Les soupers du prince
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Sous le nom de San-Antonio #7
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265048287
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les soupers du prince». Краткое содержание книги:
— On se plumait sans rien fiche.
— Najiba n’a pas peur que la petite salope revienne ?
— C’est elle qui a voulu qu’on rentre.
Le verbe « rentrer » émut Édouard car il prouvait que ses petits beurs se considéraient ici comme étant chez eux.
— J’ai eu une converse avec la punaise lors de mon précédent voyage et je lui ai sorti l’artillerie lourde des menaces, mais ai-je été assez dissuasif ? Avec cette saleté…
— S’ils reviennent, je suis paré, annonça farouchement Banane.
Il alla au mur et décrocha d’un clou la vieille blouse grise qui s’y trouvait suspendue. Sous la blouse il y avait un fusil de chasse dont il avait scié les canons.
— Là-dedans, il y a deux cartouches bourrées de grenaille, annonça-t-il fièrement. Le premier qui touche à ma frangine, je lui arrose les pattes.
— Ne joue pas au con ! grommela le prince. Où as-tu trouvé ce fusil ?
— Je l’ai piqué à un vieux cantonnier dont j’ai réparé la Celtaquatre gratos. Quand je lui ai ramené sa tire dans sa grange, il était absent. Ce flingue rouillait avec un tas d’autres vieilleries ; je suis sûr qu’il s’apercevra jamais de sa disparition. J’ai passé des heures dessus pour le rendre opérationnel.
Édouard fit la moue.
— J’ai horreur des armes, dit-il.
— Moi, s’insurgea Selim, j’ai horreur qu’une équipe de salopards envoie ma frangine à l’hosto.
Édouard ne trouva rien à répliquer et les emmena au restaurant de Boule.
Ils mangèrent de bon appétit. Assise en face des deux garçons, Najiba ne quittait pas le prince du regard.
— Tu as beaucoup changé, remarqua-t-elle.
— En bien ou en mal ?
— En quelqu’un d’autre.
Il n’alla pas plus avant dans les questions. À présent, elle le tutoyait très naturellement.
Soudain Banane reposa sa fourchette sur la table.
— Ah oui, soupira-t-il, il faut que je t’apprenne une mauvaise nouvelle, Doudou.
Ce ne fut pas un phénomène de télépathie à proprement parler, pourtant Édouard comprit immédiatement ce dont il s’agissait.
— Elle est morte ?
— On l’a enterrée avant-hier.
— Pourquoi ne m’as-tu pas prévenu ?
— Je ne l’ai su qu’après les funérailles. Je me suis dit que les mauvaises nouvelles peuvent attendre, inch Allah.
Édouard ressentit un grand vide en lui, une vertigineuse détresse. Il revoyait Édith à l’enterrement de son époux, et puis un peu plus tard, lorsqu’il s’était présenté chez elle et qu’elle était devenue pour la seconde fois sa maîtresse, comme il se plaisait à lui dire. Tout, dans sa mémoire, brillait de netteté, tellement le souvenir était vivace, intact.
Banane respecta sa peine rentrée. Il mangeait et buvait en silence. Najiba continuait d’admirer son amour.
— Tu bois de l’alcool, maintenant ? murmura le prince en la voyant porter un verre de vin à ses lèvres.
— Je m’en fiche, répondit-elle ; mes enfants, un jour, boiront.
Il lui adressa un toast. Il avait la gorge serrée et s’excusa d’un marmonnement avant de quitter la table pour aller regarder couler la Seine qu’il trouva lugubre. Des détritus sans nom tournoyaient près des berges.
La dernière fois qu’il avait pris un repas avec Édith, c’était dans la guinguette de Boule, en compagnie de sa mère et de Fausto. Elle semblait heureuse.
L’eau polluée glissait avec une fausse nonchalance, charriant des reflets et des écumes. Un paysage qui avait jadis ressemblé à un Monet s’offrait sur la rive d’en face, défiguré par des édifices de béton peints de couleurs insoutenables.
