursuivi par la voix qui annonçait :
— « Ils seront exterminés par la faim, consumés par la fièvre et par la peste meurtrière »…
Et surtout par Mme Meager qui leur lira les Saintes Écritures pour leur remonter le moral, pensa-t-il.
Il atteignit le secteur d’isolement qui occupait désormais la quasi-totalité du premier étage.
— Vous voilà enfin ! dit la jeune infirmière blonde.
Et il se demanda s’il devait l’informer de la présence de la mère de William.