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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Je suis venue pour te dire quand partir, si le besoin s’en fait sentir.

— J’veux qu’on lave mon nom des menteries de Conciliant.

— Je suis aussi venue t’aider pour ça, dit-elle. Je vais témoigner. »

Alvin se remémora la nuit où était morte Dame Guester, la mère de Peggy, même s’il ignorait à l’époque que mademoiselle Larner était en réalité Peggy Guester jusqu’à ce que la jeune femme s’agenouille en larmes près du corps sans vie de la femme de l’aubergiste. Juste au moment où ils avaient entendu le premier coup de feu, Peggy et lui étaient sur le point de se déclarer leur amour mutuel et de décider de se marier. Puis la mère de mademoiselle Larner avait tué le pisteur, l’autre pisteur l’avait tuée à son tour, et Alvin était arrivé trop tard pour la guérir du coup de fusil ; tout ce qu’il avait trouvé à faire, c’était massacrer l’homme qui l’avait abattue, le massacrer de ses mains nues, et pour quel résultat ? Pour quel profit ? Était-ce là un acte de Faiseur ?

« J’veux pas d’vous comme témoin.

— Je n’y tiens pas moi-même, dit-elle. Je ne le ferai pas si on peut l’éviter. Mais tu dois dire à En-Vérité qui et ce que je suis, lui dire qu’il devra me regarder quand il en aura terminé avec les autres témoins, et si je hoche la tête m’appeler à la barre, sans discussion. Tu comprends ? Je saurai mieux qu’aucun de vous deux si ma déposition est nécessaire ou non. »

Alvin entendait ce qu’elle disait et savait qu’il serait d’accord, mais une part de lui-même bouillait de colère sans qu’il sache pourquoi – il mourait d’envie de la voir depuis maintenant plus d’un an, soudain elle était là et tout ce qu’il désirait, c’était lui crier dessus.

Enfin, il ne lui cria pas dessus. Mais il lui parla d’une voix rien moins qu’aimable. « C’est pour ça qu’vous êtes revenue ? Pour dire quoi faire à ce pauvre couillon d’Alvin et à ce pauvre couillon d’avocat ? »

Elle lui jeta un regard pénétrant. « J’ai rencontré un ancien ami à toi sur le bac. »

L’espace d’un instant le cœur du prisonnier bondit dans sa poitrine. « Ta-Kumsaw ? murmura-t-il.

— Grands dieux, non, fit-elle. Lui, il est là-bas dans l’Ouest, de l’autre côté du Mizzipy, que je sache. Je voulais parler d’un homme qui portait autrefois un tatouage sur une partie de son anatomie que je ne mentionnerai pas, un certain monsieur Mike Fink. »

Alvin roula des yeux. « J’gage que l’Défaiseur rassemble tous mes ennemis dans l’pays.

— Au contraire, fit Peggy. Il ne me fait pas l’effet d’un ennemi. Plutôt d’un ami. Il jure qu’il veut uniquement te protéger et je le crois. »

Elle s’attendait, il le savait, à ce qu’il prenne ça pour preuve que l’homme était digne de confiance, mais il se sentait d’humeur têtue et il garda le silence.

« Il est venu au bac de Wheerwright pour ne pas être trop loin et garder l’œil sur toi. Une conspiration vise à te faire extrader dans le Kenituck conformément à la loi des Esclaves en fuite.

— Po Doggly m’a dit qu’il voulait pas entendre causer d’ça.

— Eh bien, Daniel Webster est chez nous précisément pour veiller, que tu perdes ou que tu gagnes ici, à ce qu’on t’emmène dans le Kenituck pour y être jugé.

— J’irai pas, dit Alvin. On m’laisserait pas passer en jugement.

— Non, on ne te le permettrait pas. C’est pour cette raison que Mike Fink est venu monter la garde.

— Pourquoi donc il est d’mon bord ? J’y ai enlevé son sortilège de protection. Un sortilège joliment puissant. Presque parfait.

— Et il a hérité de quelques balafres et perdu une oreille depuis. Mais il a aussi appris la compassion. L’échange lui plaît. Et tu lui as guéri les jambes. Tu lui as laissé une chance de se défendre. »

Alvin réfléchit. « Ben ça, si j’m’attendais, dites donc… Moi, je l’prenais pour un vrai tueur.