Il entendit un léger bruit derrière lui et vit survenir Najiba. Elle se plaqua contre son dos et enserra sa taille, comme le font les compagnes des motards agrippées à leur cavalier d’apocalypse. La jeune fille avait perdu toute sa retenue d’avant et se comportait en amante.
Cette étreinte lui fut pénible. Il lui fit face afin de s’en libérer sans la vexer. Il eut vaguement la tentation de l’embrasser et de caresser sa superbe poitrine dure et palpitante. L’odeur qui l’avait incommodé au moment de leurs retrouvailles l’agressa.
— Allons finir notre repas, décida-t-il.
Lorsqu’il les ramena au garage, un motard de la police s’y trouvait, qui tambourinait contre la porte close. Son bolide ruisselant de chromes, appuyé sur sa béquille, brillait comme sur un présentoir du Salon de la moto.
— C’est moi que vous cherchez ? demanda le prince.
Le policier avait un visage rond faussement gentil.
— Blanvin Édouard ?
— Oui.
— Je suis chargé d’une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Versailles.
Il tendit un feuillet clos, à l’en-tête inquiétant.
— Veuillez signer ici ! enjoignit-il en lui présentant un carnet aux pages écornées.
— Mais de quoi s’agit-il ? protesta Édouard.
— Je suppose que c’est écrit sur la convocation.
Le prince déchira le contour pointillé de perforations du document et lut. Il fut stupéfait. On lui annonçait en termes rigides qu’ayant fait défaut à différentes convocations du parquet de Versailles pour être entendu à propos d’une affaire de recel de voiture volée, il était traduit devant le tribunal correctionnel de Versailles.
— Je n’ai jamais reçu de convocations, je vous en donne ma parole ! assura-t-il au policier.
Le motard haussa les épaules.
— En tout cas, celle-ci vous l’aurez reçue ! dit-il en enfourchant sa bécane.
Ils le regardèrent disparaître, immobiles devant la porte fermée du garage.
— Tu te souviens d’avoir vu des convocations à mon nom ? demanda Édouard.
— Si je les avais trouvées, je te les aurais adressées, voyons !
Il se tourna vers Najiba :
— Et toi, est-ce que…
Il n’acheva pas sa phrase en voyant qu’elle pleurait.
— Bon Dieu ! qu’en as-tu fait ? s’écria Édouard.
— Je les ai jetées.
Les deux hommes ne surent que dire, tant cet aveu leur semblait énorme, tant il impliquait d’incohérence.
— T’es complètement givrée ! fit Banane, anéanti.
Édouard questionna simplement :
— Pourquoi ?
— Je ne voulais pas qu’on te fasse de misères, dit-elle. Quand j’ai vu ces papiers de justice, j’ai pensé qu’il fallait te protéger !
— Mais, bordel, tu es conne à crever ! explosa le prince. C’est toi qui as fait plusieurs années de fac ! T’es retombée à l’état sauvage, au tam-tam, à l’âge du feu ! Tu ne piges pas dans quelle foutue merde tu m’as mis ?
Affolée par cet éclat, elle s’assit en tailleur sur une vieille couverture servant à protéger le tissu des sièges de voiture pendant les essais. Les épaules voûtées, la tête inclinée, elle avait l’air d’une martyre promise au bourreau.
Édouard eut pitié.
— Allez, remets-toi et pardonne-moi de t’avoir houspillée, soupira-t-il en passant sa main sur sa tête naguère rasée dont les cheveux repoussaient drus, lui donnant l’air d’un garçon.
Elle resta immobile.
Selim, penaud, n’osait libérer son ressentiment vis-à-vis de Najiba.
— Et moi qui ne me suis aperçu de rien, se lamentait-il. Qu’est-ce qui a pu lui passer par la tête. Elle est intelligente, pourtant ! Instruite, même…