Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]
Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique. Tandis que la guerre est sur le point de ravager l'Europe, Jacques tente désespérément de sauver la paix, mais l'assassinat de Jaurès précipite le monde dans l'horreur, horreur à laquelle le jeune homme se refuse. Antoine, lui, participe au conflit. En 1918, survivant condamné par les gaz des champs de bataille, il comprend enfin le sens de la vie de son frère et les limites de la sienne.
1 ... 65 66 67 68 69 70 71 72 73 ... 181
Перейти на страницу:

Jacques le regardait, abasourdi.

— « Autrement dit », trancha-t-il, « les députés socialistes français s’apprêtent à voter pour les crédits ? »

— « En tout cas, ils ne peuvent pas voter contre. »

— « Comment, ils ne peuvent pas ? »

— « Le plus probable, c’est qu’ils s’abstiendront de prendre part au vote », émit Rabbe.

— « Ah », s’écria Jacques, « si Jaurès était là ! »

— « Peuh… Je crois que, devant la situation actuelle, le Patron lui-même n’aurait pas osé voter contre. »

— « Mais », fit Jacques, hors de lui, « cette distinction entre le pays agresseur et le pays attaqué, Jaurès a montré cent fois combien elle est absurde ! Ça n’est qu’un prétexte à d’inextricables chicanes ! Vous avez tous l’air d’avoir oublié les causes véritables du pétrin où nous sommes : le capitalisme, l’impérialisme des gouvernements ! Quelles que soient les apparences que prennent les premiers actes d’hostilité, c’est contre la guerre — contre toute guerre ! — que le socialisme international doit s’insurger ! Ou bien alors !… »

Rabbe approuva évasivement.

— « En principe, oui… Et Müller a bien dit quelque chose dans ce goût-là, paraît-il… »

— « Et alors ? »

Rabbe eut un grand geste de lassitude :

— « Alors, on en est là. Et on est allé dîner, bras dessus, bras dessous. »

— « Non », répliqua. Jumelin. « Tu oublies de dire que Müller a manifesté le désir de téléphoner à Berlin, pour se concerter avec les chefs de son parti. »

— « Ah », fit Jacques, qui ne demandait qu’à reprendre espoir.

Il pivota rageusement sur ses talons, fit quelques pas au hasard, et revint se planter devant les deux hommes :

— « Savez-vous ce que je pense, moi ? Ce Müller, eh bien, il venait tout bêtement pour tâter le degré réel d’internationalisme et de pacifisme du Parti français. Et, s’il avait trouvé devant lui de vrais réfractaires, décidés à tout, décidés à la grève générale, pour faire échec au nationalisme du gouvernement, je dis que la paix pouvait encore être sauvée ! Oui ! Même aujourd’hui, même après le décret de mobilisation ! La paix pouvait encore être sauvée par l’union formidable du prolétariat français et du prolétariat allemand ! Au lieu de ça, qu’est-ce qu’il a trouvé ? Des discoureurs, des ergoteurs, des modérés, toujours prêts, en paroles, à condamner la guerre et le nationalisme, mais qui pensent déjà à voter les crédits militaires, et à donner carte blanche à l’état-major ! Jusqu’à la dernière minute, ç’aura été la même absurde et criminelle contradiction : le même conflit équivoque entre cet idéal internationaliste auquel on adhère théoriquement, et tous ces intérêts nationaux, dont, pratiquement, personne, même parmi les chefs socialistes, ne consent à faire le sacrifice ! ».

Tandis qu’il parlait, Jenny, excédée de fatigue, ne le quittait pas des yeux. La voix de Jacques l’enveloppait, comme une musique connue et caressante. Elle paraissait attentive, mais elle était trop lasse pour écouter. Elle épiait le visage de Jacques, et, dans ce visage, la bouche ; et son regard, fixé sur ces lèvres sinueuses dont la ligne s’allongeait, se contractait, comme une chose étonnamment vivante, lui donnait la sensation physique d’un contact. Au souvenir de la nuit passée dans ses bras, elle défaillait d’attente. « Partons », se disait-elle. « Qu’attend-il ? Qu’il vienne… Rentrons… Qu’importe tout le reste ? »

Cadieux, qui courait de groupe en groupe, semant des nouvelles, s’approcha d’eux :

— « On vient de faire une démarche auprès du ministre de l’Intérieur, pour que Müller puisse téléphoner à Berlin. Mais sans succès : les communications sont coupées. Trop tard ! Des deux côtés, état de siège… »

— « C’était peut-être la dernière chance », murmura Jacques, en se penchant vers Jenny.

