Les soupers du prince
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Sous le nom de San-Antonio #7
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265048287
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les soupers du prince». Краткое содержание книги:
Hans était allemand et ne parlerait jamais le français. Il connaissait d’une vingtaine de mots essentiels et ne cherchait pas à en acquérir davantage. Il était roux, costaud, portait une barbe plus ardente encore que sa tignasse, disposait d’une force de taureau et s’envoyait dehors à grandes lampées de vodka.
Aussi incroyable que la chose puisse paraître, ces trois personnages des bas-fonds modernes vivaient sous l’autorité de Marie-Charlotte. Après une période probatoire chez les petits durs, la gamine avait pris un tel ascendant sur eux qu’elle était devenue une espèce de pasionaria dont on suivait les suggestions et accomplissait les ordres. Une fois son pouvoir en place, elle avait compris que ce qui importait dans une bande, c’était moins le nombre que la qualité, c’est pourquoi elle avait sélectionné trois des éléments qui lui semblaient les plus valables, après quoi le petit groupe avait fait sécession pour prendre ses quartiers dans une masure détruite par le feu, à la limite de Saint-Ouen.
Le quatuor vivait de rapines. Sa principale activité consistait à dévaliser les vieillards, cette proie des lâches. Pour cela les voyous guettaient à tour de rôle les guichets des bureaux de poste et, quand ils voyaient une personne âgée percevoir de l’argent, la filaient jusqu’à ce qu’ils trouvent un endroit propice pour le lui dérober.
Marie-Charlotte ne se camait pas, laissant cet asservissement à ses acolytes. Son seul plaisir était l’action. Lorsqu’ils avaient opéré cette descente au garage d’Édouard, l’adolescente avait pris un pied géant, selon sa propre expression. Elle rêvait de réitérer et de conclure la seconde expédition par le meurtre et le feu. Elle vouait une haine inexplicable, mais tenace, à la jeune Maghrébine déjà molestée, croyant qu’elle était la maîtresse de son cousin.
Allongée sur son matelas éventré, elle songeait à des supplices veloutés prodigués par Francky (son homme). Il disposait de menottes spéciales, sans chaîne, conçues par lui, qui tenaient les deux poignets de ses victimes soudés. Il leur enfonçait des bûchettes de bambou affûtées sous les ongles et y mettait le feu. Elle adorait Francky pour son ingéniosité, son impassibilité, sa sûreté de main.
Après sa rencontre avec Édouard, elle avait eu quelques craintes en évoquant les conséquences d’une nouvelle action de commando. Il lui avait parlé net, en homme résolu et sûr de soi. Pourtant, au fur et à mesure que les jours s’écoulaient, elle reprenait confiance, et sa décision d’en finir avec lui devenait plus insistante.
Elle s’agenouilla sur ce qui lui tenait lieu de lit. L’inconfort, loin de la gêner, la fortifiait comme la vie à la dure fortifie une recrue. Elle allait faire sa toilette dans les gares, s’alimentait de nourritures qu’elle consommait sur place dans les grandes surfaces, mangeant un demi-paquet de biscuits à un rayon, un fruit à un autre, un sac de chips à un troisième. Les festins se prenaient au rade de leurs bistrots-points de chute habituels : sandwich-œufs durs. Pour s’habiller, elle allait essayer des nippes dans les boutiques de prêt-à-porter, les débarrassait du signalisateur rivé après elles en découpant carrément l’étoffe avec des ciseaux, enfilait ses propres vêtements par-dessus et partait nonchalamment. Elle appelait le trou résultant de cette découpe qu’elle pratiquait « la T.V.A. », l’arborait fièrement, comme une décoration et l’admirait, comme celui que les Roumains ont pratiqué dans leur drapeau à la chute du communisme.
