Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Des serviteurs, également vêtus de leurs plus beaux atours, emportaient des paniers et une grosse oie dans les cuisines. Des palefreniers guidaient les chevaux vers les écuries. Gawyn, toujours monté sur Gringolet, se penchait pour parler à Imeyne. Kivrin l’entendit déclarer :
— Non, l’évêque est à Wiveliscombe.
Mais la belle-mère d’Eliwys n’en parut pas dépitée et Kivrin en conclut que quelqu’un se chargerait de transmettre le message laissé à l’archidiacre.
Imeyne se tourna pour aider une jeune femme en manteau d’un bleu encore plus vif que la cotte du XXIe siècle à descendre de cheval. Elle la guida ensuite vers sa bru, qui sourit en la voyant.
Kivrin tentait de déterminer qui pouvait être Messire Bloet, mais il y avait au moins une demi-douzaine de cavaliers aux brides incrustées d’argent et au manteau doublé de fourrure. Aucun n’était particulièrement décrépit et quelques-uns avaient même un physique agréable. Elle se tourna pour demander à Agnès de la renseigner, mais la fillette était retenue captive par la dame à la coiffe démesurée qui tapotait sa chevelure et lui disait :
— Tu as tellement grandi que j’ai failli ne pas te reconnaître.
Kivrin sourit. Certaines choses ne changeraient décidément jamais.
Les rouquins étaient nombreux, dans l’entourage de Messire Bloet. Il y avait entre autres une femme aussi âgée qu’Imeyne dont la chevelure tombait librement dans son dos. Cette vieille fille à la bouche pincée paraissait mécontente de la façon dont les serviteurs s’y prenaient pour décharger leurs bagages. Elle arracha un panier lourdement chargé des mains d’une fille qui ne savait comment le tenir et le lança à un individu obèse en cotte de velours vert.
— Messire Bloet ! cria Agnès.
Elle se précipita vers le gros homme.
Oh, non ! pensa Kivrin. Elle l’avait pris pour l’époux de la mégère rouquine ou de la femme à la coiffe empesée. Ce quinquagénaire pesait plus de cent vingt kilos et le sourire qu’il adressa à la fillette révéla des rangées de dents noircies par les caries.
— M’avez-vous apporté quelque chose ? demanda Agnès qui tiraillait l’ourlet de sa cotte.
— Certes, fit-il. Pour toi et pour ta sœur.
Il se détourna afin d’observer Rosemonde qui s’entretenait avec les autres jeunes filles.
— Je vais aller la chercher, proposa Agnès.
Elle partit en courant, avant que Kivrin ne pût intervenir. Bloet la suivit d’un pas pesant et les filles gloussèrent et s’égaillèrent en le voyant approcher. Rosemonde foudroya sa sœur du regard puis sourit et tendit la main.
— Bonjour, soyez le bienvenu, dit-elle.
Ses joues pâles s’empourpraient, mais Bloet dut attribuer cette réaction à de la timidité, ou à la joie de le voir. Il prit les doigts délicats dans sa main adipeuse et déclara :
— C’est avec moins de formalisme que vous accueillerez votre époux, au printemps.
Elle rougit plus encore.
— Nous ne sommes qu’en hiver, Messire.
— Mais Pâques approche, dit-il avant de rire.
— Où est mon présent ? insista Agnès.
— Comment oses-tu demander quelque chose à un invité ? s’écria Eliwys en rejoignant ses filles.
Elle sourit à Messire Bloet. Si elle n’approuvait pas cette union, elle n’en laissait rien paraître.
— Chose promise, chose due, dit l’homme en glissant la main dans sa ceinture trop serrée pour prendre une petite bourse en toile. Un cadeau pour ma belle-sœur et un cadeau pour ma fiancée.
— Il sortit une broche sertie de pierres.
— Un témoignage de mon amour pour ma future épouse. Vous devrez penser à moi chaque fois que vous la mettrez.
