Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
Il se mit à rire, montrant ses dents éblouissantes, mais ne lâcha pas sa proie pour autant.
Où donc avez-vous appris à mentir, ma chère mademoiselle Mallerousse ? C’est bien ça ? A propos, où avez-vous péché ce nom-là ? Il est affreux, vous savez ?
— Affreux ou non, il me convient et je vous prie encore une fois de me lâcher. Nous n’avons rien à faire ensemble.
— C’est vous qui le dites ! A mon avis, nous avons justement une foule de choses à nous confier. Aussi ne vous lâcherai-je, ma chère Marianne ! Pendant que j’y pense, si vous ne vouliez pas être reconnue, il fallait changer certaines petites choses : vos yeux, vos cheveux, votre visage, votre corps. Je ne vous lâcherai, disais-je, qu’au pied de ce piano-forte qui vous attend, et encore ! Je reste cramponné à vous si vous ne me jurez pas solennellement de m’accorder tout à l’heure quelques minutes d’entretien sans témoin !
— Un rendez-vous ? Ici ? Où voulez-vous ? C’est impossible.
— Vous avez bien une chambre.
— Elle est tout près de celle de la princesse. Je serais perdue de réputation.
— Et, bien sûr, vous y tenez beaucoup, ironisa Beaufort avec un sourire féroce. Alors, trouvez autre chose. Mais faites vite. On va finir par se demander pourquoi je vous tiens aussi fermement qu’un policier qui vient d’arrêter un voleur à la tire.
Les yeux affolés de Marianne tournèrent vers les fenêtres. Jamais elle ne s’était sentie aussi mal à l’aise. Cet homme avait quelque chose de diabolique ! Elle se rappela tout à coup le petit pavillon du fond du parc. On l’appelait le Petit Trianon de M. de Matignon et il était désert la plupart du temps. Très vite, elle souffla :
— Après le souper, quand on installera les tables de jeu, venez me rejoindre au fond du parc.
— Par ce temps ? Vous savez qu’il neige ?
— Je croyais que vous étiez marin ? riposta Marianne dédaigneuse, la neige vous fait peur ?
— Je ne la crains pas pour moi, mais bien pour vos jolis pieds, ma chère, répondit-il avec un court salut. Mais si vous êtes prête à braver les éléments déchaînés...
— A moins, articula Marianne rancunière, que vous ne préfériez jouer au whist ? Vous y êtes d’une jolie force, il me semble ?
Elle éprouvait un soulagement à se montrer agressive et insolente avec lui. Ainsi, elle avait moins peur. D’ailleurs, pour être tout à fait franche, sa terreur s’apaisait. Elle pensait, en effet, que tout n’était peut-être pas perdu. S’il désirait un entretien sans témoin, c’est qu’il n’avait rien dit encore. Tout allait dépendre maintenant du prix qu’il entendrait mettre à son silence car, ce prix-là, Marianne avait bien peur de le connaître d’avance.
Mais Jason Beaufort paraissait décidé à ne pas relever sa provocation. Lâchant son bras, il chiquenauda les ruches empesées de sa chemise avec des grâces très XVIIIe siècle et déclara calmement :
— Chaque chose en son temps ! C’est donc entendu : nous nous retrouvons après le souper. Tâchez de ne pas y manquer. Vous ne savez pas quel plaisir pervers j’éprouve parfois à déclencher un affreux scandale.
Marianne rougit de colère. Il la narguait et elle détesta la petite flamme joyeuse qui brillait dans ses yeux bleus.
— N’ayez crainte, dit-elle sèchement. J’y serai !
Il la salua avec une souplesse et une grâce étonnantes chez un homme d’aspect aussi viril.
— Je vais vivre dans l’attente de cette minute. Voyez en moi votre serviteur, mademoiselle, en même temps qu’un admirateur qui, tout à l’heure, vous applaudira à tout rompre ! (En se relevant il ajouta, tout bas :) Ne faites pas une tête pareille, belle enfant ! On jurerait que vous avez rencontré l’Ogre. Je vous jure que je ne dévore pas les jeunes filles... du moins pas comme vous l’imaginez ! A tout à l’heure.
