Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]
Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique. Tandis que la guerre est sur le point de ravager l'Europe, Jacques tente désespérément de sauver la paix, mais l'assassinat de Jaurès précipite le monde dans l'horreur, horreur à laquelle le jeune homme se refuse. Antoine, lui, participe au conflit. En 1918, survivant condamné par les gaz des champs de bataille, il comprend enfin le sens de la vie de son frère et les limites de la sienne.
1 ... 62 63 64 65 66 67 68 69 70 ... 181
Перейти на страницу:

Il se pencha brusquement vers la corbeille, ramassa une moitié d’enveloppe, en tira un fragment de billet, qu’il déplia. Ce n’était qu’un cri, violent et doux comme une caresse :

« … Ce soir. Chez nous. Je t’attendrai… Il faut que je te voie. Promets-moi que tu viendras. Mon Tony. Viens. »

Il se laissa tomber dans son fauteuil. Passer une dernière nuit contre elle… Être encore une fois câliné… Pouvoir, encore une fois, s’endormir et oublier tout, dans ses bras… Une nostalgie soudaine, une vague de détresse, violente comme une lame de fond, le submergea. Il mit ses coudes sur la table, et, pendant quelques minutes, sa tête entre les mains, il sanglota comme un enfant.

LXX

Paris était calme, mais tragique. Les nuages qui s’amoncelaient depuis midi formaient une voûte sombre qui plongeait la ville dans une pénombre crépusculaire. Les cafés, les magasins, prématurément éclairés, jetaient des traînées livides à travers les rues noires, où la foule, privée de ses moyens de transport, courait, hâtive et angoissée. Les bouches du métro refoulaient jusque sur le trottoir le flot des voyageurs, contraints, malgré leur impatience, à piétiner une demi-heure sur les marches avant de pouvoir pénétrer à l’intérieur.

Jacques et Jenny, renonçant à attendre, gagnèrent à pied la rive droite.

Les crieurs de journaux étaient postés à tous les coins. On s’arrachait les éditions spéciales. On s’arrêtait, une minute, pour les parcourir d’un œil avide. Chacun, malgré lui, y cherchait obstinément la grande nouvelle : que tout était arrangé ; que les dirigeants d’Europe s’étaient subitement ressaisis ; qu’ils avaient, d’un commun accord, trouvé une solution amiable ; que l’absurde cauchemar était enfin dissipé ; qu’on en était quitte pour la peur…

À l’Humanité, depuis que la mobilisation était décrétée, le vide, comme ailleurs, s’était fait ; chacun semblait avoir été repris par sa vie personnelle. L’entrée, l’escalier, étaient déserts. L’unique garçon, qui allait et venait dans le couloir, prévint Jacques que Stefany n’était pas dans son bureau. La permanence était assurée par Gallot ; mais il travaillait au numéro du lendemain ; il avait condamné sa porte ; et Jacques, que Jenny, exténuée suivait comme une ombre, n’essaya pas de forcer la consigne.

— « Allons jusqu’au Progrès », dit-il.

Au café, dans la salle du bas, personne. Le gérant lui-même était absent ; sa femme était seule, à la caisse ; elle semblait avoir pleuré, et ne se dérangea pas.

Ils montèrent à l’entresol.

Une seule table était occupée : quelques militants, tous jeunes, et que Jacques ne connaissait pas. Ils se turent une minute, à l’arrivée de ces nouveaux venus ; mais ils reprirent vite leur discussion.

Jacques avait soif. Il fit asseoir Jenny, près de l’entrée, et descendit chercher une canette de bière.

— « Et qu’est-ce que tu veux faire d’autre, ballot ? attendre les gendarmes ? te faire fusiller, comme un imbécile ? »

Celui qui parlait était un garçon de vingt-cinq ans, au teint coloré, la casquette sur la nuque. Sa voix était âpre. Il dévisageait tour à tour ses camarades, de son œil noir et dur.

— « Et puis, je vais te dire ! » reprit-il, avec nervosité. « Pour nous, pour les types comme nous qui ont suivi ça de près, il y a une chose certaine, et qui prime tout : nous appartenons à un pays qui ne voulait pas la guerre, et qui n’a rien à se reprocher ! »

— « C’est exactement ce que disent tous les autres », interrompit le plus âgé de la bande, un homme d’une quarantaine d’années, qui portait l’uniforme des employés du métro.

