Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Liétaud se tourna vers lui en souriant.
« Je ne pensais pas vivre assez vieux pour voir Tancrède de Tarente impressionné par quelqu’un ! »
Toutes les discussions cessèrent brusquement dans le vestiaire. Van Nizan venait d’entrer et fixait Tancrède. Chacun savait déjà qu’il avait tiré sur Tancrède alors que celui-ci se portait au secours de la victime de l’effondrement du décor. C’était bien entendu un comportement déloyal et nul ne savait comment le lieutenant de Tarente allait réagir. Van Nizan s’approcha de ce dernier, les traits tendus.
« Tancrède, je voulais te parler de notre combat…euh, personnel. »
Le Normand le dévisageait sans répondre. Son visage ne reflétait aucun sentiment.
Il en coûtait visiblement à Van Nizan de faire cette déclaration en public. Embarrassé, il continua néanmoins : « En fait… Je tenais à te présenter mes excuses pour t’avoir tiré dans le dos. Je n’avais pas vu qu’il s’était produit un accident et je pensais que tu t’enfuyais. Voilà. Je suis désolé, je n’ai pas fait honneur à mon unité. »
Un silence pesant succéda à ces paroles. Chacun était conscient de ce que représentait un tel acte de contrition pour un officier en présence de ses hommes.
Alors, Tancrède se leva et lui tendit la main en souriant.
« J’accepte tes excuses, Miles Christi. Je confirme que de là où tu te trouvais, tu ne pouvais pas voir ce qui s’était passé. »
Aussitôt, l’atmosphère se détendit dans la salle. Tout le monde était soulagé qu’un moment aussi délicat se termine aussi simplement.
Robert de Montgomery bouillait de colère.
De toute évidence, le cardinal de Kolding se foutait de sa gueule et il enrageait d’être obligé de continuer à se montrer déférent à son égard.
Il y avait vingt bonnes minutes que Robert était entré en cabine tachyonique et, dès le début, il avait été blessé dans son orgueil par l’attente que le cardinal Ubalde de Kolding, troisième conseiller personnel du pape, lui avait fait subir. Un fichu Danois dont l’ordination au Vatican n’était qu’une grâce faite aux dirigeants de l’incontournable école de guerre d’Aalborg. Le prélat était finalement arrivé sans autre excuse que l’emploi du temps impossible imposé aux proches du pape. Néanmoins, devant l’importance de sa démarche, Robert avait ravalé sa fierté et s’était contenté d’exposer ses doléances.
Il était venu se plaindre du harcèlement permanent que la famille de Tarente lui imposait sur ses propres terres et dire qu’il souhaitait avoir l’opportunité de plaider sa cause au sommet. C’est-à-dire, obtenir une entrevue avec Urbain IX lui-même. En fait de harcèlement, les Tarente avaient simplement mené quelques actions de rétorsion contre les troupes de Robert qui occupaient leurs anciennes terres, sans d’ailleurs leur causer beaucoup de dommages. Si, militairement, Robert trouvait cela stupide, ces attaques lui permettaient aujourd’hui de se placer en position de victime.
Or, depuis que l’entretien avait débuté, le cardinal de Kolding semblait prendre un malin plaisir à feindre de ne pas comprendre où le seigneur normand voulait en venir. Robert sentait qu’il perdait patience. Alors, si cette limace désirait qu’il parle sans ambages, il allait se faire un plaisir de la satisfaire.
« Je me permets de porter à l’attention de Monseigneur que la famille de Tarente a mené pas moins de sept expéditions illégales dans mes terres du Lieuvin l’an dernier. De nombreux paysans innocents ont péri lors de ces manœuvres d’intimidation et des usines ont été brûlées. »
Robert continuait à employer les formulations respectueuses requises lorsqu’on s’adresse à un haut dignitaire de l’Église, mais son ton était devenu plus ferme. Il ne doutait pas qu’Ubalde s’en était rendu compte et soupèserait désormais davantage ses réponses. En tant que duc de Normandie, Robert avait amené avec lui l’un des principaux contingents de cette croisade et nul ne pouvait se permettre d’ignorer une telle donnée. Pas même le pape, et encore moins l’un de ses cardinaux. Mais surtout, il faisait partie de la poignée de personnes qui connaissaient les détails sensibles de la croisade. Il pensait que cela devrait lui permettre d’obtenir certaines faveurs d’Urbain.