Il pirouetta sur ses talons et disparut dans la foule. Marianne passa une main tremblante sur son front. Il était moite de sueur et, tirant son mouchoir, elle l’essuya furtivement. Elle était soulagée d’être délivrée, même pour un instant, mais l’alerte avait été chaude.
— Allons, que faites-vous donc ? fit près d’elle la voix pleine de reproches de Talleyrand. Dussek est déjà au piano et va commencer dans un instant. Ensuite ce sera votre tour. Venez vous asseoir auprès de Mme de Périgord, elle vous réclame.
Avec sa courtoisie froide de grand seigneur, il lui avait pris la main pour lui faire traverser les nombreuses rangées de sièges où s’installaient ses invités.
Tout en marchant, il remarqua :
— : Ce monde est bien petit, en vérité. Je pense que vous en demeurez d’accord avec moi. Imaginiez-vous rencontrer ici ce soir un vieil ami, hé ?
— Aucunement, Votre Altesse, fit Marianne sincère en se demandant avec angoisse que ce Beaufort avait bien pu lui dire. M. Beaufort vous a dit...
— Qu’il avait beaucoup connu vos parents en Angleterre, ce qui confirme ce que je pensais de vos origines. Il paraît nourrir pour vous une grande admiration.
« L’hypocrite ! Le misérable hypocrite ! songea Marianne furieuse. Il est bien capable d’avoir chanté mes louanges pour en savoir davantage. » Mais tout haut elle demanda :
— Votre Altesse accepterait-elle de me dire où elle a rencontré Jason Beaufort ?
Talleyrand se mit à rire :
— Oh ! Il y a longtemps ! Lorsque j’ai voyagé en Amérique, j’ai beaucoup connu son père qui était un parfait gentilhomme et un homme de bien. Le jeune Jason n’était encore qu’un affreux garnement ne rêvant que bateaux et marine. Il passait sa vie à transformer en engin navigable tout ce qui lui tombait sous la main... jusqu’aux baquets à laver le linge ! Mais leur maison d’Old Creek Town était d’une grande beauté.
— Etait ?
— Elle a été détruite par un incendie, peu après la mort de Robert Beaufort. Une mort aussi étrange d’ailleurs que cet incendie. La ruine a suivi et, si coupable il y avait, on ne l’a jamais retrouvé. Oui, une bien étrange histoire ! Au fait : ne devriez-vous pas la connaître aussi bien que moi, hé ?
Marianne baissa les yeux pour cacher son embarras :
— J’étais trop jeune pour m’intéresser à ce que l’on disait au salon, chez mes parents. Et puis nous n’avons pas tellement reçu M. Beaufort ! Moi, en tout cas, je l’ai vu fort peu !
— Je le regrette pour vous. C’est un garçon remarquable et que j’aime beaucoup. Il lutte courageusement pour refaire sa fortune anéantie et il y parviendra. Il est de ceux qui bâtissent des empires contre vents et marées. Savez-vous que voici quelques mois il a perdu corps et biens son navire chargé de coton, tout ce qu’il possédait au monde, plus la cargaison de ses armateurs ? Eh bien ! par je ne sais quelle magie, il vient de racheter un navire et il cherche actuellement une cargaison pour rentrer à Charleston les cales pleines. N’est-ce pas admirable ?
On était parvenu au premier rang des spectateurs. Il était temps, car Marianne allait oublier toute prudence et éclater. Elle ne savait que trop de quelle « magie » s’était servi cet « homme admirable » pour rétablir sa fortune anéantie : un jeu de cartes et la passion d’un joueur fanatique. Mais tandis qu’elle prenait place, encore frémissante de colère étouffée, sur un tabouret auprès de la jeune comtesse, elle remit à plus tard l’examen du comportement de Jason Beaufort, à bien plus tard, quand elle saurait enfin ce qu’il voulait d’elle au juste ! Pour le moment, les longues mains pâles du pianiste tchèque venaient de se poser sur le clavier. Il convenait de faire silence, même dans son cœur et dans son esprit. La musique n’était-elle pas, pour Marianne, le meilleur des calmants ? Il fallait qu’elle s’y abandonnât totalement pour gagner l’état de grâce dont elle aurait besoin dans un instant. Elle ferma les yeux, tandis que l’artiste préludait.