— Quelqu’un de bon, je crois, peut quelquefois se tromper par ignorance, faiblesse ou raisonnement incorrect, mais dans les moments difficiles la bonté finit quand même par l’emporter. Et quelqu’un de mauvais peut souvent avoir l’air bon et sûr pendant longtemps, mais dans les moments difficiles sa méchanceté finit par ressortir.

— Alors c’est p’t-être ça qu’on attend, que s’en viennent des moments assez difficiles pour que l’monde s’aperçoive comment j’suis mauvais. »

Elle eut un petit sourire. « La modestie est une vertu, mais je te connais trop bien pour croire une minute que tu te prends pour un mauvais homme.

— J’suis pas tout l’temps après m’demander si j’suis bon ou mauvais. Je m’demande bien plusse si j’vaux quèque chose ou pas. Pour le moment, m’est avis que j’vaux ’core moins qu’un foutu couillon.

— Alvin, fit-elle, avant tu ne jurais jamais devant moi. »

Il sentit le reproche, mais l’idée de l’embêter lui fit plutôt plaisir. « C’est jusse l’mauvais qu’est en moi qui r’sort.

— Tu es très fâché contre moi.

— Oui, bon, vous connaissez tout, vous voyez tout.

— J’ai été très occupée, Alvin. Toi, tu réalisais l’œuvre de ta vie, et moi la mienne.

— Dans l’temps, j’espérais que c’était p’t-être la même.

— Ce ne sera jamais la même. Mais nos tâches peuvent être complémentaires. Je ne serai jamais un Faiseur. Je ne vois que ce qu’il y a à voir. Alors que toi, tu imagines ce qui peut être fait et tu le fais. Mon don à moi est de loin le moins intéressant et il ne t’apporte pas grand-chose.

— J’ai jamais entendu de bêtise pareille.

— Ça n’a rien d’une bêtise, répliqua-t-elle sèchement. Si tu ne crois pas ce que je dis, alors repenses-y jusqu’à ce que tu comprennes. »

Il l’imagina telle qu’il la voyait autrefois, en institutrice austère d’au moins dix ans plus âgée que Peggy n’était en réalité ; elle savait toujours se servir de sa voix : il avait l’impression de recevoir des coups sur les doigts. « Ça m’apporte quèque chose de connaître c’qui va arriver après.

— Mais je ne sais pas ce qui va arriver. Je sais seulement ce qui peut arriver. Ce qui a des chances d’arriver. L’avenir peut prendre tellement de directions ! La plupart des gens avancent en aveugles, trébuchent, suivent tel ou tel chemin que je vois dans leur flamme de vie, s’en vont vers le bonheur ou le malheur. Peu de gens ont ton pouvoir, Alvin, d’ouvrir une nouvelle voie qui n’existait pas. Dans aucun avenir je ne t’ai vu passer ce tabouret à travers les barreaux de la cellule. Et pourtant c’était un geste presque inévitable de ta part : une réaction banale de jeune homme impulsif. Je vois dans les flammes de vie des gens leurs avenirs possibles selon le cours naturel des événements. Mais toi, tu es capable d’ignorer les lois de la nature, je n’arrive donc pas à bien te prévoir. Des fois je te distingue clairement ; mais il y a de grands fossés, noirs et profonds. »

Il se leva de la couchette, s’approcha des barreaux, les saisit et s’agenouilla devant la jeune femme. « Aidez-moi à trouver comment bâtir la Cité de Cristal.

— J’ignore comment tu vas t’y prendre. Mais j’ai vu mille avenirs où tu le fais.

— Dites-moi vers quoi j’dois m’tourner pour apprendre !

— Je ne sais pas. En tout cas, ça n’obéit pas aux lois de la nature. Du moins je crois que ça explique pourquoi je ne vois rien.

— D’après Vialatte Franker, ma vie s’achève à Carthage City », dit Alvin.

Peggy se raidit. « Comment le sait-elle ?

— Elle connaît d’où s’en viennent les choses et ousqu’elles finissent.

— Ne va pas à Carthage City. N’y va jamais.

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