Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Fulminant encore, Robert sortit de la cabine le regard sombre et les poings serrés. Il essaya de se calmer en pensant à l’importance de sa démarche. Il était vital qu’il obtienne une fois pour toutes la propriété officielle de ce fichu bout de terre situé entre le Havre et Évreux.
La survie de son duché en dépendait.
Tout le monde pensait que c’était pour des raisons strictement politiques qu’il s’acharnait sur cet accès privilégié à la Seine, et c’était en partie vrai. Cependant, il y avait une autre raison, une raison autrement plus importante que des questions de principe sur des points de droit datant du règne de leurs ancêtres.
Le duché de Normandie, fief de Robert de Montgomery, était pratiquement ruiné.
Robert n’ignorait pas qu’il faisait un piètre gestionnaire et que son domaine ne rapportait pas ce qu’il aurait dû compte tenu de son importance. Depuis des années, il vivait à crédit, au bord de la faillite, ne devant son salut qu’à la taille de ses territoires ainsi qu’à la solidité de ses alliances. L’afflux de liquidités que représentaient de nouvelles terres et surtout, les impôts levés sur la marine marchande naviguant sur la Seine, lui permettaient de différer ses problèmes financiers de quelques années, en attendant que les bénéfices qu’il comptait tirer de la croisade se réalisent. Akya du Centaure regorgeait de ressources qui ne demandaient qu’à être exploitées, il avait donc un intérêt tout personnel à la réussite de cette campagne militaire. En attendant ces jours meilleurs, il devait peser de tout son poids afin de conserver les terres du Lieuvin, faute de quoi il devrait cesser de payer ses soldats sous quelques semaines. Perspective effrayante s’il en était pour un seigneur guerrier tel que lui.
Personne ne devait connaître la réalité de sa situation financière, sinon, même avec les appuis politiques considérables dont il disposait, les canaux d’information se jetteraient sur lui comme une meute de loups affamés.
Argant, qui patientait assis sur l’un des sièges de la salle d’attente, se leva à son approche, l’air vaguement embarrassé. Sans savoir exactement pourquoi, Robert le trouvait toujours irritant. Il n’avait pourtant rien de particulier à lui reprocher. En fait, le duc de Normandie trouvait tout le monde irritant. Par contre, il appréciait les talents particuliers de son homme de main, en général efficace et discret.
« Pourquoi fais-tu cette gueule de rosse devant un boucher ? As-tu de mauvaises nouvelles à m’annoncer ? Je te préviens, je suis d’humeur à faire exécuter celui qui me dit que mon lacet est défait. »
Comme d’habitude, Argant resta insensible à la plaisanterie et se contenta de faire son rapport. Parfois, Robert regrettait de ne jamais avoir réussi à recruter un « assistant » duquel il deviendrait un peu plus proche.
« Il s’est passé quelque chose au dôme 2, il y a deux heures, lui annonça l’homme de main.
— À l’entraînement ? Et alors, que veux-tu que ça me fasse ? »
Robert sentit ses sinus se contracter. L’irritation revenait au galop.
« C’était l’unité de Tancrède de Tarente qui était à l’exercice », reprit Argant, sans tenir compte de l’agressivité de son patron. Robert s’arrêta net, aussitôt intéressé.
« Dis-m’en davantage. Je suis tout ouïe.
— Il y a eu un accident.
— Un accident… dû au hasard ?
— Non. Notre homme.
— Et ?
— Un tir est parti d’une arme en mode guerre et a détruit une partie des installations. Un soldat s’est retrouvé en danger de mort et Tancrède s’est précipité à son secours.
— L’a-t-il sauvé ?
— Oui. » Argant hésita. « Et d’une manière particulièrement héroïque… »
Robert gloussa.
« Tu es en train de me dire qu’il se produit un accident fortuit qui aurait pu discréditer l’unité de Tancrède de Tarente, et qu’au final, il en sort grandi, auréolé d’une gloire toute neuve ? Je comprends mieux la mine inquiète que tu affichais avant de me dire ça. »
Argant se dandina, mal à l’aise.
« Ce n’est pas tout, seigneur. Godefroy de Bouillon assistait à cet entraînement. Après l’accident, il est descendu dans le dôme féliciter personnellement Tancrède. »
Toute expression ironique quitta aussitôt le visage de Robert. Son front se plissa en une multitude de rides et les coins de sa bouche s’abaissèrent en un rictus soucieux.
« Hum. Ça, c’est vraiment mauvais. J’aurais préféré que ces deux-là ne fassent pas connaissance. C’était déjà bien assez que Godefroy et Bohémond de Tarente se soient réconciliés, si en plus le neveu entre dans la danse, cela va commencer à faire beaucoup de monde chez les modérés… »
Argant le regardait fixement, attendant ses instructions. Après quelques instants, Robert lui dit à voix basse : « Si nous manœuvrons intelligemment, nous pouvons faire d’une pierre plusieurs coups. Mais, pour y parvenir, il te faudra discréditer cet homme… ou bien, le pousser à la faute. »
Conçu comme un grand centre commercial pour colons nostalgiques de leur mode de vie terrestre, le Babylone avait été reconverti en un lieu où des militaires pouvaient venir oublier quelques heures durant la discipline stricte à laquelle ils étaient soumis le reste du temps. Beaucoup d’entorses à la Règle y étaient tolérées, à condition qu’elles cessent aussitôt les limites de l’établissement franchies. D’ailleurs, les entrées et sorties étaient filtrées par la police militaire elle-même.
Le soir venu, beaucoup de monde se retrouvait ici, réparti sur plusieurs niveaux – les étages les plus élevés étant bien entendu réservés aux officiers et aux nobles. Un large puits central permettait d’avoir un aperçu de tous les niveaux d’un coup d’œil, y compris de ceux situés dans les hauteurs, mais la plupart des troufions admis au rez-de-chaussée n’auraient jamais l’occasion d’en voir davantage.
Comme dans n’importe quel endroit du même genre, la musique était trop forte, le brouhaha incessant et l’atmosphère enfumée.
Tancrède et les frères Tournai, qui avaient pour une fois délaissé La Licorne afin de se joindre à d’autres membres de l’unité qui préféraient les lieux branchés, discutaient de la campagne en cours. C’était d’ailleurs le sujet de quatre-vingt-dix pour cent des conversations sur le Saint-Michel, comme s’il ne suffisait pas aux hommes de vivre un événement, il fallait aussi en parler continuellement, ad nauseam.
« Vous ne trouvez pas, disait Renaud, l’un des Classe 2 de l’unité, que l’objectif de la campagne paraît un peu abstrait ? On ne l’évoque jamais, en tout cas pas de manière approfondie, et cela semble toujours aussi lointain qu’avant l’embarquement. »
Engilbert opina : « Je vois ce que tu veux dire. C’est vrai que moi aussi je pense rarement à la tâche qui nous attend sur Akya. Tous ces entraînements en sim-mort nous prennent tellement de temps que je me surprends parfois à penser qu’on est venu que pour ça.
— Moi aussi ! Et très sincèrement, même si au début ça me plaisait, maintenant, je commence à en avoir plein le dos… Le réalisme, les variations d’environnement et de météo, tout cela est très bien, mais quid d’Akya ? Qui est capable de me donner le moindre détail sur cette foutue planète, sa taille par exemple ?