Assise sur ses talons, seulement vêtue d’un T-shirt, elle regardait dormir ses potes. « Des animaux », pensait-elle. Elle se leva, sortit sans mettre de culotte, sur la petite route bordant la bicoque incendiée. Un matin lumineux égayait plus ou moins ce coin de banlieue. Elle alla s’accroupir derrière un pan de mur pour se soulager. Elle se demanda si sa mère, toujours matinale, était déjà levée. Elle l’évoquait sans la moindre émotion. C’était une grosse connasse pleurnicheuse et geignarde ; son endémique chagrin la laissait de marbre.
Elle revint sur la route au moment où débouchait une voiture commerciale conduite par un type à moustache de rat. En apercevant la gamine dont les fesses étaient à l’air, il freina à mort. Se défenestrant à moitié, il cria :
— Qu’est-ce qui t’arrive, la gosse ?
Elle prit sa voix de petite fille acidulée :
— J’étais venue partouzer avec des copains dans ces ruines et après ils m’ont laissée tomber en emportant mes fringues !
— Partouzer ! s’égosilla le conducteur. Mais quel âge as-tu ?
— Quatorze ans.
— Ben, on peut dire que tu promets.
Marie-Charlotte se gratta le haut de la cuisse pour lui découvrir son pubis où végétait un duvet léger.
L’automobiliste ne pouvait en détacher son regard.
— Vous voulez que je vous pompe le nœud, monsieur ? proposa-t-elle. Je suce mieux qu’une grande, vous savez. Et en plus j’adore ça.
Appâté, l’homme rougit ; sa glotte pointue dansait le long de son cou. Sans mot dire, il recula puis fit avancer sa commerciale sur le terre-plein qui avait dû être jadis le jardinet de la maison.
— Entrons là-dedans, fit-elle, on risquera pas d’être vus.
Elle pénétra la première dans la masure et émit un léger sifflement entre ses dents afin d’alerter ses compagnons couchés dans la pièce du fond, unique partie où subsistait encore un plafond.
L’homme racolé la suivit. Ce n’était pas la première fois que Marie-Charlotte se livrait à ce genre de sport.
— Tu vas voir comme c’est bon, une bonne pipe, le matin, promit-elle. Tu veux que je te caresse un peu avant de te commencer ?
Il accepta et dégaina un sexe de foutriquet, vilainement pointu, arqué et grenu.
Elle s’en empara et lui prodigua des attouchements maladroits.
— C’est bon ? s’inquiéta-t-elle.
L’autre émit un début de râle affirmatif. Il reçut au même moment un formidable coup de poing dans le dos de la part de Hans et en perdit le souffle.
— Ciel ! mon amant ! s’écria Marie-Charlotte.
Francky venait de surgir à son tour, les yeux gonflés de sommeil. Son couteau parut lui jaillir des mains. Il s’approcha de l’automobiliste et redressa son sexe déjà inerte du tranchant de sa lame.
— C’est avec ce vilain machin que tu violes les jeunes filles de bonne famille ? articula l’Asiate.
— Mais je ne l’ai pas touchée ! protesta le malheureux conducteur, pris dans un traquenard cauchemardesque.
— Ah ! vraiment ! Tu as vu dans quel état elle est ? Chez nous, tu sais ce qu’on fait aux violeurs ? On leur tranche la queue et on la leur enfonce dans la bouche !
Il y eut un silence ; le malheureux baissait la tête pour regarder son sexe. Le poids de sa verge sur le tranchant aigu du couteau entamait ses œuvres vives et des gouttelettes de sang perlaient sur la lame grise.
— Tu me la rachètes combien ? demanda Francky.
— Quoi donc ?
— Ben, ta queue ?
— Je ne sais pas, balbutia l’automobiliste d’une voix expirante.
— Tu as combien dans ton portefeuille ?
— Je… ne sais pas.
— T’as de la chance d’ignorer ce que tu possèdes, mec. C’est bon signe !
L’Asiate passa une main preste dans le veston de sa victime pour subtiliser le portefeuille qu’il lança ensuite à Hans.
— Compte !