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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Les femmes se tournèrent d’un bloc pour le regarder, sans rompre le rythme de leur étrange pantomime.

— Il n’existe aucun lien avec un mode de chauffage, l’Inde, ou la colère divine. Ce virus vient de Caroline du Sud et nous allons recevoir un vaccin.

— J’hésite malgré tout.

Les carillonneuses interrompirent leurs mouvements.

— Désolée, fit Mme Piantini.

Elles reprirent au début.

— Il faut absolument interpréter ce relèvement.

Nous avons envoyé une historienne en 1320 et nous ne connaissons pas l’importance du décalage. Je vous ferai attribuer une prime de risque, promit Dunworthy avant de prendre conscience que ce n’était pas ainsi qu’il rassurerait son interlocuteur. Vous recevrez une combinaison protectrice ou…

— Je pourrais faire ça à distance, suggéra Andrews. Une de mes amies qui poursuit ses études à Shrewsbury se fera un plaisir d’installer un modem. C’est ce que je peux vous proposer de mieux. Désolé.

— Désolée, répéta Mme Piantini.

— Non, non, dit Mlle Taylor. Mouvement latéral, deux-trois, levé-baissé, trois-quatre, baissé, puis jusqu’en bas. Et regardez vos camarades, pas le plancher. Un, deux, trois…

Elles reprirent leur menuet.

— Je ne peux pas courir ce risque, disait Andrews.

Il était clair qu’il ne se laisserait pas convaincre.

— Comment s’appelle votre amie ?

Andrews poussa un soupir de soulagement.

— Polly Wilson, fit-il avant de dicter un numéro de téléphone. Demandez-lui d’installer un modem pour relier votre appareil au mien.

Il alla pour raccrocher.

— Un instant ! cria Dunworthy.

Ce qui lui valut d’être foudroyé du regard par les Américaines.

— Quel pourrait être le décalage maximum, en 1320 ?

— Aucune idée. Trop de facteurs entrent en ligne de compte.

— Une approximation. Peut-on envisager vingt-huit ans ?

— Vingt-huit ans ? Ça m’étonnerait. Plus on va loin dans le temps, plus l’écart a tendance à s’amplifier, mais ce n’est pas exponentiel. La fourchette est mentionnée dans le relevé des paramètres.

— Le Médiéval s’en est passé.

— Ils ont expédié un historien au Moyen Âge sans rien vérifier au préalable ? demanda Andrews, visiblement choqué.

— C’est pour cela qu’il est essentiel d’interpréter le relèvement.

L’homme grimaça.

— À distance, se hâta d’ajouter Dunworthy. Jésus a un transmetteur portable installé à Londres. Pourriez-vous y aller et faire des prévisions pour un transfert à midi le treize décembre 1320 ?

— Quelles sont les coordonnées géographiques ?

— J’en prendrai connaissance en allant à Brasenose. Téléphonez-moi ici dès que vous aurez déterminé le décalage maximum. Pouvez-vous vous en charger ?

— Oui, fit Andrews qui semblait toutefois en douter.

— Parfait. Je vais joindre cette Polly Wilson. Je vous rappellerai dès que tout sera prêt.

Il raccrocha, sans lui laisser le temps de se défiler.

Il observa les carillonneuses. Les mouvements étaient compliqués, mais Mme Piantini ne perdait plus la cadence.

Il téléphona à Polly Wilson et lui indiqua ce que voulait Andrews. Il se demandait si elle avait regardé les informations et se dirait effrayée par le chauffage de Brasenose, mais elle répondit :

— Je dois me procurer le matériel. On se retrouve là-bas dans trois quarts d’heure.

Il laissa les carillonneuses jouer aux ludions et alla à Brasenose. La pluie s’était calmée et les passants étaient plus nombreux, bien que la plupart des magasins soient fermés. Par ailleurs, le responsable du carillon de Carfax avait dû attraper la grippe ou estimer qu’il n’était pas utile d’aller travailler en période de quarantaine car on entendait toujours « Noël blanc », à moins que ce fût « Ô sombre nuit entre le bœuf et l’âne gris ».