Mais ce roquet me barre la route !
Il fixa son interlocuteur droit dans les yeux et continua sur le même ton :
« Je comprends que Sa Sainteté souhaite éviter autant que possible d’intervenir dans les affaires politiques locales, mais je pense que cette situation est suffisamment grave pour justifier qu’Urbain IX lui-même tranche une fois pour toutes.
— Et vous ne doutez pas qu’il tranche en votre faveur, bien entendu », répondit le cardinal, imperturbable.
Robert serra les dents.
« Le Saint-Père est naturellement le seul à pouvoir décider du bien-fondé de ma requête, reprit-il. Néanmoins, je n’ignore pas que le droit usuel joue en ma faveur en ce qui concerne ce litige. »
Le cardinal changea de position, puis demanda : « Ces terres n’étaient-elles pas la propriété officielle de la famille de Tarente il y a quelques années encore ? »
Robert était persuadé que cet arrogant prélat affectait l’innocence.
« C’était une situation inique, Monseigneur ! Mon grand-père avait été spolié de ces terres par l’ancêtre du comte de Lisieux actuel. Je n’ai fait qu’exercer mon droit en reprenant possession de ces domaines.
— Cette affaire ne serait-elle pas plutôt du ressort du roi de France ? »
Là, c’en était trop pour Robert.
Tu veux la bagarre ? Tu vas l’avoir.
« Certes, mais le Saint-Père peut très bien trancher cette question. Personne ne conteste ses avis. J’ai donc pensé qu’étant donné mon rôle dans la croisade, étant donné mon implication personnelle dès son commencement, me référer à mon roi aurait fait peser sur cette campagne des risques inutiles. Je pourrais être soumis à de dangereuses pressions, qui pourraient m’amener à révéler certains détails qui n’étaient pas destinés à l’être. »
Le Cardinal blêmit.
Attends, mon vieux, ce n’est pas fini.
« Si le pape apprenait que j’ai dû prendre de tels risques en m’adressant au roi de France uniquement parce que l’un de ses cardinaux n’a pas jugé bon de lui transmettre ma doléance… »
À cette menace, Ubalde de Kolding se redressa aussi vivement que s’il avait reçu une gifle. Un éclair de colère lui crispa fugitivement les traits ; il avait parfaitement saisi le sous-entendu de Robert. Aussi reprit-il la parole sur un ton maîtrisé.
« Mais bien entendu, Monsieur le Duc, je me ferai un plaisir de soumettre votre requête au Saint-Père avec la plus grande diligence.
— Vous m’en voyez ravi, Monseigneur », répondit Robert sur un ton mielleux.
Alors, le cardinal se leva et Robert s’inclina avec déférence.
« Que Dieu soit avec vous, mon fils. »
L’image du prélat scintilla un instant, puis parut dévier légèrement sur la droite, provoquant pendant une seconde un curieux effet de perspective, avant de disparaître totalement.
Robert se retrouva seul dans la cabine tachyonique. Soudain, il hurla de toutes ses forces et frappa du poing sur l’accoudoir du fauteuil. Il pouvait enfin laisser libre cours à toute la rage contenue pendant l’entretien. Ah, que la simple loi des armes n’était-elle pas l’unique manière de résoudre les problèmes ! Il n’aurait alors plus à subir ces interminables circonvolutions politiques ou administratives. Comment un minable petit homme d’Église tel que ce cardinal danois, une fourmi insignifiante devant le moindre de ses soldats en armes, pouvait-il faire obstacle à ses projets ?