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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Le voyage se poursuivit à allure constante jusqu’au pied du col du Nord. Dans la montée, il fallut ralentir. Le bruit assourdissant des sabots et des roues de fer sur les cailloux s’atténua.

Le col franchi, la procession descendit par une route blanche et large où roulaient de longs convois de charrettes, pleines de marchandises.

Ils firent halte dans une auberge. Le patron laissa sa chambre à Ojsternig. Les cavaliers dormirent dans la salle à manger et dans l’écurie.

Le lendemain soir, ils aperçurent des lumières au loin, dans la plaine.

« Voilà Klognfuat, Votre Seigneurie ! », hurla le cocher en se penchant vers l’intérieur de la voiture.

À l’entrée de Klagenfurt, Ojsternig ouvrit les tentures pour admirer cette petite ville opulente.

Beaucoup de riches maisons, à trois, voire quatre étages, étaient aussi grandes que son château. La moitié inférieure était en maçonnerie et la moitié supérieure en bois sombre, avec des toits pentus couverts d’ardoises ou de plaques de métal étincelant. Au premier étage, des balcons à balustrade de bois historié débordaient de fleurs qui tombaient en cascade rouge, jaune et lilas. Les boutiques du rez-de-chaussée s’abritaient sous de larges auvents rayés, qui ondoyaient dans la brise, comme autant de grands papillons multicolores aux ailes éclatantes. Partout, des odeurs de pain à peine sorti du four, de confiserie, d’épices, de viande rôtie. Les rues, pavées de larges dalles sombres qui reflétaient la lumière des lanternes accrochées aux murs des maisons, étaient peuplées d’une foule incroyable de gens qui couraient de-ci de-là, et de marchands vantant leur marchandise.

Ojsternig sentit une pointe d’envie en pensant à son minuscule village de Dravocnik.

« J’étais déjà venu ici avec votre père, dit Arialdo de Tarvis, qui avait remarqué les regards d’Ojsternig. C’est magnifique, non ?

— Ferme-la », dit brutalement Ojsternig. Mais il continuait de regarder. Il fut intrigué par un homme à la peau brune, couleur de noisette grillée, avec d’étranges pantalons bouffants serrés aux chevilles, qui semblaient tissés d’or fin. Il était suivi de deux serviteurs à la peau également sombre, qui portaient de longues moustaches noires et, en guise de couvre-chef, des écharpes de tissu enroulées, fixées par des épingles en or. Leur seigneur avançait fièrement sous un baldaquin tenu par quatre serviteurs. Tout autour de lui, des soldats aux épées à lame large et à pointe courbe.

« C’est un vizir turc, dit Arialdo.

— Je t’ai dit de te taire », répondit Ojsternig.

Bien qu’il fasse presque nuit, il y avait foule dans les rues. Ojsternig fut attiré par un roulement de tambour. En se retournant, il vit des jongleurs lancer des torches allumées qui dessinaient dans l’air des trajectoires de feu, comme des étoiles filantes. Ils étaient précédés d’un jeune tambour et suivis d’un dompteur habillé de rouge, qui tenait en chaîne un ours brun aux mâchoires serrées par un épais lien de cuir. « Courageux citoyens de Klognfuat, pour un petit denier seulement venez combattre l’ours de la forêt de Joff, annonçait le tambour entre deux salves de roulement. Un denier seulement ! Et celui qui triomphe en gagnera vingt ! » L’ours, habitué au vacarme citadin, caracolait docilement derrière.

« Je veux organiser des combats de chiens et d’ours », dit Ojsternig au bout d’un moment.

Leur convoi s’arrêta enfin devant une luxueuse auberge.

Le patron se montra empressé, s’abîmant en révérences et salamalecs. Il ordonna à ses serviteurs de décharger les bagages et de s’occuper des chevaux.

« Attends », dit Ojsternig en descendant de voiture. Il tenait à la main le pot de chambre dont il usait en voyage.

L’homme s’immobilisa, tête baissée en signe d’onctueux respect.

Ojsternig s’approcha et lui mit le pot de chambre sur la tête, comme si c’était un chapeau. « Qu’on voie bien que tu n’es pas un serviteur quelconque, dit-il en riant. Tout le monde doit savoir que tu es le prêtre de ma merde. »

Agomar et ses hommes éclatèrent de rire.

Le patron sourit, penaud. Il continua de donner ses ordres, coiffé du pot de chambre, sous les braillements de rire des soldats.

Ojsternig dîna à l’écart de ses hommes. Seuls Agomar et Arialdo de Tarvis furent admis à sa table. Il se retira aussitôt après le dîner.

Le lendemain matin, les soldats eurent congé. Ils restèrent à l’auberge, à boire, et importuner les servantes et la femme du patron.

Ojsternig, Arialdo de Tarvis et Agomar se rendirent secrètement dans un sombre édifice ecclésiastique à l’extérieur de Klagenfurt, sur la rive orientale du Wörthersee. Arialdo portait une grosse besace de cuir en bandoulière. Agomar était à ses côtés, la main sur le pommeau de son épée.

Ojsternig fut reçu par le directeur du seul orphelinat de toute la Kärnten.

« Comme je vous l’avais annoncé, Sa Seigneurie souhaite prendre un garçon, commença Arialdo de Tarvis.

— Puis-je vous demander la grâce de connaître le nom de Sa Seigneurie ? demanda le directeur.

— Non », répondit Agomar, les yeux plantés dans les siens.

Arialdo sortit de la besace une bourse pleine de pièces de monnaie, qu’il posa bruyamment sur l’écritoire.

Le directeur considéra les vêtements élégants d’Ojsternig et l’aspect brutal d’Agomar, avant de plonger le nez à l’intérieur de la bourse. « Votre Seigneurie est très généreuse, dit-il avec un sourire mielleux. Je respecterai votre réserve, croyez-le.

— Vous avez tout préparé selon les ordres ? demanda Arialdo, pendant qu’Ojsternig, sans dire un mot, posait sur le directeur un regard distant.

— J’ai fait installer trois sièges dans le réfectoire, derrière un paravent, s’empressa-t-il de répondre. Nous y avons pratiqué des ouvertures discrètes, afin que Vos Seigneuries puissent examiner les candidats sans être vues. Les garçons attendent dans une pièce voisine, et dès que Vos Seigneuries seront installées…

— Pressons », l’interrompit Ojsternig en se levant.

Le directeur bondit sur ses pieds, fit une preste révérence et les mena jusqu’au réfectoire, une grande pièce dépouillée et froide, qui sentait le chou et l’oignon.

Ojsternig, Arialdo et Agomar s’assirent, et les garçons, un à un, commencèrent à défiler. Face au paravent, ils s’arrêtaient et disaient comment ils s’appelaient.

« Non », disait sèchement Ojsternig pour écarter ceux qui ne convenaient pas. Quand il en voyait un qui était susceptible de correspondre à ses visées, il disait : « Attends à l’écart ».

Après ce premier tri, les garçons refusés furent renvoyés dans leur dortoir. Les onze sélectionnés défilèrent à nouveau devant le paravent, mais plus lentement, et nus.

Quand ce fut le tour d’un garçon maigre et blond, efféminé, Ojsternig nota qu’il avait une large cicatrice qui partait de l’épaule droite. « Tourne-toi », ordonna-t-il.

Le garçon resta immobile, fixant le paravent d’un regard de défi.

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