Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Le directeur intervint pour le faire se retourner.
Ojsternig vit que la cicatrice continuait au-delà de son épaule et descendait jusqu’à la moitié du dos, irrégulière, épaisse comme une coulée de miel.
« Une brûlure, Seigneur, expliqua le directeur. Une querelle. Ce pauvre garçon a été maintenu sur la braise d’une cheminée… Je comprends que ce soit un défaut mais… c’est un des plus intelligents, et…
— Je le prends, l’interrompit Ojsternig. Laissez-nous seuls. »
Tandis que le directeur faisait débarrasser le réfectoire, le garçon ramassa ses vêtements.
« Reste nu », lui dit Ojsternig.
Le garçon le regarda avec malice, et un sourire ambigu se dessina sur son visage.
Le directeur, une fois la porte refermée, resta là.
« Allez-vous-en, dit Ojsternig.
— Attendez-nous dans votre bureau avec les documents », ajouta Arialdo.
Dès que le directeur eut quitté la salle, Ojsternig se leva et s’approcha du garçon, qui avait la main posée sur son mamelon. « Le directeur dit que tu es intelligent. Nous verrons. Tu dois apprendre une histoire et être capable de la raconter. » Il le fixa un instant. « Quel âge tu as ? demanda-t-il.
— Douze ans.
— À partir d’aujourd’hui, tu en as dix. » Ojsternig montra la besace de cuir qu’Arialdo venait d’ouvrir et qui contenait des vêtements luxueux. « Enfile ces habits.
— Tu ne me préfères pas nu ? », répondit le garçon.
Ojsternig bondit tel un serpent. Il lui serra la gorge, sans la moindre émotion dans le regard.
Le garçon devint écarlate, les yeux écarquillés, s’agitant sans parvenir à se dégager. Puis ses paupières commencèrent à se fermer et son corps s’alourdit.
Ojsternig le lâcha et le garçon s’affaissa au sol comme un sac vide.
« Relève-le », ordonna Ojsternig à Agomar.
Celui-ci attrapa le garçon sous les aisselles et le remit debout.
Ojsternig le gifla, jusqu’à ce qu’il reprenne ses esprits. Il le fixa dans les yeux et chuchota : « On va le voir tout de suite, si tu es stupide ou pas ». À Agomar, il ordonna : « Lâche-le ».
Le garçon se toucha la gorge. Puis il baissa les yeux sur les vêtements qui se trouvaient dans le sac de cuir et commença à s’habiller. Il tremblait.
Quand le garçon eut terminé, Ojsternig sourit, à sa manière cruelle. « Tu t’imagines peut-être que j’ai besoin d’une petite putain dans ton genre ? »
Agomar et le garçon sortirent attendre dans le couloir, tandis qu’Ojsternig et Arialdo entraient dans le bureau du directeur.
« Ce garçon n’est jamais passé par cet institut », dit Arialdo.
Le directeur lui tendit deux feuilles de parchemin. « Voici les seuls documents qui attestent de son identité. »
Arialdo prit les feuilles et les jeta dans la cheminée. Puis il se tourna vers le directeur. « N’y a-t-il pas un registre qui signale son entrée ?
— Effectivement… », répondit le directeur en ouvrant un grand livre. Il trouva la page, plongea sa plume dans l’encrier et traça un long trait noir sur la ligne qui enregistrait son arrivée.
Arialdo prit le livre et arracha la page, la jetant à son tour dans le feu.
« Mais, Votre Seigneurie… », balbutia le directeur.
Ils quittèrent l’orphelinat et revinrent en ville. Agomar et le garçon attendirent dans une taverne. Ojsternig et Arialdo traversèrent la rue pour entrer dans l’étude d’un notaire spécialiste en héraldique, et accrédité auprès de la cour de l’empereur Robert III.
Le notaire les reçut aussitôt. « Il n’y a personne, comme vous me l’avez demandé.
— Tout est prêt ? », demanda Arialdo sans préambule.
Ojsternig se contentait d’observer.
« Certainement. Les sceaux impériaux sont conformes, et la certification ne peut en aucune manière être contestée.
— Bien, dit Arialdo en prenant les documents. Dès maintenant, vous oubliez tout.
