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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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« Le surlendemain du prêche, et dans la suite de la commotion qu’il avait donnée à tous, la reine a lancé de Wallingford une proclamation contre les Despensiers, les accusant d’avoir dépouillé l’Église et la couronne, mis à mort injustement nombre de loyaux sujets, déshérité, emprisonné et banni des seigneurs parmi les plus grands, opprimé les veuves et les orphelins, accablé le peuple de tailles et d’exactions.

« On apprit dans le même temps que le roi, qui avait d’abord couru se réfugier en la ville de Gloucester laquelle appartient au Despensier le Jeune, était passé à Westbury, et que là son escorte s’était séparée. Le Despensier le Vieux s’est retranché dans sa ville et son château de Bristol pour y faire échec à notre avance, tandis que les comtes d’Arundel et Warenne ont gagné leurs domaines du Shropshire ; c’est manière ainsi de tenir les Marches de Galles au nord et au sud, tandis que le roi, avec le Despensier le Jeune et son chancelier Baldock, est parti lever une armée en Galles. À vrai dire on ne sait point présentement ce qui est advenu de lui. D’aucuns bruits circulent qu’il se serait embarqué pour l’Irlande.

« Tandis que plusieurs bannières anglaises sous le commandement du comte de Charlton se sont mises en course vers le Shropshire afin d’y défier le comte d’Arundel, hier, vingt-quatrième jour d’octobre, un mois tout juste écoulé depuis que nous avons quitté Dordrecht, nous sommes entrés aisément, et grandement acclamés, dans la ville de Gloucester. Ce jour nous allons avancer sur Bristol, où le Despensier le Vieux s’est enfermé. J’ai pris en charge de donner l’assaut à cette forteresse et vais avoir enfin l’occasion, qui ne m’a point encore été donnée tant nous trouvons peu d’ennemis sur notre approche, de livrer combat pour ma Dame Isabelle et montrer à ses yeux ma vaillance. Je baiserai la flamme de Hainaut qui flotte à ma lance avant de me ruer.

« J’ai confié à vous, mon très cher et très aimé frère, avant que de m’empartir, mes volontés de testament, et ne vois rien que j’y veuille reprendre ou ajouter. S’il me faut souffrir la mort, vous saurez que je l’ai soufferte sans déplaisir ni regret, comme le doit un chevalier à la noble défense des dames et des malheureux opprimés, et pour l’honneur de vous, de ma chère sœur votre épouse, et de mes nièces, vos aimées filles, que tous Dieu garde.

« Donné à Gloucester le vingt-cinquième jour d’octobre mil trois cent et vingt-cinq. »

Jean.

Messire Jean de Hainaut n’eut pas, le lendemain, à faire montre de sa vaillance, et sa belle préparation d’âme resta vaine.

Quand il se présenta au matin, toutes bannières flottantes et heaumes lacés, devant Bristol, la ville était déjà décidée à se rendre et on aurait pu la prendre avec un bâton. Les notables s’empressèrent d’envoyer des parlementaires qui ne s’inquiétèrent que de savoir où les chevaliers voulaient loger, protestant de leur attachement à la reine et s’offrant à livrer sur-le-champ leur seigneur, Hugh Le Despenser le Vieux, seul coupable de leur empêchement à témoigner plus tôt de leurs bonnes intentions.

Les portes de la ville aussitôt ouvertes, les chevaliers prirent quartier dans les beaux hôtels de Bristol. Despenser le Vieux fut appréhendé dans son château et gardé par quatre chevaliers, tandis que la reine, le prince héritier et les principaux barons s’installaient dans les appartements. La reine retrouva là ses trois autres enfants qu’Édouard II, en fuyant, avait laissés à la garde du Despenser. Isabelle s’émerveillait qu’ils eussent en vingt mois si fort grandi, et ne se lassait pas de les contempler et de les embrasser. Soudain elle regarda Mortimer, comme si cet excès de joie la mettait en faute envers lui, et murmura :

— Je voudrais, ami, que Dieu m’eût fait la grâce qu’ils fussent nés de vous.

