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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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— Eh bien !... mais où allez-vous ?

— Faire ma valise, répondit froidement Marianne. Puis je m’en irai avant que Votre Altesse Sérénissime se livre sur moi à quelque vengeance.

Talleyrand ne put s’empêcher de rire.

— Quel genre de vengeance, mon Dieu ? Je ne peux même pas demander à mon ami Fouché de vous arrêter, puisque c’est lui qui vous envoie. Et je me vois mal perpétrant votre disparition dans le silence de ce cabinet ou encore prenant l’univers à témoin de l’affreuse noirceur de votre petite âme ! Revenez plutôt vous asseoir ici et écoutez-moi.

A regret, Marianne obéit. Les yeux pâles du prince fixés sur elle la gênaient. Leur insistance ironique lui donnait l’impression qu’ils transperçaient ses vêtements et même sa chair, mettant à nu son corps et son âme. Elle craignait un peu aussi ce qui allait suivre. Mais, quand elle fut assise, Talleyrand lui sourit.

— Ma chère enfant, commença-t-il, je connais notre ministre de la Police et ses méthodes depuis trop longtemps pour ne pas avoir appris à me méfier. Durant des années, nous nous sommes haïs cordialement et notre... mutuelle affection est beaucoup trop récente, en même temps que trop intéressée, pour ne pas être un tant soit peu sujette à caution. Vous pensez bien qu’une demoiselle Mallerousse, au fait, vous vous appelez vraiment Mallerousse ?

— Non, lança Marianne avec humeur, mais cela ne servira à rien de m’interroger davantage. Je ne salirai pas mon nom réel en vous le révélant à un tel propos. Vous pouvez faire de moi ce que vous voulez !

— C’est bien tentant, hé ? Qu’importe ! Vous me faites un grand plaisir en me démontrant que je ne me suis pas trompé dans mon jugement. Quant à votre nom réel, il m’importe peu. Vous êtes certainement une émigrée rentrée en fraude et contrainte d’accepter la... protection intéressée de ce cher Fouché. Il est habile à ce genre de chantage. Donc, gardez votre secret. Vous le révélerez de vous-même un jour ou l’autre. Maintenant qu’allons-nous faire de vous ?

Talleyrand se levait et commençait une lente promenade à travers la pièce. Marianne baissait les yeux sur son réticule de velours vert, autant pour cacher ses pensées que pour ne pas voir la haute silhouette noire qui passait et repassait dans un rayon de soleil. A intervalles réguliers, cette silhouette disparaissait. Alors, Marianne avait une conscience aiguë du regard qui pesait sur elle. Et il lui fallait faire effort pour maîtriser son énervement. Qu’attendait-il ? Que voulait-il d’elle au juste ? Pourquoi ne parlait-il pas ?

Tout à coup, elle sentit qu’il s’était arrêté derrière elle. Sur son épaule, frôlant presque sa joue, elle sentit le poids de sa main, douce et pourtant impérieuse.

— Je crois, dit-il enfin, que nous allons reprendre notre projet. Vous me serez d’une aide précieuse pour certains travaux. Quant à ceux que vous a demandés M. le duc d’Otrante, eh bien, mais vous continuerez comme si de rien n’était.

Marianne sursauta :

— Comment ? Vous... Je veux dire Votre Altesse veut que je continue !

— Mais bien sûr ! Naturellement, vous me les montrerez avant de les remettre à Floquet. C’est une excellente chose pour moi que l’on soit si bien informé, en haut lieu, de ce qui se passe chez moi. Cela prouve que l’Empereur s’intéresse encore à moi, quoi qu’il en pense peut-être. Continuez, ma chère, continuez. Je crois qu’ainsi vos journées seront bien remplies. Pourtant...

Il prit un temps. La main, sur l’épaule de Marianne, se fit imperceptiblement plus lourde, comme pour une menace. Mais ce ne fut qu’un instant. Elle s’allégea bien vite, se fit douce, caressante pour remonter le long du cou mince de la jeune fille, vers la chaleur de sa nuque. Troublée, Marianne retint son souffle.

— Pourtant, je vous demanderai peut-être quelques services... d’un autre ordre !

