Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
Guérir les malades. C’était à ça que travaillait Napoléon désormais. Il savait pertinemment que Calvin ne le guérissait pas à dessein ; il savait aussi que si l’Américain venait à comprendre que son patient tirait réellement les ficelles, il prendrait sûrement le large et l’abandonnerait à sa goutte. Il lui fallait donc maintenir un équilibre délicat : le railler parce que son frère guérissait et que lui n’y arrivait pas, et en même temps le convaincre qu’il avait déjà appris tout ce que l’Empereur avait à enseigner, que ce n’était plus maintenant qu’une question de pratique pour qu’il excelle à dominer ses semblables.
Si ça marchait, le gamin, assuré d’avoir extrait la dernière parcelle de connaissance du cerveau de Napoléon, finirait par montrer qu’il valait son frère. Il guérirait l’Empereur, puis quitterait aussitôt la cour et reprendrait le bateau pour l’Amérique afin de défier son aîné – d’essayer, grâce aux leçons de Napoléon, de prendre l’ascendant sur lui.
Évidemment, s’il repartait là-bas et qu’aucune leçon de l’Empereur ne se révélait efficace, il reviendrait se venger ! Mais Napoléon l’instruisait réellement. Suffisamment pour jouer sur les faiblesses des faibles, les peurs des peureux, les ambitions des orgueilleux, l’ignorance des imbéciles. Ce dont Calvin ne se doutait pas, c’était que Napoléon ne lui enseignait aucun des arts vraiment difficiles : comment retourner les vertus des hommes de bien contre eux-mêmes.
Le plus drôle, c’est que Calvin vivait au milieu des hommes les meilleurs, ceux que Napoléon avait eu le plus de mal à dominer. Le marquis de La Fayette, par exemple – c’était le serviteur qui donnait son bain à l’Américain, tout comme il le donnait à l’Empereur. Jamais Calvin n’aurait imaginé que Napoléon gardait ses ennemis les plus dangereux auprès de lui, inconscient des humiliations qu’il leur infligeait. Si seulement Calvin pouvait comprendre, il s’apercevrait que c’est ça, le vrai pouvoir. Les malfaisants, les faibles, les froussards, on les dompte facilement. C’était uniquement lorsque Napoléon avait pris l’ascendant sur les hommes vertueux qu’il avait enfin eu l’assurance d’accéder au pouvoir, de détrôner le roi et de prendre sa place, de conquérir l’Europe et d’imposer sa paix aux nations en guerre.
Calvin ne voit rien parce que, lui-même froussard et ambitieux, il ne comprend pas le courage et la générosité. Pas étonnant qu’il en veuille autant à son frère ! D’après ce qu’en disait le jeune Américain, Napoléon avait l’impression qu’Alvin représenterait sûrement un morceau coriace pour lui, un cas très difficile à résoudre. D’ailleurs, connaître l’existence du frère de Calvin suffisait pour que Napoléon diffère son projet de renforcer ses armées au Canada en vue de conquérir les trois nations anglophones d’Amérique. Inutile de donner l’occasion à Alvin de tourner les yeux vers l’est. C’était un combat dans lequel Napoléon refusait de se lancer.
Il préférait renvoyer Calvin chez lui, nanti d’un savoir-faire en matière de duperie, subversion, corruption et manipulation. Il n’aurait aucun ascendant sur Alvin, évidemment, mais il parviendrait sûrement à le tromper, car Napoléon savait pertinemment que si les malfaisants, les faibles et les froussards croyaient lire dans les actes d’autrui leurs propres mobiles indignes, les vertueux avaient de leur côté tendance à prêter à leurs semblables les intentions les plus pures ; sinon pourquoi y avait-il autant de fieffés menteurs qui réussissaient à filouter le monde ? Si les gens honnêtes ne faisaient pas autant confiance aux fripouilles, l’espèce humaine serait éteinte depuis longtemps – la plupart des femmes n’auraient jamais laissé la plupart des hommes les aborder.
Que les deux frères se battent entre eux, et on verra. Si quelqu’un peut écarter la menace que représente cet Alvin Smith, c’est bien son cadet à même de s’en approcher – contrairement moi, malgré toutes mes armées, malgré toute mon habileté. Oui, qu’ils se battent donc entre eux.
Mais pas avant que ma jambe soit guérie.
« Mon cher Léon, vous n’allez tout de même pas dormir dans un lit aussi mal fait. »
C’était La Fayette, venu voir comment il allait avant qu’il s’endorme. Napoléon laissa le marquis lui remonter sa couverture. La nuit était fraîche ; c’était agréable d’être l’objet d’une sollicitude aussi tendre de la part d’un ami fidèle, digne de confiance, aux grandes responsabilités, à l’esprit créateur. Je tiens dans les mains ce qui se fait de mieux en hommes, et sous ma botte ce qui se fait de pire. Mon exploit dépasse de loin celui de Dieu. Le vieux barbu a mal choisi son fils unique. À la place de ce balourd, à Jérusalem, j’aurais imposé ma loi à Rome en un rien de temps et converti le monde entier à ma doctrine.
Voilà peut-être ce qu’était Alvin : le deuxième essai de Dieu ! Eh bien, Napoléon allait apporter sa contribution à l’intrigue. Il allait envoyer à Alvin Smith son Judas.
« Vous avez besoin de sommeil, Léon, dit La Fayette.
— J’ai tant de choses en tête, fit Napoléon.
— Heureuses, j’imagine.
— Heureuses, en effet.
— Pas de douleur à la jambe ? C’est bien commode d’avoir ce jeune Américain auprès de vous, s’il vous évite ces affreuses souffrances.
— Je sais, quand j’ai mal je suis très difficile à vivre, dit Napoléon.
— Pas du tout, aucunement. Loin de moi cette pensée. C’est un plaisir d’être avec vous.
— Vous ne regrettez rien, cher marquis ? Les armées, le pouvoir ? Le gouvernement, la politique, les intrigues ?
— Oh, Léon ! Comment pourrais-je les regretter ? À travers vous j’ai tout cela. Je regarde ce que vous accomplissez et je m’émerveille. Jamais je n’aurais pu faire aussi bien. Avec vous, je suis à l’école tous les jours ; vous êtes un maître prodigieux.
— Vraiment ?
— Le maître. Le maître suprême, mon cher Léon. Comme le nom que porte votre maison en Corse lui va bien, cher ami ! Buona Parte. La bonne part. Vous avez véritablement reçu la meilleure part des dons humains.
— Que c’est aimable à vous, mon cher marquis. Bonne nuit.
— Que Dieu vous bénisse. »
La bougie quitta la chambre, et la lune renvoya sa lumière pâle à travers les rideaux.
Je sais que tu m’examines, Calvin. Tu m’envoies dans les jambes ta bestiole, comme tu l’appelles si bizarrement, pour trouver la cause de la goutte. Tâche de réussir. Sois aussi malin que ton frère dans ce domaine, ainsi je pourrai enfin me débarrasser à la fois de toi et de la douleur.
En-Vérité avait connu des hommes dépravés dans sa vie ; on lui avait proposé de grosses sommes d’argent pour en défendre un de temps en temps, mais sa conscience n’était pas à vendre. Il se rappela l’un d’eux qui, croyant que ses laquais n’avaient pas été explicites sur le montant exact qu’il offrait, était personnellement venu le voir. Lorsqu’il avait fini par comprendre que l’avocat ne résistait pas dans le but d’obtenir davantage, il avait paru vexé. « Vraiment, maître Cooper, pourquoi mon argent ne vaut-il pas celui des autres ?