À l’instigation du comte de Lancastre, un conseil fut immédiatement réuni autour de la reine, et qui groupait les évêques de Hereford, Norwich, Lincoln, Ely et Winchester, l’archevêque de Dublin, les comtes de Norfolk et de Kent, le baron Roger Mortimer de Wigmore, sir Thomas Wake, sir William La Zouche d’Ashley, Robert de Montait, Robert de Merle, Robert de Watteville et le sire Henry de Beaumont.[46]

Ce conseil, tirant argument juridique de ce que le roi Édouard se trouvait hors des frontières – qu’il fût en Galles ou en Irlande ne faisait pas de différence – décida de proclamer le jeune prince Édouard gardien et mainteneur du royaume en l’absence du souverain. Les principales fonctions administratives furent aussitôt redistribuées et Adam Orleton, qui était la tête pensante de la révolte, reçut la charge de Lord trésorier.

Il était grand temps, en vérité, de pourvoir à la réorganisation de l’autorité centrale. C’était merveille même que, pendant tout un mois, le roi en fuite, ses ministres dispersés, et l’Angleterre livrée à la chevauchée de la reine et des Hennuyers, les douanes eussent continué de fonctionner normalement, les receveurs de percevoir les taxes vaille que vaille, le guet de faire surveillance dans les villes, et que, somme toute, la vie publique eût suivi son cours normal par une sorte d’habitude du corps social.

Donc, le gardien du royaume, le dépositaire provisoire de la souveraineté, avait quinze ans moins un mois. Les ordonnances qu’il allait promulguer seraient scellées de son sceau privé, puisque les sceaux de l’État avaient été emportés par le roi et le chancelier Baldock. Le premier acte de gouvernement du jeune prince fut de présider, le jour même, au procès du Hugh Le Despenser le Vieux.

L’accusation fut soutenue par sir Thomas Wake, rude chevalier et déjà âgé, qui était maréchal de l’ost,[47] et qui présenta le Despenser, comte de Winchester, comme responsable de l’exécution de Thomas de Lancastre, responsable du décès à la tour de Londres de Roger Mortimer l’aîné (car le vieux Lord de Chirk n’avait pu voir le retour triomphal de son neveu et s’était éteint dans son cachot quelques semaines plus tôt), responsable aussi de l’emprisonnement, du bannissement ou de la mort de nombreux autres seigneurs, de la spoliation des biens de la reine et du comte de Kent, de la mauvaise gestion des affaires du royaume, des défaites d’Ecosse et d’Aquitaine, toutes choses survenues par ses exhortations et funestes conseils. Les mêmes griefs seraient repris désormais contre tous les conseillers du roi Édouard.

Ridé, voûté, la voix faible, Hugh le Vieux, qui avait feint tant d’années un tremblant effacement devant les désirs du roi, montra l’énergie dont il était capable. Il n’avait plus rien à perdre, il se défendit pied à pied.

Les guerres perdues ? Elles l’avaient été par la lâcheté des barons. Les exécutions capitales, les emprisonnements ? Ils avaient été décrétés contre des traîtres et des rebelles à la royale autorité, sans le respect de laquelle les royaumes s’effondrent. Les séquestres de fiefs et de revenus n’avaient été décidés que pour empêcher les ennemis de la couronne de se fournir en hommes et en fonds. Et si l’on venait à lui reprocher quelques pillages et spoliations, comptait-on pour rien les vingt-trois manoirs qui étaient ses propriétés ou celles de son fils et que Mortimer, Lancastre, Maltravers, Berkeley, tous présents ici, avaient fait piller et brûler l’an 1321, avant d’être défaits, les uns à Shrewsbury, les autres à Boroughbridge ? Il ne s’était que remboursé des dommages par lui subis et qu’il évaluait à quarante mille livres, sans pouvoir estimer les violences et sévices de tous ordres, commis sur ses gens.

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46

Jean de Hainaut, en tant qu’étranger, n’assista pas à ce Conseil ; mais il est intéressant d’y noter la présence de Henry de Beaumont, petit-fils de Jean de Brienne – roi de Jérusalem et empereur de Constantinople – qui avait été exclu par Édouard II du Parlement anglais, sous le prétexte de ses origines étrangères, et s’était, de ce fait, rallié au parti de Mortimer.

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47

Il ne faut pas confondre la fonction de maréchal d’Angleterre, qui était tenue par le comte de Norfolk, et celle de maréchal de l’ost.

 Le maréchal d’Angleterre était l’équivalent du connétable en France (nous dirions aujourd’hui généralissime).

 Les maréchaux de l’ost (l’armée française en comptait deux, l’Angleterre n’en avait qu’un seul) correspondaient à peu près à nos actuels chefs d’État-major.

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