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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— J’l’amènerai, répondit Horace. Il s’en ira pas nulle part tant qu’Alvin reste en prison, n’importe comment.

— Ne faites pas le malin avec moi. Horace, je vous préviens, fit le juge.

— J’ai pas idée d’faire le malin, sacordjé, murmura l’aubergiste en se rasseyant.

— Et ne jurez pas dans ma salle de tribunal non plus, monsieur Guester, et ne me faites pas l’insulte de croire que parce que j’ai des cheveux blancs je suis sourd. » Le juge donna des coups secs de son marteau. « Bon, nous en avons terminé avec les requêtes et…

— Votre Honneur, fit En-Vérité.

— C’est moi, dit le juge. Quoi, vous avez une autre requête ?

— Oui.

— Et il reste à débattre de la requête pour apporter le soc, proposa Marty Laws avec obligeance.

— Sacordjé, marmonna le juge.

— Ça, j’l’ai entendu, juge ! s’écria Horace Guester.

— Huissier, veuillez expulser monsieur Guester », ordonna le magistrat.

Ils attendirent tous tandis qu’Horace se levait et s’empressait de sortir de la salle.

« Quelle est votre nouvelle requête, maître Cooper ?

— Je demande respectueusement à connaître le rôle de maître Webster dans ce tribunal. Il n’a pas l’air d’un représentant du comté de Hatrack ni de l’État de l’Hio.

— Êtes-vous procureur adjoint ou une autre bêtise de ce genre ? demanda le juge à Daniel Webster.

— Oui, répondit Webster.

— Voilà, maintenant vous savez.

— Je vous prie de m’excuser, Votre Honneur, mais il me semble clair que les honoraires de maître Webster ne sont pas payés par le comté. Je demande respectueusement à savoir qui le paye ou s’il agit par bonté d’âme. »

Le juge se pencha sur son bureau et inclina la tête pour regarder Daniel Webster. « Maintenant que vous le dites, à ma souvenance, je ne vous ai jamais vu représenter un seul client qui n’était pas soit très riche soit très célèbre, maître Webster. J’aimerais moi aussi savoir qui vous paye.

— Je suis ici pour offrir mes services, répondit Webster.

— Donc, si je vous faisais prêter serment et que je vous demandais de me dire si votre temps et vos dépenses ici sont ou ne sont pas payées par un autre que vous, vous me répondriez que vous ne touchez aucune rémunération ? Sous serment ? »

Webster eut un léger sourire. « J’ai reçu une avance sur honoraires, donc mes dépenses sont payées, mais pas pour cette affaire en particulier.

— Laissez-moi vous poser la question autrement. Si vous ne voulez pas que l’huissier vous expulse comme monsieur Guester, dites-moi qui vous paye.

— J’ai reçu mon avance de la Croisade pour les droits de la propriété, 44 rue Harrison, Carthage City, État de la Wobbish. » Webster eut encore un sourire vague.

« Est-ce que ça répond à votre demande respectueuse, maître Cooper ? fit le juge.

— Oui, Votre Honneur.

— Alors je déclare cette…

— Votre Honneur ! s’écria Marty Laws. La question de l’appartenance du soc.

— Très bien, maître Laws, fit le juge. Mais soyez bref.

— C’est ridicule que le prévenu reste en possession de l’objet du délit, voilà tout.

— Étant donné que le prévenu est détenu dans la prison du comté, intervint En-Vérité Cooper, et que le soc est en sa possession, ledit objet, de même que ses vêtements, sa plume, son encre, son papier et tout ce qu’il possède, se trouve par conséquent lui aussi sous la garde de la prison du comté. La requête de l’État est sans intérêt.

— Comment nous savons que le prévenu détient vraiment le soc ? demanda Marty Laws. Personne ne l’a vu, le soc.

— C’est un fait, dit le juge qui regarda En-Vérité.