Il s’avança pour l’épingler au manteau de Rosemonde, le souffle court, et Kivrin pria le Ciel pour qu’il fût terrassé par un infarctus. Rosemonde demeura immobile pendant que les doigts boudinés de l’homme effleuraient son cou.
— Des rubis ! s’exclama Eliwys. Qu’attends-tu pour remercier ton fiancé, ma fille ?
— Merci, dit Rosemonde d’une voix plate.
— Et moi ? rappela Agnès qui sautillait d’un pied sur l’autre.
Il plongea à nouveau la main dans la bourse et dissimula quelque chose dans son poing. Il se pencha, très lentement, et ouvrit la main.
— Une clochette ! fit Agnès, aux anges.
Elle leva et secoua l’objet en cuivre surmonté d’un anneau. Puis elle demanda à Kivrin de l’accompagner à l’intérieur. Elle voulait monter chercher dans la soupente un ruban qui lui permettrait de le porter à son poignet.
— Mon père me l’a rapporté de la foire, expliqua-t-elle.
Le bout de tissu était si raide que Kivrin eut des difficultés à le glisser dans l’anneau. Même le bolduc utilisé pour attacher les paquets était plus souple.
Kivrin le noua et elles redescendirent. Une animation intense régnait dans la maison. Les serviteurs apportaient des coffres, de la literie, des versions moyenâgeuses des sacs de voyage et des vanity-cases. Elle cessa de craindre que Messire Bloet décidât de l’emmener avec sa suite. Cet homme et ses gens semblaient avoir l’intention de passer ici tout l’hiver.
Elle n’avait pas non plus à craindre qu’ils parlent de son avenir. Nul ne lui avait prêté attention, même quand Agnès était allée montrer son bracelet à sa mère. Eliwys s’entretenait avec Bloet, Gawyn et un des nouveaux venus. À la voir tordre ses mains, on pouvait présumer que les nouvelles étaient mauvaises.
À l’autre bout de la salle. Dame Imeyne s’adressait à la femme corpulente et à un homme blême en robe du clergé. Sans doute se plaignait-elle du père Roche.
Kivrin profita de la confusion pour demander à Rosemonde de lui indiquer qui était qui. L’individu au teint blafard était l’aumônier de Messire Bloet, ce qu’elle avait déjà compris. La jeune femme en manteau bleu vif était sa fille adoptive. La matrone à la coiffe empesée, sa belle-sœur venue du Dorset séjourner à Courcy, était la mère des deux jeunes rouquins et des filles rieuses. Messire Bloet n’avait pas d’enfants.
C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il voulait en épouser une, ce qui ne choquait apparemment personne. Au XIVe siècle, perpétuer la lignée était très important et plus la mariée était jeune, plus grandes étaient les chances d’avoir suffisamment de fils pour que l’un d’eux survécût jusqu’à l’âge adulte, même si la mère devait mourir en couches.
La mégère aux cheveux roux était Dame Yvolde, sa sœur célibataire. Elle vivait avec lui et gardait son trousseau de clés à la ceinture, ce qui signifiait qu’elle dirigeait la maisonnée.
— Qui sont les autres ? voulut savoir Kivrin.
Elle espérait que Rosemonde aurait quelques alliés dans sa future demeure.
— Des serviteurs, répondit l’enfant avant de courir rejoindre les autres filles.
Ils étaient au moins une vingtaine, sans compter les garçons d’écurie qui s’occupaient des chevaux, et nul ne semblait s’étonner de leur grand nombre. Elle avait lu que les nobles s’entouraient de douzaines de domestiques mais cru à une exagération. Eliwys et Imeyne venaient de faire appel à la main-d’œuvre locale pour préparer les festivités et, quoique consciente de la précarité de leur situation, elle avait conclu que les historiens se trompaient. C’était elle qui avait été dans l’erreur.
Ils allaient servir le souper, bien que la veille de Noël fût un jour de jeûne. Et dès que l’aumônier termina de lire les vêpres, sans doute à la demande de Dame Imeyne, une meute de valets apportèrent un repas composé de pain, de vin coupé d’eau et de morue séchée mise à tremper puis grillée.