Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Hostiles… les Tulat ?
— Qui d’autre ? Mais je veillerai à ce que le corps d’Aryuk repose loin d’ici, avec son spectre lié à lui. Celui-qui-Répond me donnera les mots et les outils nécessaires à cette tâche.
— As-tu l’intention de le tuer ? »
Un murmure de surprise souligna le crépitement du foyer. « Bien sûr, dit Loup-Rouge. Nous ne pouvons laisser une Souris tuer un membre du peuple sans être châtiée.
— Nous devrions tuer plusieurs Souris, gronda Lame-Brisée.
— Non, non, fit Loup-Rouge. Comment percevrions-nous leur tribut ? Il faut les calmer, mais je pense que la mort d’Aryuk y suffira.
— Et si nous échouons à le tuer ?
— Il est vrai que nous devons venger Renard-Véloce. Nous verrons ce qu’il adviendra.
— J’aimerais que vous vous absteniez », dit Corwin, regrettant tout de suite ses propos. Il avait pensé à la réaction de Wanda à son retour d’expédition.
Les visages qui lui faisaient face se durcirent. Celui-qui-Répond leva la tête et coassa avec une joie malicieuse : « Ainsi, tu chéris le Peuple des Souris ! Qu’y a-t-il entre toi et lui ? C’est ce que nous voulions découvrir, Renard-Véloce et moi, et il en est mort.
— Il n’y a rien, répondit Corwin. Vous avez agi pour rien. Cheveux-de-Soleil et moi avons dit vrai : nous sommes seulement de passage ici et, dans un temps, nous repartirons pour toujours. Nous voulons seulement être les amis de… les amis de tous.
— Toi, peut-être. Mais elle ?
— Je réponds d’elle. » Corwin comprit qu’il avait intérêt à se montrer ferme. Il prit un ton autoritaire pour déclarer : « Entendez-moi. Réfléchissez. Si nous étions animés de mauvaises intentions à l’égard du Peuple des Nuages, aurions-nous besoin de les dissimuler ? Vous avez vu un peu de ce dont nous sommes capables. Un petit peu. »
Loup-Rouge agita les mains en signe d’apaisement. « Bien parlé, dit-il à voix basse. Mais, Grand-Homme, à mon avis, il vaut mieux que tu t’assures que ta femme Cheveux-de-Soleil ne se mêlera pas de cette affaire.
— C’est entendu, promit Corwin. Oui, c’est entendu. Elle ne doit rien faire. Telle est la loi de notre tribu. »
VIII.
Un jeune chasseur marche vite. Comme ils ne s’étaient accordé que de brèves pauses pour manger et se reposer, Loup-Rouge et ses compagnons atteignirent le Fleuve des Aulnes le lendemain de leur départ, à la nuit tombée. Le Lièvre Noir rongeait le disque de la lune, dont l’éclat découpait néanmoins les nuages, la neige et la glace en plages de lumière et ravines d’ombre. Les trois huttes étaient toujours là, un peu de guingois. Loup-Rouge inspira profondément et cala un os magique entre ses dents avant de s’enhardir à pénétrer dans celle dont l’entrée était bloquée. Une fois dans cet antre de ténèbres, il posa la main sur quelque chose de plus froid que l’air. Quoique familier de la mort, il s’empressa de la retirer.
Maîtrisant sa terreur, il fit une nouvelle tentative. Oui, c’était un visage rigide sous ses doigts. « Renard-Véloce, c’est moi, Loup-Rouge, je suis venu te rendre ton honneur », marmonna-t-il sans recracher son os. Il agrippa la tunique du mort et le tira vers l’extérieur.
Le clair de lune grisaillait sa peau. Renard-Véloce était aussi gelé que le fleuve et la mer. Du sang coagulé lui noircissait la tempe gauche et le menton. Tout aussi noires étaient sa bouche béante et ses horribles orbites vides.
Les chasseurs s’accroupirent autour de lui. « Ils lui ont arraché les yeux, murmura Lame-Brisée. Pourquoi ?
— Pour aveugler son spectre, de crainte qu’il ne les pourchasse ? hasarda Pointe-de-Lance.
— Leurs spectres souffriront plus encore, gronda Eau-Blanche.