— À cause des propriétés particulières du soc, fit En-Vérité, le prévenu estime risqué de le quitter des yeux. Néanmoins, si l’État souhaite nommer trois représentants de la cour pour le voir…

— Ne compliquons pas les choses, fit le juge. Maître Laws, monsieur Cooper et moi-même irons voir ce soc aujourd’hui, dès que nous en aurons terminé ici. »

En-Vérité constata avec plaisir que Daniel Webster s’empourprait de rage en comprenant qu’on refusait de le traiter en égal et qu’on ne l’invitait pas. Webster tirailla sur le vêtement de Laws et lui chuchota à l’oreille.

« Hum, Votre Honneur, dit Laws.

— Quel message nous transmettez-vous de la part de maître Webster ? demanda le juge.

— On ne peut pas exactement nous considérer comme des témoins, vous, maître Cooper et moi, vu ce que nous… euh… ce que nous sommes.

— Je croyais qu’il s’agissait de s’assurer de l’existence du soc. Si vous, maître Cooper et moi, nous le voyons, alors je crois que nous pouvons quand même certifier à tout le monde qu’il existe.

— Mais dans le procès, il nous faudra d’autres témoins que le prévenu et monsieur Conciliant Smith pour déposer au sujet du soc.

— On aura tout le temps de s’en inquiéter plus tard. Je suis sûr que nous trouverons aussi des témoins qui le verront d’ici là. Combien vous en voulez ? »

Autre conciliabule à voix basse. « Huit, ce serait parfait, répondit Laws.

— Maître Cooper et vous allez vous consulter au plus vite pour vous mettre d’accord sur les huit personnes que vous voulez comme témoins. Mais avant, tous les trois, nous allons rendre visite à monsieur Alvin Smith dans sa prison et jeter un coup d’œil sur ce merveilleux soc d’or légendaire et mythique qui a… Comment vous avez dit, maître Cooper ?

— Des propriétés particulières, répondit En-Vérité.

— Vous autres, les Anglais, vous savez manier les mots. »

Une fois encore. En-Vérité sentait une espèce de méchanceté du juge à son endroit. Comme avant, il n’avait aucune idée de ce qu’il avait commis pour la susciter.

Pourtant, en dehors de l’énervement du magistrat, les choses s’étaient plutôt bien passées.

Sauf, bien sûr, si les Miller s’étaient trompés et que les pisteurs pouvaient effectivement reconnaître dans Arthur Stuart l’esclave marron recherché. Des problèmes se poseraient alors. Mais… cette affaire avait un bon côté : si En-Vérité s’acquittait mal de sa tâche, s’il n’évitait pas à son client d’être condamné à la pendaison ni au petit Arthur Stuart de retourner en esclavage, Alvin, étant Faiseur, aurait toujours moyen de récupérer le gamin et de s’en aller ; et personne ne pourrait les arrêter si Alvin ne voulait pas qu’on les arrête, ni les retrouver s’il ne voulait pas qu’on les retrouve.

En-Vérité n’avait cependant pas l’intention de bâcler son travail. Il comptait gagner de façon spectaculaire. Il comptait laver le nom d’Alvin de toutes les accusations afin que le Faiseur soit libre et lui enseigne tout ce qu’il voulait apprendre. Il avait une autre raison, plus profonde, une raison qu’il ne cherchait pas à se cacher mais qu’il n’aurait pas reconnue devant quiconque : il voulait que le Faiseur le respecte ; il voulait qu’Alvin Smith le regarde dans les yeux et lui dise : « Bravo, l’ami. »

Voilà qui serait agréable. Voilà ce que voulait En-Vérité Cooper.

XIV

Les témoins

Tous ces jours à attendre n’étaient pas si terribles, à vrai dire. Il ne se passait rien dans la prison, mais ça ne gênait pas Alvin de rester seul et de ne rien faire. Ça lui donnait du temps pour réfléchir. Et le temps pour réfléchir, c’était du temps pour concevoir. Non pas comme lorsqu’il était petit, qu’il confectionnait des paniers pour insectes avec des brins d’herbes arrachés pour repousser le Défaiseur. Mais pour concevoir dans sa tête. Pour essayer de se rappeler la Cité de Cristal telle qu’il l’avait vue dans la trombe avec Tenskwa-Tawa. Pour essayer de comprendre comment était faite une ville pareille. Je ne peux pas apprendre aux gens comment la bâtir si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit.

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