Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
— 11 265 kilomètres de diamètre, fit aussitôt le répartiteur de l’unité.
— Ouais, enfin à part toi, Engilbert !
— Moi, je m’en fous un peu de tout ça, dit Grégoire, l’un des autres membres de la 78 assis à la même table. Là ou ailleurs, une guerre est une guerre. Mais si vous tenez absolument à devenir des cracks sur les Atamides, des cours sur les indigènes sont prévus. À la fin du voyage, je crois.
— Pourquoi si tard ? s’interrogea Tancrède. On devrait avoir davantage de séances d’information, les troupes n’en savent jamais trop.
— C’est peut-être simplement qu’ils n’ont pas grand-chose à nous apprendre sur la question », avança Engilbert.
Grégoire s’affala dans son siège, les mains croisées derrière la nuque.
« Ouais, c’est presque des bêtes après tout, suffira de tirer dans le tas ! Il n’y a rien de plus à dire. On arrive, on fait le ménage, et on rentre à la maison ! Vous vous prenez trop la tête, les gars !
— Je doute qu’une fois sur place ça nous paraisse aussi simple, répondit Tancrède, une moue sceptique sur le visage. Nous serons loin de chez nous, dans un environnement hostile et inconnu, face à des créatures qu’on n’a jamais vues autrement qu’en photo – et encore. Alors qu’eux, ils joueront à domicile. Ça fait une sacrée différence, si tu veux mon avis.
— De plus, ils ont déjà affronté des hommes, renchérit Engilbert. Ils savent à quoi s’attendre.
— Exactement. Je ne vois vraiment pas de raison pour en parler si peu. C’est presque comme si on voulait nous faire oublier qu’il y a une guerre à l’arrivée.
— C’est peut-être pour ménager le moral des troupes.
— Peut-être, en effet, admit Engilbert. C’est vrai qu’on nous impose un tel rythme d’entraînement qu’on a même plus le temps de penser à… »
Tancrède n’écoutait plus. Il venait de remarquer que Liétaud restait le regard perdu dans le vide depuis un moment et ne participait pas à la discussion. Personne n’avait fait attention à lui alors que ses yeux étaient embués. Les autres comprirent à leur tour et la conversation s’éteignit. Tancrède se reprocha de ne pas s’occuper davantage de son ami dans l’épreuve qu’il traversait. Lui posant la main sur l’épaule, il lui demanda : « Viviane ? »
Le malheureux hocha la tête.
« Tu ne parviens pas à penser à autre chose, c’est ça ?
— Non, fit Liétaud, une grimace de douleur sur le visage. Comment voudrais-tu que je pense à autre chose ?
— Évidemment, tu as raison. C’était une question stupide. »
Liétaud poussa un soupir.
« Non, excuse-moi, ce n’était pas une question stupide. Par moment, mon esprit dérive lentement et je me surprends à penser enfin à autre chose. Mais bien sûr, il suffit que je me fasse cette réflexion pour que tout me revienne en pleine figure. »
Tancrède hocha la tête, il voyait très bien ce qu’il voulait dire.
« Alors, j’essaye de concentrer toute mon attention sur l’instant présent afin de tromper mon esprit. (Il eut un petit rire sans conviction) Malheureusement, ça ne marche pas très bien. »
Tout en parlant, Liétaud dessinait du doigt des motifs abstraits dans une petite flaque de bière répandue sur la table.
« Je vais peut-être te paraître froid, mais je sais que je survivrai à ça, et qu’un jour, ce ne sera plus qu’un souvenir. Un souvenir douloureux, certes, mais lointain. Or, pour l’instant, c’est du présent, et c’est horrible à vivre. »
Spontanément, Tancrède lui passa le bras autour des épaules afin de le réconforter. Il croisa alors le regard d’Engilbert qui, bien que dévisageant son frère avec compassion et tristesse, semblait lui-même impuissant et embarrassé, comme s’il ne savait pas comment réagir ou que dire devant cette profonde douleur. Tancrède se sentit gêné d’être plus proche de Liétaud à cet instant que ne l’était Engilbert. Par politesse, les autres regardaient ailleurs, comme s’ils n’avaient pas remarqué le désarroi de leur camarade de régiment.
