Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Que font les villageois ? Les murs de leurs huttes sont perméables au vent et je n’ai vu aucune couverture dans le taudis que j’ai visité. Ils doivent grelotter. Et l’intendant a annoncé qu’il pleuvrait jusqu’à Noël, à en croire Rosemonde qui m’a demandé d’excuser sa conduite en précisant : « Ma sœur m’avait irritée. »
Agnès n’est pas en cause. C’est d’apprendre que sa grand-mère avait invité Messire Bloet qui l’a bouleversée. Quand j’ai été seule avec elle, je l’ai interrogée sur les sentiments que lui inspirait ce mariage.
— C’est la volonté de mon père, m’a-t-elle répondu en enfilant son aiguille. Nous nous sommes fiancés pour la Saint-Martin et nos noces seront célébrées à Pâques.
— Avec votre consentement ? lui ai-je demandé.
— Messire Bloet est un beau parti. Il a un rang élevé et des terres contiguës aux nôtres.
— L’aimez-vous ?
Elle a planté l’aiguille dans le tissu tendu sur le cadre de bois et tiré le long fil en disant :
— Mon père ne veut que mon bien.
Et c’est tout. Quant à Agnès, elle se contente de répéter que Messire Bloet est gentil et lui a donné un penny d’argent.
Elle a cessé de se plaindre de son genou à mi chemin du manoir, pour boiter comme une estropiée sitôt descendue de l’alezan. J’ai cru qu’elle voulait attirer l’attention mais j’ai changé d’avis après avoir examiné la blessure. La croûte a été entièrement arrachée et la jambe est rouge et enflée sur tout le pourtour de la plaie.
Je l’ai lavée, puis bandée avec le bout de tissu le plus propre que j’aie pu trouver (peut-être une des coiffes d’Imeyne) mais je redoute une infection. Les antimicrobiens n’existent pas encore, au XIVe siècle.
Eliwys a attendu Gawyn près des paravents et de la porte presque tout le jour. Je ne saurais dire quels sentiments il lui inspire. Parfois, comme aujourd’hui, elle semble à la fois l’aimer et en redouter les conséquences. L’adultère est un péché mortel, dangereux pour ceux qui s’y abandonnent. Mais la plupart du temps tout laisse présumer que la passion de Gawyn n’est pas payée de retour, que le sort de Guillaume inquiète trop Eliwys pour qu’elle puisse prêter attention à son privé.
La dame pure, inaccessible, est l’idéal de l’amour courtois. Mais il est évident que Gawyn aimerait voir ses espérances se concrétiser. Il m’a secourue et a raconté cette histoire de renégats dans le seul but de l’impressionner. Il ferait n’importe quoi pour gagner son cœur, et Dame Imeyne en est consciente. Je la soupçonne de l’avoir envoyé à Courcy pour cette unique raison.
18
On signala deux nouveaux cas parmi les pensionnaires involontaires de Balliol. Dunworthy envoya Colin se coucher et téléphona à l’hôpital.
— Nous n’avons plus d’ambulances disponibles, s’entendit-il répondre. Nous vous en enverrons une dès que possible.
Autrement dit, minuit. Il ne regagna son appartement qu’à une heure du matin.
Colin dormait sur le canapé, Le Temps des Chevaliers posé près de sa tête. Dunworthy eût souhaité ranger le livre, mais il craignait de réveiller l’enfant et il alla se glisser dans son lit.
La peste ne pouvait menacer Kivrin. Badri parlait d’un décalage de quatre heures et l’épidémie n’avait atteint l’Angleterre qu’en 1348. Près de trente ans plus tard.
Il se tourna et ferma les yeux. Badri délirait. Il tenait des propos sans queue ni tête. Il parlait aussi bien de casse-tête chinois que de peste et de rats. Ses déclarations étaient absurdes, attribuables à la fièvre. Il lui avait même remis un message imaginaire. Rien de tout cela n’avait le moindre sens.
