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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Alors elle a raison.

— N’y va jamais, murmura-t-elle. S’il te plaît.

— J’ai pas prévu ça », dit-il. Mais au fond de son cœur il songea : Elle tient à moi, après tout. Elle tient toujours à moi.

Il aurait pu dire quelques mots à ce sujet, ou elle aurait pu parler plus tendrement, moins froidement. Ils auraient pu, mais à cet instant la porte s’ouvrit et le shérif, le juge, Marty Laws et En-Vérité Cooper entrèrent en groupe.

« ’scuse-nous, fit le shérif Doggly. Mais on vient pour une affaire de tribunal.

— À vot’ service, messieurs », répondit Alvin en se remettant tout de suite debout. Peggy se leva aussi, puis se pencha pour écarter le tabouret du chemin.

Le shérif regarda le tabouret.

« C’est très gentil à vous de m’avoir fait apporter le tabouret d’Alvin de ce côté des barreaux », dit Peggy.

Po Doggly la regarda. Il n’avait donné aucun ordre de ce genre, mais il préféra ne pas discuter. Alvin, c’était Alvin.

« Expliquez à votre client ce qui nous amène, déclara le juge à En-Vérité Cooper.

— Nous en avons discuté hier soir, dit En-Vérité, il faut que divers témoins voient le soc. Nous trois, nous suffirons pour établir qu’il existe, qu’il a l’air en or, et…

— Très bien, fit Alvin.

— Et nous sommes convenus, après que les jurés auront été inscrits sur la liste, de choisir huit autres témoins qui attesteront de l’existence et de la nature du soc lors de l’audience publique.

— Tant qu’le soc reste icitte avec moi », dit Alvin. Il lança un regard vers le shérif Doggly.

« Le shérif sait déjà, fit le juge, qu’il n’est pas l’un des témoins désignés.

— Crénom, Votre Honneur ! lâcha Doggly. J’ai ça icitte depuis des semaines dans ma prison et j’peux même pas l’voir ?

— Ça m’est égal qu’il reste, dit Alvin.

— Pas moi, répliqua le juge. Je préfère qu’il ne régale pas ses adjoints d’histoires sur l’objet, sur sa taille et tout l’or qu’il représente. Je sais que nous pouvons faire confiance à monsieur Doggly. Mais pourquoi exacerber la tentation qui doit affliger déjà certains de ses hommes ? »

Alvin éclata de rire.

« Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? demanda le juge.

— Tout l’monde fait semblant d’connaître c’que ça veut dire, votre foutu mot exacerber. » Ils se mirent tous à rire avec lui.

Lorsqu’ils se furent calmés, le shérif Doggly était toujours là. « J’attends pour accompagner la dame dehors », dit-il.

Alvin roula des yeux. « Elle a vu l’soc le soir que j’l’ai fait.

— Quand même, dit le juge. Trois témoins pour la visite officielle présente. Vous pouvez le montrer à tous ceux qui passent à la prison si vous voulez, mais pour cette fois-ci, nous sommes convenus de trois et nous nous en tiendrons à trois. »

Peggy sourit au juge. « Vous êtes un homme d’une intégrité exemplaire, monsieur, dit-elle. Je suis heureuse de savoir que c’est vous qui présidez ce procès. »

Une fois la jeune femme partie, et après que le shérif eut refermé la porte de la prison, le juge regarda Alvin. « C’était Peggy Guester ? La torche ? »

Alvin fit oui de la tête.

« Elle est devenue plus jolie que je ne pensais, dit le juge. Seulement, je voudrais bien savoir si elle se moquait de moi ou non.

— J’crois pas, répondit Alvin. Mais vous avez raison, elle a une manière de dire même des affaires gentilles comme si elle se retenait d’en dire des tas d’autres qui l’sont moins.

— Je ne sais pas qui l’épousera, fit le juge, mais vaudrait mieux qu’il ait la peau dure.

— Ou un bon bâton », ajouta Marty Laws avant de se mettre à rire. Mais il fut le seul et se calma bien vite, vaguement gêné, sans vraiment savoir pourquoi sa blague était tombée à plat.

