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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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À l’extérieur de la prison, il le savait, le Défaiseur parcourait le monde, démolissant un peu par-ci, renversant un peu par-là, insérant un coin dans la moindre petite fissure qu’il trouvait. Et il y avait toujours des gens en quête du Défaiseur, qui cherchaient hors d’eux-mêmes un terrible pouvoir destructeur. Les pauvres imbéciles, ils s’imaginaient que la Destruction se limitait à la simple démolition, ils y recouraient, et quand ils en avaient terminé, ils se mettaient à bâtir. Mais on ne bâtit pas sur de telles fondations. Voilà le grand secret du Défaiseur, songeait Alvin. Une fois qu’il a donné le goût de démolir, c’est difficile de recommencer à construire, difficile de redevenir soi-même. Le terrassier endommage la terre en même temps que la pelle. Et lorsque vous acceptez votre rôle d’outil dans les mains du Défaiseur, il vous use, il vous esquinte, il vous émousse, il vous entame ; vous, pendant ce temps-là, vous vous trouvez malin, brillant, en excellente condition, en pleine possession de vos moyens, et vous ne comprenez que lorsqu’il vous lâche, qu’il vous laisse carrément tomber. C’était quoi, ce bruit ? Eh ben, c’était moi. Oui, c’était moi, ce bruit d’outil foutu. Pourquoi tu m’abandonnes ? Je peux encore servir !

Hélas non, on ne peut plus servir quand on est passé entre les mains du Défaiseur.

Ce que se disait Alvin, c’est que le Faiseur, lui, ne prend pas les gens pour des outils. Il ne les use pas pour atteindre un but personnel. C’est lui qui s’use en aidant les autres à atteindre les leurs. Il s’use à enseigner, à guider, à convaincre, à écouter les conseils et à laisser les gens le convaincre, lui, quand il leur arrive d’avoir raison. Et alors, au lieu d’un chef et d’un tas d’outils fichus, on a une ville entière de Faiseurs, tous libres citoyens, tous durs à la tâche…

Sauf qu’il y avait un petit ennui. Alvin ne réussissait pas à enseigner l’art du Faiseur. Oh, il obtenait quelques résultats : ses élèves acquéraient plus ou moins le bon état d’esprit, et leur travail s’en trouvait un peu amélioré. Et certains, comme Mesure surtout, et sa sœur Aliénor, apprenaient une chose ou deux, ils distinguaient une lueur. Mais le plus gros restait dans le noir.

Et voilà que débarque cet avocat d’Angleterre, cet En-Vérité Cooper, et il sait depuis toujours comment effectuer en une seconde ce que Mesure n’obtiendrait qu’au bout d’une journée d’efforts acharnés. Fermer un livre et le souder en un bloc de bois et de tissu, puis le rouvrir sans abîmer aucune page, avec les lettres toujours imprimées dessus.

Ça, c’est un Faiseur.

Qu’est-ce qu’il pourrait lui apprendre, à ce gars-là ? En-Vérité savait depuis toujours. Et comment espérer apprendre à ceux qui ne savaient pas depuis toujours ? De toute façon, comment pourrait-il enseigner quoi que ce soit alors qu’il ignorait comment fabriquer le cristal dont serait faite la cité ?

On ne peut pas bâtir une ville en verre ; le verre casserait, il ne supporte pas les poids. On ne peut pas la bâtir en glace parce que la glace n’est pas assez transparente, et que se passerait-il, en été ? Les diamants, eux, sont assez durs, mais une cité en diamant, même s’il en trouvait ou produisait une quantité aussi grande… Jamais on ne les laisserait employer un matériau aussi précieux pour la construction, en un rien de temps des démolisseurs viendraient voler des morceaux de maisons afin de s’enrichir, et bientôt la ville ressemblerait à un gruyère, avec plus de trous que de murs.

Oh oui, Alvin pouvait se consacrer à ces réflexions et ces questions, revenir sur les souvenirs et les mots des livres qu’il lisait à l’époque où mademoiselle Larner – à l’époque où Peggy – lui donnait des leçons. Il avait de quoi s’occuper l’esprit dans la solitude, ça ne le dérangeait pas, mais ça ne le dérangeait pas non plus, bien sûr, quand Arthur Smart venait lui donner des nouvelles du dehors.

