Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
Marianne sourit en se rappelant l’air de mystère avec lequel Mme de Talleyrand lui avait remis cette lettre au joli cachet anonyme, mais agréablement parfumée, qui allait, par les difficiles routes de France, partir vers les monts du Jura consoler un peu dans son exil le beau duc de San Carlos coupable d’une aventure un peu trop retentissante avec son hôtesse du château de Valençay, où il avait séjourné. Se retrouver messagère d’amour amusait Marianne et la touchait un peu. Après tout, c’était une preuve de la confiance que l’excellente femme mettait en elle.
Repliant sa liste, Marianne allait remonter en voiture où l’attendait déjà Fanny et dont le cocher lui tenait la portière ouverte, quand elle sentit qu’on lui touchait légèrement le bras, tandis qu’une voix joyeuse lançait :
— Bonjour, mam’zelle ! Est-ce que vous me remettez ?
— Bien sûr ! Vous êtes Gracchus-Hannibal Pioche ? C’est bien ça ?
— C’est bien ça ! fit le garçon d’un air enchanté. Heureux de vous revoir, mam’zelle !
En retrouvant la bonne figure ronde, la tignasse rousse bâchée d’une casquette bleue et le grand parapluie rouge du jeune commissionnaire Marianne ne put s’empêcher de rire. C’était lui qui, le premier, l’avait accueillie à Paris et elle était contente de le revoir. Voyant qu’elle riait, Gracchus-Hannibal en fit autant et tous deux se contemplèrent un instant d’un air ravi au grand scandale du cocher.
— Et que faites-vous par ici ? demanda Marianne.
— Ben ! Je travaille, comme vous voyez. J’ai hésité un moment avant d’vous aborder. Vous avez une si belle voiture et vous êtes si bien habillée !
Son regard s’attardait sur la douillette de velours vert foncé, garnie et doublée de petit-gris, et sur la toque à la polonaise, ornée d’un long gland d’or, que portait la jeune fille.
— Seulement, conclut-il en baissant le ton, fallait que j’vous parle.
Quelque chose dans les yeux de Gracchus-Hannibal avertit Marianne que c’était sérieux et, s’éloignant de la voiture, elle l’attira dans l’ombre de la porte cochère du couturier.
— De quoi s’agit-il ?
Le garçon inspecta les environs, s’attardant particulièrement au bout de la rue de la Loi, à l’endroit où elle rejoint le boulevard.
— Vous voyez le sapin qui est arrêté au coin, d’vant l’magasin de la Petite-Jeannette ?
— Le sapin ?
— La voiture, quoi ! Vous la voyez ?
— Bien sûr. Et alors ?
— Y a dedans un particulier qui vous suit depuis ce matin ! Mais j’peux pas vous dire quelle tête il a au juste, vu qu’il a un col remonté jusqu’aux oreilles et un chapeau enfoncé jusqu’aux mêmes oreilles.
— Quelqu’un qui me suit ? Vous êtes sûr ? demanda Marianne avec une désagréable impression de malaise. Comment le savez-vous ?
— Tiens, parce que moi aussi j’vous suis depuis ce matin. J’vous ai reconnue quand vous êtes entrée chez Mme Bonjour, la marchande de tulles et de dentelles. Je vous ai attendue... seulement j’n’ai pas osé vous parler. Alors, j’vous ai suivie. J’voulais savoir où vous habitiez, ajouta-t-il rougissant si fort que Marianne, malgré son inquiétude, ne put s’empêcher de sourire. J’ai emboîté l’pas à vos chevaux. Ah ! vous pouvez dire que vous m’avez fait courir ! Heureusement qu’à Paris y a les embarras de la rue, sans ça... On a été ensemble chez Jacques, puis chez Nitot et enfin ici. C’est comme ça que j’ai repéré le sapin noir qui vous collait aux... à l’arrière !
— Mais vous... il ne vous a pas... repéré ?
Gracchus-Hannibal haussa les épaules :
— Est-ce qu’on fait attention à un commissionnaire ? On est quelques-uns à Paris, vous savez ? On a tous un p’tit air de famille. Quant au type du sapin, si vous n’me croyez pas, c’est pas difficile d’vous en assurer.
— Comment ?
— Vous avez encore des courses à faire ou bien vous rentrez ?
— Je vais « A la Reine d’Espagne » et ensuite à la poste. Je rentrerai après.
— Alors vous n’aurez pas de peine à vous rendre compte de visu. Avec des yeux comme les vôtres, on doit voir clair ! conclut Gracchus-Hannibal en rougissant encore plus fort que la première fois. D’ailleurs, moi aussi, j’vais continuer à vous escorter. Seulement, est-ce que ça vous ennuierait de me dire où c’est que vous habitez ? Parce que, si c’est à Auteuil ou à Vaugirard...
Sa mimique éloquente apprit à Marianne que, dans ce cas, ses jambes demanderaient grâce.
— J’habite rue de Varenne, chez le prince de Talleyrand.
— Chez le prince de... Oh ! alors, ça m’étonne plus que vous soyez suivie ! Y s’trafique toujours tellement d’choses chez l’Diable Boiteux ! C’est peut-être un argousin d’Fouché ! Dites, fit-il d’un air inquiet, vous n’êtes pas d’la famille au moins ?
— Parce que vous l’appelez comme ça ? Non, rassurez-vous. Je suis seulement la lectrice de la princesse.
— J’aime mieux ça, d’un côté, parce que, d’un autre, j’vois pas alors pourquoi qu’vous intéresseriez l’ministre de la Police ?
Marianne non plus ne voyait pas puisque, chaque matin, elle remettait au valet Floquet son rapport de la veille, de mauvaise grâce, mais régulièrement. Il fallait d’autant plus s’assurer de la véracité des observations du commissionnaire.
— Je vais suivre votre conseil, lui dit-elle, et voir si vraiment cette voiture me surveille. En tout cas, merci de m’avoir avertie. Est-ce que vous viendrez un jour me voir ?
— Chez le prince ? Vous n’y pensez pas ! Dans une maison pareille, tout ce que j’peux espérer voir de mieux c’est le majordome. Mais, marchez ! J’saurai bien vous retrouver s’il le faut. Dites-moi seulement votre nom au cas où j’aurais quelque chose à vous dire. Je sais écrire, vous savez ? ajouta-t-il avec orgueil.
— C’est parfait, Je suis Mlle Mallerousse !
Une naïve déception se peignit sur la figure du garçon.
— C’est tout ? Pour un nom qui vous va pas, c’est un nom qui vous va pas ! Vous avez une tête à vous appeler Condé ou Montmorency ! Enfin ! ces affaires-là, on choisit pas ! A bientôt, mam’zelle !
Et Gracchus-Hannibal remit sa casquette bleue sur sa tête rouge et, fourrant son parapluie sous son bras, s’en fut en sifflant, les mains dans les poches, laissant Marianne un peu étourdie de ce qu’elle venait d’entendre. En revenant lentement vers sa voiture, elle regarda celle qui stationnait devant la Petite-Jeannette. L’occupant n’avait pas dû la voir causer avec le commissionnaire dans le renfoncement de la porte. Il devait supposer qu’elle était rentrée chez Leroy y ayant oublié quelque chose et que le jeune garçon y avait été appelé. Comme si de rien n’était, elle remonta en voiture, laissa Fanny envelopper ses jambes d’une couverture de fourrure et jeta au cocher Lambert :
— Nous allons « A la Reine d’Espagne » maintenant.