— Suffît ! dit Loup-Rouge. Parler de ces choses apporte le malheur, surtout en pleine nuit. Nous en saurons davantage au matin. Conduisons-le à l’écart de ce lieu maudit, afin qu’il repose parmi ses camarades. »
Ils transportèrent le corps sur l’autre rive, le glissèrent dans le sac qu’ils avaient apporté à cet effet et étendirent leurs couvertures. Le vent ululait. La lune volait entre les nuages. Dans le lointain hurlaient les loups, un bruit aussi rassurant pour ces hommes que le murmure de la mer par-delà les glaces. Loup-Rouge réussit à s’endormir mais fit des rêves fracturés.
Les chasseurs se mirent en route dès l’aurore. Bien que vieilles de plusieurs jours, les traces qu’ils repérèrent dans la neige étaient éloquentes. « Certains sont partis vers l’est, d’autres vers l’ouest, commenta Loup-Rouge. On voit des pieds d’enfants dans les deux groupes. La famille d’Aryuk se réfugie dans d’autres villages le temps que notre colère ait passé. Une seule piste conduit vers l’intérieur des terres, et c’est celle d’un adulte. Celle d’Aryuk.
— Ou d’un de ses fils, peut-être ? hasarda Pointe-de-Lance. Ces gens-là sont malins. »
Loup-Rouge fit un signe de dénégation. « Pourquoi chercheraient-ils à nous égarer alors qu’ils savent que jamais nous ne renoncerions à tuer leur père ? S’ils voulaient le protéger, ils auraient fui à ses côtés pour se battre à ses côtés. Mais ils savaient ce combat perdu d’avance. Mieux vaut qu’il soit seul à mourir pour expier son crime. » Avec un rictus : « Un vœu que nous allons exaucer.
— S’il périt avant que nous ne l’ayons rattrapé, Renard-Véloce sera privé de sa vengeance, fit remarquer Lame-Brisée avec impatience.
— Alors c’est le Peuple des Souris tout entier qui en souffrira », jura Eau-Blanche.
Loup-Rouge grimaça. Le châtiment était chose utile, aussi utile que d’abattre un animal dangereux. Mais massacrer des êtres inoffensifs, c’était autre chose, un peu comme de tuer des animaux quand on n’a besoin ni de peau, ni de viande, ni de boyaux, ni d’os. Il n’en sortirait rien de bon. « Nous verrons, répondit-il. Eau-Blanche et Pointe-de-Lance, ramenez Renard-Véloce au village en vue de ses funérailles. Lame-Brisée et moi nous occuperons d’Aryuk. » Sans leur laisser le temps de discuter cet ordre, il partit aussitôt avec son camarade. Leur proie disposait d’une avance considérable.
Les deux hommes n’avaient pas grand-chose à craindre, hormis les esprits maléfiques et les éventuels pouvoirs d’Aryuk. Loup-Rouge doutait de l’existence de ces derniers. S’il avait choisi de le traquer à deux, c’était parce que la piste pouvait se révéler difficile et parce qu’il n’est jamais sage de chasser en solitaire.
Le fuyard filait vers le nord. À mesure qu’ils s’éloignaient de la côte, Loup-Rouge vit que sa proie commençait déjà à s’affaiblir. Bien qu’il n’ait pu faire qu’un récit confus, Celui-qui-Répond était persuadé que Renard-Véloce avait blessé Aryuk avant de mourir. Le cœur de Loup-Rouge gonfla dans sa poitrine.
La brève journée s’acheva. Lame-Brisée et lui poursuivirent leur route quelque temps. Au prix d’un peu d’attention, ils parvenaient encore à distinguer les traces à la lueur des étoiles, puis au clair de lune. Ils progressaient lentement, mais cela n’avait guère d’importance car Aryuk lui aussi avait ralenti son allure, observant de nombreuses pauses pour reprendre son souffle.
Puis les nuages se massèrent dans le ciel, apportant l’obscurité sur la terre. Les chasseurs se virent obligés de faire halte. Comme ils ne disposaient pas de feu, ils mangèrent de la viande séchée et s’enroulèrent dans leurs couvertures. Ce fut une caresse qui éveilla Loup-Rouge. Des flocons de neige. Père des Loups, fais cesser cette averse, supplia-t-il.