Quelques secondes de silence passèrent puis Liétaud se redressa et, empoignant sa chope, lança d’une voix mal assurée : « Allons, je ne vais pas gâcher cette soirée avec mes états d’âme ! Buvons les amis ! Descendons ces bières et tâchons d’oublier ces sombres pensées ! »
Ils trinquèrent alors bruyamment tandis que Grégoire, désireux d’alléger l’atmosphère en changeant de sujet, lança à Tancrède : « Alors Lieutenant, quel effet cela fait-il de s’attirer les compliments de Godefroy de Bouillon en personne ?
— C’était absolument involontaire, soldat, tu peux me croire. J’ignorais jusqu’à sa présence sur les lieux.
— Je ne sais pas si c’était involontaire, intervint Engilbert, mais sur le moment, tu semblais fier comme un paon !
— Attendez les gars, ce genre de choses n’arrive pas tous les jours non plus !
— C’est vrai que ça en jetait, reconnut Grégoire. La plus grande légende militaire de notre temps qui vient vous serrer la main en personne… »
Comme tout le monde riait de bon cœur, aucun d’eux n’avait remarqué les trois individus qui s’étaient approchés de leur table. Alors que Tancrède levait sa chope à sa bouche, l’un d’eux posa sa main à plat dessus et le força à la reposer sur la table. Trop surpris pour opposer une résistance, Tancrède leva la tête vers l’intrus. Les rires cessèrent aussitôt.
L’homme portait des habits élégants laissant deviner qu’il fréquentait les milieux aristocratiques où l’on ne tolère pas les tenues trop simples. S’il s’efforçait d’adopter une attitude raffinée, son allure générale trahissait l’homme du commun et son regard ne laissait rien présager de bon. Il s’adressa à Tancrède sur un ton dont l’agressivité dissipa les dernières bribes de bonne humeur autour de la table.
« Alors comme ça, il paraît que le troufion est un héros ? »
Tancrède resta impassible, mais l’insolence fit sortir Liétaud de sa torpeur.
« Il y a un problème, chrétien ? » fit ce dernier.
Sans s’occuper du Flamand, l’homme continua.
« Il paraît qu’il y a eu un accident aujourd’hui à l’entraînement… et tout le monde pense que tu t’es distingué… Moi, je dis qu’un troufion qui vole au secours d’un autre troufion, ça ne fera jamais un héros ! »
Derrière l’importun, les deux sbires ricanèrent.
Tancrède ne bronchait toujours pas. Devant l’absurdité de l’agression, Liétaud eut un petit rire à son tour.
« Qu’est-ce qu’il veut ce piéton ? lança-t-il à Tancrède.
— En fait de héros, tu n’es jamais qu’un petit bourgeois pistonné ! renchérit l’homme. Et aujourd’hui, tu as surtout fait prendre des risques à tes hommes ! Voilà la vérité !
— C’était un accident, soldat, intervint Engilbert qui craignait que l’échange ne dégénère. Demande à n’importe qui dans l’unité, tout le monde le sait. »
Sans s’occuper des autres, les yeux rivés sur Tancrède comme un prédateur sur sa proie, l’homme continua en haussant le ton afin que les tables environnantes puissent profiter de l’altercation.
« Tu n’as pas toujours été si courageux, d’ailleurs. On m’a dit que pendant la campagne de Surat, t’avais laissé tes hommes crever ! Ah, il est beau le héros du jour ! Combien d’hommes mourront par ta faute lorsqu’on sera sur Akya ? »
C’en était trop pour Liétaud qui bondit hors de son siège, rouge de colère.