D’un élan, Marianne s’arracha à la main qui la caressait et fit face au prince, pourpre de colère. Elle avait compris ce qu’il désirait obtenir d’elle, quel genre de service il attendait en échange sans doute de ce silence et de cette impunité qu’il lui promettait. Un chantage pire encore que celui de Fouché !

— Pour ce genre de services, ne comptez pas sur moi, s’écria-t-elle avec rage. Je vous ai espionné, soit ; encore que, dans mes rapports, il n’y ait pas de quoi fouetter un chat ! Mais ce n’est pas dans votre lit que j’achèterai ma liberté !

Talleyrand fit la grimace et se mit à rire.

— Est-ce que, comme dit la princesse, vous ne perdez pas un peu le respect ? Fi donc, mademoiselle... Mallerousse ! Voilà une pensée et un langage qui ressemblent beaucoup trop à votre nom d’emprunt ! Je voulais seulement vous demander de chanter, quand je le désirerai et où je le désirerai, pour un ou plusieurs de mes amis !

— Oh ! C’est seulement...

— Cela ? Mais oui. Rien de plus ! Vous êtes très belle, chère Marianne – vous  permettez que je vous donne ce nom ravissant et qui vous va si bien ? – mais je n’ai jamais apprécié l’amour avec une femme vaincue par autre chose que son propre désir. L’amour est musique, accord ineffable, et le corps n’est qu’un instrument, le plus merveilleux de tous très certainement ! Que l’un des deux ne soit pas à l’unisson et la romance grince. J’ai horreur des fausses notes... tout comme vous !

— Que... Votre Altesse me pardonne, murmura Marianne affreusement gênée. Je me suis conduite comme une sotte et je la prie de m’en excuser. Naturellement, je serai trop heureuse de lui être agréable !

— A la bonne heure ! Et puisque nous sommes d’accord, tendez-moi votre main. Je la serrerai à la mode de nos amis américains, comme cela se fait entre gens qui se comprennent et s’entendent en scellant un pacte. J’aime assez les coutumes américaines, bien qu’elles soient souvent un peu trop directes pour mon goût, mais elles ont du bon.

Son sourire était désarmant. Marianne le lui rendit franchement, tout en plaçant avec timidité ses doigts un peu tremblants dans la main du prince qui les serra rapidement.

— Je vous ferai demander demain, dans la matinée, si la princesse n’a pas besoin de vous.

— Aux ordres de Votre Altesse Sérénissime.

Une brève révérence et Marianne se retrouva dans la galerie, un peu éberluée, un peu troublée, mais extraordinairement soulagée. Elle avait trop rongé son frein, elle avait trop de rancune envers Fouché pour ne pas se réjouir intérieurement de ce renversement de la situation. D’autant plus qu’elle ne pouvait s’empêcher d’éprouver un peu plus de sympathie pour l’aristocratique Talleyrand que pour le cauteleux Fouché. Son cauchemar était fini. Elle n’était plus une espionne. Elle ne trahissait plus le toit qui l’abritait. Elle pouvait jouir paisiblement de la vie confortable et luxueuse qu’elle avait trouvée ici, se consacrer tout entière à la musique en attendant que Gossec la fît enfin débuter comme cantatrice.

Il était trop tard pour sa leçon. Un regard au salon de musique lui apprit que Gossec était parti. Mais Marianne était si heureuse qu’elle n’en fut qu’à peine contrariée. Tout en remontant dans sa chambre, elle fredonnait une ariette quand un détour de sa pensée la ramena soudain à la voiture que l’avait suivie toute la matinée. L’envie lui prit de voir si elle était encore là. Redégringolant les escaliers qu’elle venait de monter, elle traversa le vestibule, sortit dans la cour et atteignit la petite porte qui, près du grand portail, solennel entre ses doubles colonnes ioniques, s’ouvrait dans le majestueux hémicycle de pierre formant l’entrée de l’hôtel. La petite porte n’était jamais fermée durant le jour. Marianne l’ouvrit, se glissa dehors, alla jusqu’à l’angle du mur, et la joie légère qui l’avait envahie s’obscurcit quelque peu. La voiture noire était toujours là.

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