— « Les Allemands ne peuvent pas dire ça ! La paix dépendait d’eux ! Dix fois, depuis quinze jours, ils ont eu l’occasion de barrer la route à la guerre ! »

— « Nous aussi ! Nous aurions pu carrément dire : “merde !” à la Russie ! »

— « Ça n’aurait rien empêché ! On voit bien, aujourd’hui, que les Allemands avaient salement manigancé leur coup ! Alors, tant pis pour eusses ! On a beau être pour la paix, on n’est pas des nouilles, après tout ! La France est attaquée, la France doit se défendre ! Et la France, c’est toi, c’est moi, c’est nous tous ! »

Sauf l’employé du métro, les autres semblaient approuver.

Jacques tourna vers Jenny un regard de détresse. Il se rappelait Studler, implorant : « J’ai besoin, besoin, de croire à la culpabilité de l’Allemagne ! »

Sans boire la bière qu’il avait versée, il fit signe à la jeune fille, et se leva. Mais, avant de partir, il s’approcha du groupe :

— « La guerre défensive !… La guerre légitime, la guerre juste !… Vous ne voyez donc pas que c’est l’éternelle duperie ! Vous aussi, vous allez vous y laisser prendre ? Il n’y a pas trois heures que la mobilisation est décrétée, et voilà déjà où vous en êtes ? Sans défense contre toutes ces passions mauvaises que la presse s’applique à exaspérer depuis une semaine ? ces passions dont les chefs militaires ne vont que trop avoir l’emploi !… Qui résistera à cette folie, si vous, socialistes, ne résistez pas ! »

Il ne s’adressait spécialement à aucun d’eux. Mais il les dévisageait, à tour de rôle, et ses lèvres tremblaient.

Le plus jeune de tous, un plâtrier dont la figure et les cheveux étaient encore poudrés de blanc, dressa vers lui sa face de pierrot :

— « Je pense comme Châtaignier », fit-il, d’une voix posée et fraîche. « Je suis mobilisé le premier jour : demain !… Je hais la guerre. Mais je suis Français. Le pays est attaqué. On a besoin de moi, j’irai ! J’irai, la mort dans l’âme ; mais j’irai ! »

— « Moi, je suis comme eux », déclara son voisin. « Moi, je pars mardi, le troisième jour… Moi, je suis de Bar-le-Duc ; mes vieux y habitent… J’ai pas du tout envie que mon patelin devienne un territoire allemand ! »

« Les neuf dixièmes des Français en sont là ! » pensa Jacques : « avides d’innocenter leur pays, et de pouvoir conclure à l’infâme préméditation de l’adversaire, pour justifier les réactions de leurs instincts défensifs. Et même », se disait-il, « dans quelle mesure ces êtres jeunes n’éprouvent-ils pas une trouble satisfaction à faire soudain partie d’une communauté outragée, à respirer cet air capiteux de rancune collective ?… » Rien n’avait changé depuis l’époque où le cardinal de Retz osait écrire : Il n’est rien de si grande conséquence dans les peuples, que de leur faire paroistre, même quand l’on attaque, que l’on ne songe qu’à se défendre.

— « Réfléchissez ! » reprit Jacques, d’une voix sourde. « Si vous abandonnez la résistance — demain, il sera trop tard !… Pensez à ceci : de l’autre côté des frontières, c’est exactement la même explosion de colères, d’accusations fausses, d’antagonismes butés ! Chaque peuple est devenu pareil à ces galopins batailleurs qui se jettent les uns sur les autres, avec des yeux de petits fauves : “C’est lui qui a commencé !…” Est-ce que ça n’est pas absurde ? »

— « Alors, quoi ? » s’écria le plâtrier. « Nous, les mobilisés, qu’est-ce que tu veux qu’on foute ? ».

— « Si vous pensez que la violence ne peut pas être la justice, si vous pensez que la vie humaine est sacrée, si vous pensez qu’il n’y a pas deux morales, celle qui condamne le meurtre en temps de paix et celle qui le prescrit en temps de guerre, — refusez la mobilisation ! Refusez la guerre ! Restez fidèles à vous-mêmes ! Restez fidèles à l’Internationale ! »

1 ... 62 63 64 65 66 67 68 69 70 ... 181
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)