Les contemporains ignoraient que les rats étaient les propagateurs de la peste. Ils avaient accusé tout le monde… les Juifs, les sorcières et les fous. Ils avaient lynché les simples d’esprit, pendu les femmes âgées et brûlé les étrangers.
Il se leva et retourna dans le salon. Il contourna Colin sur la pointe des pieds et récupéra Le Temps des Chevaliers. L’enfant changea de position mais ne se réveilla pas.
Dunworthy alla s’asseoir devant la fenêtre pour consulter le chapitre consacré à la peste noire. L’épidémie avait débuté en Chine en 1333 puis voyagé sur des navires marchands jusqu’à Messine, en Sicile. Elle s’était ensuite répandue en Italie et en France — quatre-vingt mille morts à Sienne, cent mille à Florence, trois cent mille à Rome — puis avait traversé la Manche. Elle était arrivée en Angleterre en 1348, « peu avant la fête de saint Jean-Baptiste », le vingt-quatre juin.
Vingt-huit ans plus tard, alors que Badri parlait d’un décalage insignifiant.
Il s’étira au-dessus du canapé pour prendre les Pandémies de Fitzwiller dans sa bibliothèque.
— Que faites-vous ? lui demanda Colin, d’une voix pâteuse de sommeil.
— Je me renseigne sur la peste noire. Rendors-toi.
— Ils l’appelaient la maladie bleue, à l’époque.
Après avoir apporté cette précision, Colin se tourna vers le mur et Dunworthy emporta les deux livres dans sa chambre. Pour Fitzwiller, la peste était arrivée en Angleterre le jour de la Saint Pierre, le vingt-neuf juin 1348. Elle avait atteint Oxford en décembre, Londres en octobre 1349, puis elle s’était déplacée vers le nord et, de l’autre côté de la Manche, vers les Pays-Bas et la Norvège. Toute l’Europe occidentale avait été touchée, sauf la Bohême et la Pologne qui avaient fermé leurs frontières et, fait inexplicable, certaines régions d’Écosse.
La peste dévastait les autres contrées telle une légion d’Anges exterminateurs, ne laissant sur son passage aucun survivant pour administrer l’extrême-onction et enterrer les cadavres. Dans un monastère, elle n’avait épargné qu’un seul moine.
Ce rescapé, John Clyn, avait laissé une chronique. « Et, de crainte que les hommes oublient ce dont ils doivent se souvenir, moi qui ai vu tant de souffrances et le monde entier sous l’emprise du Malin, moi qui étais parmi les morts et attendais le trépas, j’ai voulu porter témoignage. »
Il avait tout noté avec la précision d’un historien, avant de succomber à son tour. Au bas de la dernière page de son manuscrit, une autre main avait écrit : « Ici, semble-t-il, l’auteur s’est éteint. »
On frappa à la porte. C’était Finch, en robe de chambre.
— Une autre, annonça-t-il.
Dunworthy lui fit signe de se taire et sortit de l’appartement.
— Avez-vous joint l’hôpital ?
— Oui, monsieur. Il faudra attendre plusieurs heures une ambulance. On m’a conseillé de l’isoler et de lui donner de la dimantadine, ainsi que du jus d’orange.
— Dont nous sommes à court, je présume ?
— En effet, monsieur. Mais le problème n’est pas là. Elle refuse de coopérer.
Dunworthy s’habilla, chercha son masque réglementaire et accompagna Finch vers Salvin. Il vit sur le seuil un assortiment disparate de femmes en sous-vêtements, manteaux et couvertures. Seules quelques-unes portaient leur masque. Les autres ne tarderont guère à être contaminées à leur tour, pensa-t-il.
— Vous voici enfin ! dit l’une d’elles. Nous n’arrivons pas à lui faire entendre raison.
Finch le précéda vers une petite vieille aux cheveux blancs épars et aux yeux brillants de fièvre debout sur un lit.
— Vade rétro, Satanas ! cria-t-elle en voyant le secrétaire.
Elle abattit sa main dans sa direction puis fixa Dunworthy.