Alvin passa la main sous la couchette et tira le sac de toile qui contenait le soc. Il abaissa l’ouverture du sac, et le soc s’offrit aux regards, au milieu de la toile, jetant des éclats dorés dans la lumière qui tombait des hautes fenêtres.

« Sacordjé, fit Marty Laws. C’est vraiment un soc, et c’est vraiment de l’or.

— On dirait de l’or, rectifia le juge. Je crois que si nous voulons être des témoins honnêtes, nous devons le toucher. »

Alvin sourit.

« J’vous en empêcherai pas. »

Le juge soupira et se tourna vers le procureur du comté. « Nous avons oublié de demander au shérif d’ouvrir la porte de la cellule.

— Je vais le chercher, proposa Marty.

— Recouvrez le soc s’il vous plaît, monsieur Smith, fit le juge.

— Pas la peine », dit Alvin. Il tendit la main et ouvrit la porte de la cellule. Le loquet ne fit même pas de bruit ; les gonds ne grincèrent pas non plus. La porte s’ouvrit tout simplement, en silence et sans heurt.

Le juge baissa les yeux sur le loquet et la serrure. « C’est cassé ? demanda-t-il.

— Vous tracassez pas, répondit Alvin. Ça marche comme il faut. V’nez donc toucher l’soc, si vous voulez. »

Maintenant que la porte était ouverte, ils hésitaient à entrer. Finalement, En-Vérité franchit le seuil, suivi du juge. Mais Marty resta en arrière. « Il a quelque chose, ce soc, dit-il.

— Pas d’quoi s’tracasser, fit Alvin.

— Vous vous inquiétez parce que la porte s’est ouverte facilement, dit le juge. Entrez donc, maître Laws.

— Regardez, fit Marty. Il tremble.

— C’est comme j’vous ai dit, expliqua Alvin, l’est vivant. »

En-Vérité s’agenouilla et tendit une main vers le soc. Sans que personne ne l’ait encore touché, le soc glissa vers lui en traînant la toile en même temps.

Marty glapit et tourna le dos pour se presser la figure contre le mur en face de la porte de la cellule.

« Vous ne faites pas un bon témoin si vous tournez le dos », fit observer le juge.

Le soc s’approcha d’En-Vérité. L’avocat posa la main dessus. L’objet pivota lentement sous sa paume, fit un tour, puis d’autres, sans à-coups, comme un patineur sur glace.

« Il vit vraiment, dit En-Vérité.

— Si on veut, fit Alvin. Mais il pense tout seul, comme qui dirait. Enfin, c’est pas comme si j’l’avais apprivoisé ni rien.

— Je peux le prendre ? demanda l’Anglais.

— Ça, j’connais pas. Personne d’autre que moi a essayé.

— Ce serait une bonne chose, dit le juge, si on pouvait le soulever pour voir s’il pèse comme de l’or ou s’il s’agit d’un autre alliage plus léger.

— C’est l’or le plus pur que vous verrez jamais dans vot’ vie, mais soulevez-le si vous pouvez. »

En-Vérité s’accroupit, passa les mains sous le soc et produisit son effort. Il grogna sous le poids, mais l’objet lui resta dans les bras lorsqu’il le souleva. Pourtant il avait du mal à le retenir. « Il veut tourner, dit En-Vérité.

— C’est un soc, rappela Alvin. M’est avis qu’il veut trouver d’la bonne terre.

— Vous ne pourriez pas vraiment labourer avec ça, quand même ? fit le juge.

— J’vois pas pourquoi j’l’aurais fait si c’est pas pour labourer. J’veux dire, si j’ai voulu faire un bol, je m’suis trompé d’forme, croyez pas ?

— Vous pouvez me le passer ? demanda le juge.

— Bien sûr », répondit En-Vérité. Il se rapprocha du juge et tendit le soc pendant que le vieil homme refermait les mains dessus. Puis En-Vérité le lâcha.

Aussitôt, le soc se mit à ruer dans les bras du juge. Avant qu’il ne le laisse tomber, Alvin avança la main droite et la posa sur le devant du soc. Il se calma tout de suite.

« Pourquoi n’a-t-il pas fait ça avec maître Cooper ? demanda le juge d’une voix un peu tremblante.

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