Cadieux avait entendu ; il ricana :

— « Chance de quoi ? »

— « D’une action prolétarienne ! D’une action internationale ! »

Cadieux sourit bizarrement.

— « Internationale ? » fit-il. « Mais, mon cher, soyons réalistes : à partir d’aujourd’hui, ce qui est international, ça n’est plus la lutte pour la paix ; c’est la guerre ! »

N’était-ce qu’une boutade découragée ? Il haussa les épaules, et disparut dans la nuit.

— « Il a raison », grommela Jumelin. « Sinistrement raison. La guerre est là. Ce soir, que nous l’acceptions de bonne grâce ou non, nous sommes, nous socialistes, comme tous les Français, dans la guerre… Notre activité internationale, nous la retrouverons, nous la reprendrons, oui : mais plus tard. Ce soir, l’heure du pacifisme est passée. »

— « C’est toi, Jumelin, qui dis ça ? » fit Jacques.

— « Oui ! Il y a un fait nouveau : la guerre est. Pour moi, de ce fait, tout est changé : et notre rôle de socialistes me paraît très clair : nous ne devons pas entraver l’action du gouvernement ! »

Jacques le considérait avec stupeur :

— « Alors, tu accepterais d’être mobilisé ? »

— « Bien sûr. Mardi prochain, je t’annonce que le citoyen Jumelin sera simple bibi de seconde classe au 239e régiment de réserve, à Rouen ! »

Jacques baissa les yeux et ne répondit rien.

Rabbe lui mit la main sur l’épaule :

— « Ne te fais pas plus mauvaise tête que tu n’es… Si tu ne penses pas comme lui ce soir, tu penseras comme lui demain… C’est évident : la cause de la France, c’est la cause de la démocratie. Nous, socialistes, nous devons être les premiers à défendre la démocratie contre l’agression des impérialismes voisins ! »

— « Alors, toi aussi ? »

— « Moi ? Si je n’étais pas si vieux, j’irais m’engager… J’essayerai d’ailleurs. On peut peut-être encore utiliser ma vieille carcasse… Tu me regardes ? Je n’ai pas changé d’opinion. J’espère fermement vivre assez pour pouvoir reprendre un jour la lutte contre le militarisme. Ça reste ma bête noire !… Mais, pour le moment, pas de sottise : le militarisme n’est plus ce qu’il était hier. Le militarisme, aujourd’hui, c’est le salut de la France ; et c’est même davantage : le salut de la démocratie en péril. Alors, je rentre mes griffes. Et je suis tout prêt à faire comme les copains : à prendre un flingot, et à défendre le pays. On verra après ! »

Il soutenait crânement le regard de Jacques. Un vague sourire, à la fois confus et fier, hésitait sur ses lèvres, et rendait plus poignante la tristesse de ses yeux.

— « Même Rabbe ! » murmura Jacques, en détournant les yeux.

Il étouffait.

Il saisit le bras de Jenny, et s’éloigna avec elle, sans dire adieu.

Devant la grille, un groupe animé obstruait la sortie.

Au centre, Pagès, le secrétaire de Gallot, discutait en gesticulant. Parmi les jeunes militants qui l’entouraient, Jacques reconnut des figures de connaissance : Bouvier ; Hérard ; Fougerolle ; Latour, un syndicaliste ; Odelle et Chardent, qui étaient rédacteurs à l’Huma.

Pagès aperçut Jacques, et lui fit signe.

1 ... 65 66 67 68 69 70 71 72 73 ... 181
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)