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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— C’est-à-dire, reprit Josette, toujours occupée à édifier son chancelant bâtiment de semoule, qu’il y a se déplacer et se déplacer. Si le commissaire ne peut plus bouger, si c’est une question de vie ou de mort…

Elle s’interrompit.

— Cela, c’est Josette, déclara Clémentine. Des restants de son éducation, on peut rien y faire. Les riches, ça cause comme ça marche, avec des précautions. Ça cuit de peur. Ben t’es pauvre maintenant, Josette, alors cause.

— On peut se déplacer autrement qu’avec ses jambes, dit Josette. C’est ce que je voulais dire. Et plus vite et plus loin.

— Comment ? lui demanda Adamsberg.

— Avec le clavier. S’il s’agit de trouver des logis par exemple, vous pouvez prendre le réseau.

— Je sais, Josette, répondit gentiment Adamsberg. Par l’Internet. Mais les logis que je cherche ne sont pas à la disposition du public. Ils sont cachés, secrets, souterrains.

— Oui, hésita Josette. Mais je parlais bien du réseau souterrain. Du réseau secret.

Adamsberg garda le silence, peu sûr de comprendre les paroles de Josette. Clémentine en profita pour lui verser un verre de vin.

— Non, Clémentine. Depuis cette cuite, je ne bois plus.

— Dites, vous allez pas me faire une allergie par-dessus le marché ? Un verre à table, c’est obligé.

Et Clémentine versa. Josette tapotait les murs imprécis de sa maison en semoule, y piquant des raisins pour former les fenêtres.

— Le réseau secret, Josette ? demanda doucement Adamsberg. C’est là que vous voyagez ?

— Josette, elle va où qu’elle veut dans ses souterrains, déclara Clémentine. Et des foyes la voilà à Hambourg, et des foyes la voilà à New York.

— Pirate informatique ? demanda Adamsberg, stupéfait. Hacker ?

— Aqueuse, exactement, confirma Clémentine avec satisfaction. Josette, elle pique aux gros et elle donne aux maigres. Par les tunnels. Faut me boire ce verre, Adamsberg.

— C’était cela, Josette, les « transferts » et les « répartitions » ? demanda Adamsberg.

— Oui, dit-elle en croisant rapidement son regard. J’égalise.

Josette enfonçait à présent un raisin dans le toit pour figurer la cheminée.

— Où vont les fonds détournés ?

— À une association, et à mon salaire.

— Où prenez-vous les fonds ?

— Un peu partout. Là où les grosses fortunes les camouflent. J’entre dans les coffres et je ponctionne.

— Sans trace ?

— Je n’ai eu qu’un seul ennui en dix ans, il y a trois mois, parce que j’ai dû opérer en hâte. C’est pour cela que je suis chez Clémentine. J’efface mes pas, j’ai presque fini.

— Ça vaut rien de se presser, dit Clémentine. Mais lui, c’est spécial, il a que six semaines. Faudrait voir à pas l’oublier.

Adamsberg considérait avec stupeur ce pirate, ce hacker courbé à ses côtés, petite femme âgée et maigre aux gestes tremblotants. Et qui s’appelait Josette.

— Où avez-vous appris cela ?

— Cela vient tout seul quand on a le doigté. Clémentine m’a dit que vous étiez dans les embarras. Et, pour Clémentine, si je peux rendre service.

— Josette, interrompit Adamsberg, seriez-vous capable de pénétrer dans les fichiers d’un notaire, par exemple ? De consulter ses dossiers ?

— C’est une base, répondit la voix fragile. S’ils sont informatisés bien sûr.

— De déverrouiller leurs codes ? Leurs barrages ? Comme un passe-muraille ?

— Oui, dit modestement Josette.

— Comme un fantôme en quelque sorte, résuma Adamsberg.

— Faut bien ça, dit Clémentine. Parce que c’est un bon dieu de fantôme qu’il a sur le dos. Et il est agrippé, faut voir. Josette, joue pas avec la nourriture, c’est pas que ça me gêne personnellement mais ç’aurait pas été du goût de mon père.