Aujourd’hui, pourtant, il se passait des choses. En-Vérité Cooper devait rejeter des requêtes pour ci, des requêtes pour ça, et même s’il était bon avocat, il venait d’Angleterre et ne connaissait pas les coutumes locales, il risquait de commettre des erreurs, et s’il en commettait Alvin ne pouvait rien y faire. Il fallait se fier aux autres, et il avait horreur de ça.

« Tout le monde a horreur de ça », fit une voix, une voix familière, une voix dont il rêvait, qu’il mourait d’entendre, avec laquelle il se rappelait avoir eu maintes discussions et avait imaginé maintes disputes ; une voix dont le doux murmure le hantait la nuit et au petit matin.

« Peggy », chuchota-t-il. Il ouvrit les yeux.

Elle se tenait là, exactement comme s’il venait de l’invoquer, seulement elle était bien réelle, il ne l’avait pas fait apparaître.

Il retrouva ses bonnes manières et se leva. « M’zelle Larner, dit-il. C’est gentil à vous de passer m’voir.

— C’est davantage par nécessité que par gentillesse », fit-elle d’une voix froide. Froide. Il inspira bruyamment.

Elle regarda autour d’elle en quête d’une chaise.

Il attrapa le tabouret de sa cellule et, spontanément, sans réfléchir, le lui tendit carrément à travers les barreaux. Il se rendit même à peine compte qu’il obligeait les éléments des barreaux de fer et les fibres de bois à s’écarter pour se livrer mutuellement passage ; mais lorsqu’il aperçut les yeux écarquillés de Peggy, il comprit qu’elle n’avait bien sûr jamais vu personne passer du bois à travers du fer comme ça.

« Pardon, fit-il. J’ai encore jamais fait ça, sans avertir ni rien, j’veux dire. »

Elle prit le tabouret. « C’est très prévenant de ta part. De me donner un tabouret. »

Il s’assit sur sa couchette. Elle craqua sous lui. S’il n’en avait pas renforcé le matériau, elle aurait cédé sous son poids depuis des jours. Alvin était un homme fort et il ne ménageait guère le mobilier ; il se moquait d’entendre des gémissements de temps en temps.

« Aujourd’hui, ils font des requêtes avant le procès, j’ai l’impression.

— J’en ai vu une partie. Ton avocat est excellent. En-Vérité Cooper ?

— Je crois que lui et moi, faudrait qu’on soit amis », dit Alvin. Il attendit, à l’affût de sa réaction.

Elle hocha la tête, sourit faiblement. « Tu veux vraiment que je te dise ce que je sais sur les différents cours que votre amitié pourrait suivre ? »

Alvin soupira. « Oui… et non, vous connaissez ça.

— Je te dirai que je suis contente qu’il soit là. Sans lui tu n’aurais aucune chance de te sortir de ce procès.

— Alors, j’vais gagner, asteure ?

— Gagner, ce n’est pas tout, Alvin.

— Mais perdre, c’est rien.

— Si tu perdais mais que tu gardais la vie et ton œuvre, alors la défaite vaudrait mieux que la victoire et la mort, tu ne crois pas ?

— J’risque pas ma vie dans ce procès !

— Si, répliqua Peggy. Dès que la justice te met la main dessus, ceux qui l’utilisent à leur profit la tournent aussi contre toi. Ne te fie pas aux lois des hommes, Alvin. Elles ont été inventées par les puissants pour accroître leur pouvoir sur les faibles.

— Vous êtes pas juste, m’zelle Larner, fit Alvin. Ben Franklin et les autres qu’ont fait les premières lois…

— Leurs intentions étaient bonnes. Mais en ce qui te concerne, il suffit que tu te retrouves en prison, Alvin, pour que ta vie coure de grands dangers à chaque instant.

— Vous êtes venue pour me dire ça ? Vous connaissez que j’peux sortir d’icitte quand j’veux.

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