— Votre Seigneurie, dit le notaire en s’inclinant vers Ojsternig, soyez tout à fait tranquille. Vous avez été très généreux, et votre argent me fera de l’usage pour longtemps. »
Ojsternig le fixa en silence. Puis il parla, pour la première fois. « Tu te trompes, notaire. “Pour longtemps”, ça ne suffit pas. Tu aurais dû dire “pour toujours”.
— Qu’entendez-vous par-là ? », demanda le notaire en soulevant un sourcil.
Ojsternig sortit sans répondre.
Dans la taverne, il croisa le regard d’Agomar et lui fit un signe de tête.
Agomar répondit de même et resta assis, fixant la porte du notaire. Ojsternig et Arialdo rentrèrent à l’auberge avec le garçon qu’ils avaient acheté.
Avant midi, la caravane se remit en mouvement.
Mais Agomar n’était pas à la tête de ses hommes.
Ce soir-là, à Klagenfurt am Wörthersee, il y eut un accident. Une charrette, conduite par un ivrogne à la capuche rabattue, renversa un homme qui rentrait chez lui. Le choc ne lui laissa aucune chance : les chevaux piétinèrent son corps et les roues terminèrent le travail. L’ivrogne ne s’arrêta pas. Le cadavre fut identifié comme celui d’un des citoyens les plus influents de la ville. Un notaire spécialisé en héraldique, accrédité auprès de la cour de Robert III.
Agomar rejoignit son seigneur non loin du col du Nord. Il baissa sa lourde capuche et fit quelques pas près de la fenêtre de la voiture, sans dire un mot. Puis il prit la tête de la troupe, droit, la nuque raide, écoutant l’étendard du prince d’Ojsternig claquer au vent des montagnes.
Le lendemain, Ojsternig et sa suite faisaient leur entrée dans la Raühnvahl. Le cortège s’arrêta près de Notre-Dame des Neiges et les soldats appelèrent les serfs de la glèbe au rassemblement.
Quand ils furent tous là, Ojsternig descendit de voiture. « J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, dit-il d’une voix suave. Une nouvelle qui vous réjouira tous. »
Les gens ne firent aucun commentaire. Le silence était total.
Mikael fixait Ojsternig. Mais Ojsternig, ce jour-là, ne le regarda pas.
Il fit descendre après lui un garçon blond, vêtu avec élégance. « Vous le reconnaissez ? », demanda-t-il. Il regarda les serfs en souriant. Puis, lentement, presque religieusement, il déboutonna la casaque du garçon. Il la lui ôta, le fit se tourner et le montra aux gens, en désignant sa brûlure. « Vous ne le reconnaissez pas ? répéta-t-il. Le prince est de nouveau parmi vous ! Il a miraculeusement échappé à l’incendie ! Et moi, tout aussi miraculeusement, j’ai réussi à le retrouver. Son identité est attestée par la brûlure qui le marque et par les documents officiels rédigés par un notaire. » Puis il déclara d’une voix forte : « Je vous ramène le prince Marcus II de Saxe ! »
Mikael sentit son sang se glacer.
Agnete prit sa main et la serra dans la sienne. Son regard sévère lui imposait le silence.
Eloisa ouvrait de grands yeux.
« Et pour honorer le contrat que j’avais scellé avec son père, mon ami et allié Marcus Ier de Saxe, quelques jours avant sa fin malheureuse, causée par des rebelles que j’ai moi-même exterminés, poursuivit Ojsternig, le jeune Marcus II épousera ma fille, et nos nobles lignées n’en feront plus qu’une aux yeux de Dieu et de l’empereur Robert III, que le Ciel l’assiste à jamais ! »
Le silence se prolongeait. Personne ne croyait à cette farce.
« Réjouissez-vous donc, racailles ! », ordonna Agomar en dégainant son épée, aussitôt imité par ses hommes.
Pendant que les gens criaient de faibles hourrah, Ojsternig cracha par terre et remonta en voiture. « Je te l’ai mise au cul, Robert III », s’esclaffa-t-il en regardant Arialdo de Tarvis, l’inventeur de cette forfaiture. Puis il donna l’ordre du départ et la caravane se dirigea vers le palais.