Assis en tailleur et pieds nus sur le vieux canapé fleuri, Adamsberg sortit son nouveau téléphone pour appeler Danglard.

— Pardon, lui dit Josette, vous appelez un ami sûr ? Dont la ligne est sûre ?

— Il est neuf, Josette. Et j’appelle sur un portable.

— C’est difficile à repérer mais si vous dépassez huit à dix minutes, vous feriez mieux de changer de fréquence. Je vous prête le mien, il est équipé. Surveillez l’heure et changez, en appuyant sur ce petit bouton. Je vous arrangerai le vôtre demain.

Impressionné, Adamsberg accepta l’appareil perfectionné de Josette.

— J’ai six semaines de sursis, Danglard. Obtenues à l’arraché sur la face cachée de Brézillon.

Danglard émit un sifflement d’étonnement.

— Je pensais que ses deux faces étaient de glace.

— Non, il y avait un passage de poudreuse. Je l’ai pris. J’y ai prélevé une arme, une nouvelle plaque, et la levée partielle et officieuse de la surveillance. Je ne garantis rien pour les écoutes, et je ne suis pas libre d’aller ici et là. Si je me fais repérer, Brézillon tombe avec moi. Or il se trouve qu’il me fait confiance, à titre hebdomadaire. En outre, c’est un gars qui écrase son mégot avec son pouce sans se brûler. Bref, je ne peux pas le compromettre, je ne peux pas aller aux fichiers.

— C’est-à-dire que j’y vais ?

— Ainsi qu’aux archives. On doit combler le vide entre la mort du juge et Schiltigheim. C’est-à-dire repérer les meurtres à trois coups sur les seize dernières années. Vous pouvez vous en charger ?

— Du Disciple, oui.

— Envoyez cela par mail, capitaine. Une seconde.

Adamsberg appuya sur le bouton indiqué par Josette.

— Ça bourdonne, dit Danglard.

— Je viens de changer de fréquence.

— Sophistiqué, commenta Danglard. Engin de mafieux.

— J’ai changé de bord et de fréquentations, capitaine. Je m’adapte.

Tard dans la nuit, sous les courtepointes un peu fraîches, Adamsberg fixait les tisons du feu dans l’obscurité, évaluant les possibilités immenses que lui ouvrait la présence en les murs d’une vieille pirate de l’électronique. Il cherchait à se rappeler le nom du notaire qui avait réglé la vente du manoir pyrénéen. Il l’avait su, à l’époque. Le notaire de Fulgence devait être nécessairement tenu au mutisme absolu. Un juriste qui, en son jeune temps, avait dû commettre quelque irrégularité que Fulgence avait écrasée. Et qui était tombé dans le panier, vassal du magistrat pour la vie. Son nom, bon sang. Il revoyait la plaque dorée briller sur la façade d’une maison bourgeoise, quand il était venu consulter l’homme de loi sur la date d’achat du manoir. Il se souvenait d’un homme jeune, pas plus de trente ans. Avec de la chance, il était encore en activité.

La plaque dorée se mêlait dans ses yeux au flamboiement des braises. Il se souvenait d’un nom sans joie, décevant. Il repassa lentement toutes les lettres de l’alphabet. Desseveaux. Maître Jérôme Desseveaux, notaire. Tenu par les couilles par la main de fer du juge Fulgence.

XLIV

Fasciné par l’imprévisible dextérité de Josette, Adamsberg, assis à ses côtés, la regardait manœuvrer sur son ordinateur, ses mains menues et ridées tremblant au-dessus du clavier. Sur l’écran s’affichaient à grande vitesse des séries de chiffres et de lettres innombrables auxquelles Josette répondait par des lignes tout aussi hermétiques. Adamsberg ne voyait plus l’engin comme à l’habitude mais comme une sorte de grosse lampe d’Aladin dont le génie allait sortir pour lui proposer aimablement d’exaucer trois vœux. Encore fallait-il savoir le manipuler alors que, dans les temps anciens, le premier imbécile venu savait passer un bon coup de chiffon sur la lampe. Les choses s’étaient beaucoup compliquées, en matière de vœux.

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