Il vit trois manifestants devant une épicerie indienne et une demi-douzaine devant Brasenose. Ces derniers brandissaient une grande banderole proclamant : « VOYAGE DANS LE PASSÉ = SANTÉ EN DANGER. » Il reconnut parmi eux la paramed de l’ambulance.

Un chauffage, la C.E. et le voyage temporel. Pendant la Pandémie on avait accusé le système de protection sociale des États-Unis et les climatiseurs. Au Moyen Âge, c’étaient Satan et les comètes qui avaient porté le chapeau. Quand on annoncerait que le virus venait de Caroline du Sud, Confédérés et hamburgers seraient cloués au pilori.

Il franchit la grille et alla dans la loge du concierge. Le sapin de Noël était au bout du comptoir, avec l’angelot perché à son sommet.

— Une étudiante de Shrewsbury va venir me rejoindre pour installer du matériel de télécommunication, annonça-t-il à l’homme.

— L’accès au laboratoire est interdit.

— Interdit ?

— Oui, monsieur. Nul ne peut y entrer.

— Pourquoi ? Que s’est-il passé ?

— À cause de l’épidémie, monsieur.

— L’épidémie ?

— Vous devriez en discuter avec M. Gilchrist.

— J’en ai la ferme intention. Annoncez-lui que je suis ici, et que je dois absolument entrer dans le labo.

— Je crains qu’il se soit absenté.

— Où est-il ?

— À l’hôpital, je crois. Il…

Dunworthy n’attendit pas la suite. À mi-chemin de l’établissement de soins, il lui vint à l’esprit que Polly Wilson se demanderait où il était passé et, lorsqu’il arriva à destination, que Gilchrist avait peut-être attrapé le virus.

C’est bien fait pour lui, se dit-il. Mais cet homme était dans la salle d’attente, frais et dispos sous son masque réglementaire. Il remontait sa manche pour l’injection que préparait une infirmière.

— Votre concierge m’a informé que vous aviez interdit l’accès au labo, dit aussitôt Dunworthy. Je dois y entrer. J’ai trouvé un tech qui interprétera le relèvement à distance dès que nous aurons installé un modem.

— C’est impossible. Le labo restera fermé jusqu’à l’identification du virus.

— Nous savons qu’il vient de Caroline du Sud.

— C’est une simple supposition. En attendant les résultats des analyses, nous ne devons courir aucun risque. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser…

Il s’avança vers l’infirmière et Dunworthy tendit le bras pour le retenir.

— Quels risques ?

— Le public pense que le virus est arrivé par le transmetteur.

— Quel public ? Les trois timbrés qui agitent une banderole devant Brasenose ? cria-t-il.

— Vous êtes dans un hôpital, lui rappela l’infirmière. Baissez la voix, s’il vous plaît.

Il n’en fit aucun cas.

— Certaines personnes pensent que l’épidémie aurait pu être évitée si la politique d’immigration était plus stricte. Souhaitez-vous pour autant que l’Angleterre sorte de la Communauté ?

— En tant que remplaçant du recteur de la Faculté d’Histoire, j’ai pour mission de sauvegarder les intérêts de l’Université. Nous devons ménager la population, apaiser les esprits en fermant le labo jusqu’à l’arrivée du séquençage. S’il est confirmé que c’est le virus américain, je lèverai immédiatement cette mesure.

— Et entre-temps, que deviendra Kivrin ?

— Si vous ne baissez pas la voix, j’avertirai le docteur Ahrens, le menaça l’infirmière.

— Parfait ! Allez la chercher, rétorqua-t-il. Elle pourra ainsi constater que le raisonnement de M. Gilchrist est ridicule. Ce virus n’a pu arriver par le transmetteur.

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